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Histoire littérature

 

 


La littérature

Par Philippos Dracontaidis


La chute de Constantinople, en 1453, marque l'effondrement de l'Empire byzantin. Il avait duré 1 200 ans, couvrant une superficie immense, de l'Asie à l'Atlantique, du sud de la Russie aux sables de l'Afrique du Nord. Cet événement constitue un tournant historique majeur. Il instaure une séparation claire entre deux systèmes d'organisation sociale et politique totalement opposés, entre deux civilisations et deux cultures entièrement différentes : d'un côté la chrétienté, en Europe occidentale, et de l'autre les Turcs ottomans, fervents adeptes du Prophète Mahomet, à la tête du monde musulman. Ces deux ensembles se sont déplacés dans la même direction, vers l'ouest. Tandis que Christophe Colomb quittait les rives de la péninsule ibérique à la recherche des Indes, vers l'occident, les sultans et leurs armées progressaient vers le nord-ouest, traversant les Balkans pour parvenir jusqu'aux vastes plaines hongroises et aux alentours de Vienne. L'Empire ottoman revendiqua des zones très distantes, de la Chine à l'Arabie, d'Afrique jusqu'en Crimée, en passant par la côte Dalmatienne, au sud de Trieste.

Grâce à sa situation géographique exceptionnelle, la Grèce est depuis toujours une terre de passage, reliant l'Europe à l'Asie, la mer Égée à la Méditerranée, le sud de l'Europe à la Terre Sainte et - à travers cette dernière - à l'Afrique du Nord. Des influences très diverses ont convergé dans ce pays : Venise a occupé la Crète et les îles le long de la mer Ionienne, leur apportant sa culture, et de nombreuses îles de la mer Égée sont demeurées sous la domination de nobles italiens, jouissant des privilèges que les empereurs byzantins leur avaient conférés ; Rhodes, en revanche, fut gouvernée par l'ordre des Chevaliers de Saint-Jean. La péninsule se trouvait sous domination turque, alors que des lieux comme Mani, au sud du Péloponnèse, sont demeurés libres, ou que d'autres zones ont vécu sous des gouvernements quasi-autonomes dirigés par des Grecs. Vers la fin du XVIIème siècle, ces différences locales se sont estompées, alors qu'en Méditerranée, le Croissant turc démantelait les avant-postes vénitiens, la diplomatie européenne reconnaissant sa suprématie.

Ces événements historiques et politiques ont laissé de profondes empreintes culturelles dans l'ensemble des régions peuplées par des Grecs. De nombreux exemples illustrent comment ces diverses influences ont constitué les germes, voire le fondement de l'identité culturelle grecque. Citons notamment le théâtre ionien, qui est une adaptation de la comedia del arte italienne, ou la poésie chypriote qui reproduit les stéréotypes des poètes de la Renaissance, ou encore en Crète, l'héritage italien (et très souvent français), intimement mêlé au tissu local. Des œuvres littéraires comme la tragédie d'Erofili de Georges Chortadzis (1637), ou Erotokritos, cette épopée d'amour, de haine et de guerre de Vicenzo Cornaro (probablement rédigée en 1646 et publiée en 1713), les comédies et les drames de maîtres anonymes, dont l'identité commence seulement récemment à émerger à la suite de savantes recherches, mettent en évidence l'intense activité de "l'École littéraire de Crète", qui continuera à être active pendant une bonne partie du XVIIIème siècle.

Ces influences culturelles variées ont pu être adaptées et transformées avec succès, de façon à correspondre à une vision du monde et de la vie essentiellement grecques, et à refléter les aspirations d'un peuple désirant se libérer du joug turc. L'Église orthodoxe - qui siége toujours à Istanbul - et donc le Patriarche de Constantinople, ont été considérés comme les inspirateurs spirituels de l'ensemble de la société laïque, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Empire ottoman. Ils ont essayé d'instituer le dogme, de l'assouplir, pour éviter toute confrontation avec les autorités locales, s'efforçant par ailleurs de clarifier certains passages des Saintes Écritures, permettant de réfuter les arguments de l'Église catholique, soupçonnée de chercher à convertir les masses au règne papal. Si cette stratégie a renforcé l'opposition entre les deux Églises, elle a favorisé en même temps le conservatisme des prêtres orthodoxes et leur fervent désir d'éduquer leurs "frères asservis" afin que, grâce à la "science" et à la "connaissance", ils puissent mieux servir leur véritable foi. Un goût prononcé pour l'éducation restera un élément prédominant pendant l'ensemble du règne ottoman : de fait, dès le XVIIème siècle, le Patriarche de Constantinople se mit à investir dans l'achat de machines à imprimer ; cela déclencha la colère du Sultan et valut au Patriarche d'être mis à mort.

Les imprimeries s'installèrent ensuite à Venise, à Vienne et à Paris. Une production particulièrement riche et variée, composée d’ouvrages religieux, de livres de souvenirs historiques, de commentaires sur la littérature grecque antique, de pamphlets et de livres de propagande sociale et politique, mais aussi de livres de savoir-vivre ou de manuels de grammaire, de vocabulaire et d'orthographe grecque moderne, et enfin, d’essais philosophiques et de traductions d'œuvres littéraires (principalement à partir du latin, de l'italien ou du français) a permis la vaste propagation d'idées et de théories novatrices. Ce travail émanait d'un large ensemble de personnes cultivées, éduquées dans des centres culturels soutenus par l'Église orthodoxe, à Padoue, à Paris, au mont Athos et à travers l'ensemble de la diaspora grecque. Ces centres, largement financés par de riches mécènes, étaient dirigés par des enseignants envoyés par l'Église orthodoxe, laquelle définissait également les programmes d'études. C'est ainsi que l'élite cultivée se développera et consolidera deux arguments fondamentaux : que les Grecs orthodoxes sont les descendants et les héritiers de la Grèce antique, et que ce glorieux patrimoine ne pourra renaître et se développer qu'à une seule condition, que la "nation" grecque se libère de l'asservissement turc.

Au cours de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, cette élite allait répandre le message de libération nationale dans toute l'Europe. Dès le premier quart du XIXème siècle, le mouvement "philhellène" s'était répandu, en France, en Angleterre et aux États-Unis, apportant un soutien politique puissant à l'espoir de mener une guerre de libération efficace contre l'occupant turc. Les principaux centres de planification et d'organisation de la renaissance nationale ont été les territoires des Balkans, gouvernés par les Grecs selon un statut spécial, conçu et appliqué par le Sultan. Rigas Ferraios (1757-1798) sera particulièrement actif dans ces territoires, appelant à la révolte contre les Turcs, dressant la carte de la Grèce, et encourageant ses frères balkaniques à s'unir et à participer à la libération en vue de créer un État multiethnique et multiculturel. Rigas fut le compositeur du fameux hymne patriotique invitant tous "les braves à refuser de vivre sous l'oppression". Son activisme - il fut par ailleurs traducteur de l'italien et du français - déplut fortement à l'establishment turc mais aussi européen. Il sera arrêté à Vienne et remis aux autorités turques de Belgrade, qui choisirent l'exécuter par strangulation, lui et certains des militants qui le soutenaient.

Adamantios Koraïs (1748-1833) a eu plus de chance. Né à Smyrne et issu d'une famille de marchands de Chio, il a vécu à Amsterdam et fait ses études à Paris, où il fut témoin de la Révolution française. Il avait soixante-treize ans en 1821, au début de la Guerre de libération grecque dont il fut l'un des artisans. Toujours dans un esprit à la fois progressiste et pragmatique, son influence n'a rien perdu de sa force, que l'on se penche sur sa contribution à l'évolution du grec moderne, ou sur ses commentaires linguistiques sur la littérature de la Grèce antique, ou encore sur sa définition des priorités politiques, dans l'espoir de voir enfin renaître de ses cendres un État grec moderne digne de ce nom. Adamantios Koraïs a bénéficié d'un immense prestige, dans toute l'Europe. Il a vécu suffisamment longtemps pour assister personnellement à la libération de son pays bien-aimé, à cette "résurrection de la Nation" et aux premiers pas tâtonnants de l'État grec contemporain, officiellement déclaré indépendant en 1830, et dont le territoire comprenait le Péloponnèse et une partie de la péninsule, la frontière se situant à 200 km au nord d'Athènes.

Ces événements n'auraient jamais pu avoir lieu sans le soutien, puissant et constant, de la minorité grecque de Constantinople, regroupée autour du Patriarcat dans la région de Phanari. Remplissant des fonctions diplomatiques et gouvernementales prestigieuses, travaillant en étroite relation avec le monde européen, et désireux de préserver, voire d'accroître leurs privilèges, les membres de cette minorité - appelés les "Phanariotes" - ont en réalité constitué une sorte de micro-État au sein de l'Empire : ils étaient de proches collaborateurs des autorités, tout en restant parfaitement indépendants. En outre, grâce à leur ouverture d'esprit, les Phanariotes ont su adapter les nouvelles idées venues d'Europe aux réalités de l'Empire, tout en leur conférant un contenu spécifiquement grec, facilitant ainsi leur application rapide. En alliant ces influences, les Phanariotes ont vécu dangereusement. En effet, l'Empire prononça la disgrâce de certains de leurs chefs, allant parfois jusqu'à les décapiter.

Les Phanariotes ont profité d'influences culturelles très diverses, de tous horizons. En effet, qu'ils soient commerçants de Libourne, Gênes, Vienne, Marseille ou des Indes, propriétaires terriens en Bulgarie, Roumanie, Moldavie ou au sud de la Russie, ou encore armateurs ayant navigué aussi loin que Montevideo, battant pavillons anglais, français ou russe, tous convergeaient à Istanbul. Bourgeois aisés, les Phanariotes ont joué le rôle de véritables promoteurs culturels. La prolifération de journaux ou de magazines (dont certains d'orientation féministe), mais aussi le développement de troupes théâtrales et d'une variété de rencontres et de manifestations artistiques, firent de Constantinople et de Smyrne des hauts-lieux de la culture. Les différentes écoles ou mouvements d'influence européenne ont ainsi suscité autant d'adeptes que d'opposants dans la région. Une "École littéraire phanariote" a vu le jour, introduisant le romantisme dans la prose et la poésie, notamment au travers d'épopées ou de la lecture de contes. La France a exercé une certaine influence, tandis que Lord Byron (mort en Grèce pendant la Guerre de libération) fut souvent imité, avec plus ou moins de succès. Panayotis Soutsos (1806-1868), considéré comme le premier auteur romantique grec, ou Alexandre Rizos Rangavis (1908-1892), qui développa une approche intellectuelle et néo-classique, sont deux exemples de la sensibilité phanariote en littérature, au travers d'une véritable "littérature de salon".

Outre son rôle d'école esthétique et de renouvellement social, cette forme de romantisme va prendre un sens plus profond et constituer un mode de vie à part entière dans les îles Ioniennes, très proches de l'Italie et longtemps sous domination vénitienne. Il s'agit d'un romantisme très proche des idéaux de la Révolution française (1789) et du radicalisme social, favorable à Napoléon et à ses conquêtes militaires. Or, à la suite de l'annexion de Venise par Napoléon, l'armée française occupa les îles Ioniennes pendant presque vingt ans (1797-1815). Néanmoins, le romantisme y avait précédé les Français ; il s'agissait d'ailleurs plutôt d'une variante particulière de ce mouvement littéraire, associant des connotations symbolistes - bien avant Charles Baudelaire et ses correspondances entre sons, couleurs et mots - et alliant de manière mystique et quasi-transcendantale la Nature à une aspiration vers un domaine au-delà du monde manifeste.

Les figures emblématiques de ce romantisme grec sont Dionysios Solomos (1798-1857) et Andreas Kalvos (1792-1869), tous les deux natifs de l'île de Zakinthos. Solomos, fils d'un vieux comte richissime et d'une femme de ménage peu fortunée, partit faire ses études en Italie, ce qui était courant pour les enfants de l'aristocratie locale italophone. Il fut initié là-bas aux principes du romantisme et il y composa ses premiers poèmes. Après son retour à Zakinthos en 1818, il continua à écrire en italien et une grande partie de ses œuvres furent publiées à Corfou (Rime improvvisate, 1822).  Il semble qu'à cette époque, il ait commencé à revenir au grec dans son écriture, langue qu'il avait pourtant très peu étudiée ou parlée jusqu'alors. Son Hymne à la liberté, long poème de 158 quatrains, est la première illustration de sa parfaite maîtrise du grec et de l'art d'écrire. 

Rédigé en 1824, alors que la Guerre de libération embrasait toute la péninsule grecque ainsi que les îles de la mer Égée, et tandis que les îles Ioniennes étaient, après le Congrès de Vienne de 1815 et le retrait des forces françaises, devenues un protectorat britannique, son hymne fut largement acclamé et insuffla une nouvelle force au mouvement "philhellène".

Dionysios Solomos

 Bientôt, le compositeur Nicolaos Mantzaros mit le poème en musique, donnant ainsi naissance à l'hymne national grec. En 1828, Solomos déménagea à Corfou, où il mourut en 1857. Personne ne se doutait à l'époque que Solomos n'avait jamais cessé de rédiger des poèmes (ainsi qu'une prose finement ciselée), œuvrant sans relâche à de vastes compositions lyriques, que les spécialistes actuels appellent "esquisses", parce qu'elles n'ont jamais pu être entièrement relues et n'ont donc jamais pu être publiées du vivant de leur auteur ; elles constituent néanmoins une mosaïque d'une créativité fantastique, et l’un des plus brillants exemples de ce que la poésie grecque a produit de meilleur.

Andreas Kalvos est l'auteur de vingt Odes lyriques, dont la première moitié fut publiée à Genève en 1824, et la seconde à Paris, deux ans plus tard, en 1826. Personnage introverti et sensible, il vécut en Italie et en Suisse ; il fut d'abord professeur d’enseignement supérieur, à Corfou, puis il émigra en Angleterre, où il se maria et dirigea, avec sa nouvelle épouse, une école de jeunes filles. Ses poèmes reflètent un véritable enthousiasme romantique, tout empreint de mélancolie, un réel engagement en faveur de la libération et un véritable appel à la résistance morale dans des circonstances particulièrement hostiles. Avec un langage et une technique littéraire qui lui sont propres, Kalvos créa un phénomène unique en son genre, dont l’inspiration renvoie à l'antiquité grecque et à une vision aristocratique, dépouillée de toute fioriture. Son laconisme lyrique évoque à la fois la monotonie et le frisson d'une cavalcade à la manière de Walkyrie.

L'indépendance grecque et le choix de la ville d'Athènes comme capitale exerça une attraction des forces littéraires de la périphérie - Constantinople ou les îles Ioniennes - vers ce nouveau centre, tant imprégné de sa gloire d'antan. On assiste alors à l'émergence d'une "École littéraire athénienne", d'un romantisme tardif, qui fut le lieu de querelles sur le style en littérature et, question plus essentielle, sur le choix de la langue : fallait-il avoir recours à un vocabulaire plus proche du grec classique, ou bien fondé sur la langue parlée moderne - comme dans les chants folkloriques très populaires écrits par des auteurs anonymes pendant les siècles d'occupation turque (plus connus sous le nom de "poésie démotique"), ou encore à une langue semblable à celle de A. Koraïs, c'est-à-dire à une sorte de compromis ou position intermédiaire ? Cette question de la langue, telle qu'on s’y réfère, vint hanter la vie intellectuelle et politique du pays. Elle ne fut résolue que plus de 150 ans plus tard, par une décision gouvernementale en faveur de la langue parlée, fruit de l'évolution du grec ancien et enrichie, au cours des siècles, par l'apport de termes turcs, français, slaves, anglais, voire allemands, quoique dans une moindre mesure.

Un exemple frappant de cette osmose est l'œuvre de Yannis Makriyannis (1797-1864), général de l'armée de libération, soldat illettré qui dut attendre l'âge de 32 ans pour apprendre à écrire ; il décida de rédiger ses Mémoires, à titre de témoin oculaire, sorte de "mise à nu" où les meilleurs comme les pires aspects du comportement humain sont évoqués sans parti pris, le général conservant son rôle de narrateur, de commentateur et de juge. Ce texte demeura inconnu jusqu'en 1907. À l'époque, sa publication ne suscita que peu d'intérêt, tant parmi les intellectuels que chez les érudits. Il fallut attendre Georges Séféris, soixante ans plus tard, pour découvrir toute la valeur et l'importance de l'œuvre de Makriyannis, le "maître illettré", comme Séféris se plaisait à l'appeler.

Dès 1880, une "nouvelle" École littéraire athénienne a vu le jour, avec pour représentant principal Emmanuel Roïdis (1836-1904). Né dans l'île de Syros, éduqué à Gênes et résident d'Athènes depuis 1863, ce dernier constitue une figure unique du monde littéraire grec, alliant un esprit cosmopolite à une compréhension profonde de la vie quotidienne du petit royaume grec. Son œuvre, La Papesse Johanna, est un récit médiéval, relatant la vie et les aventures de Johanna, jolie jeune femme qui réussit à occuper le trône de Saint Pierre à Rome, devenant ainsi "papesse". Alfred Jarry, en France, et Laurence Durell, en Angleterre, ont fait connaître ce roman hors des frontières de la Grèce, oubliant d'en rappeler le nom de l'auteur. Cet ouvrage ne doit pas faire oublier les nouvelles de Roïdis, véritables joyaux de réalisme et de satire sociale.

Au sein de la "nouvelle" École littéraire athénienne, il convient de mentionner Costis Palamas (1859-1943), poète, romancier, critique et auteur de théâtre extrêmement productif. D'une part, son inspiration l'a conduit à embrasser des thèmes nationaux, personnels et religieux ; d'autre part, sa versatilité lui a permis de passer d'un genre à l'autre dans une sorte de mysticisme s'apparentant à Victor Hugo, tout en s'exprimant avec une douceur et une mélancolie proches de Lamartine. Enfin, Palamas fut animé par un enthousiasme patriotique dans lequel sont intimement liés l'Antiquité, l'opposition contre l'occupation turque et une haute idée de la Grèce stimulée  par son devoir de repartir à la conquête de sa gloire byzantine et de ses territoires perdus.

Costis Palamas

Ce résumé ne doit pas pour autant faire oublier la contribution essentielle de Palamas à la naissance d'un véritable environnement littéraire national, s'éloignant d'un romantisme stérile ou complaisant, très proche du développement de valeurs morales, et de l'idée selon laquelle l'écrivain est investi d'une mission : aider la société à s'améliorer. Cette haute conception de la littérature se retrouve également dans la prose de Georges Vizyïnos (1849-1896). Vizyïnos, formé en Allemagne, est le représentant d'une nouvelle tendance littéraire grecque, qui donna une consistance et une profondeur psychologiques aux personnages nés de l'imagination de leur auteur. Ce dernier est connu aujourd'hui particulièrement pour ses romans, qui ont un caractère résolument "moderne" et sont rédigés dans un style concis mais saccadé, délaissant le romantisme pour privilégier les méandres de l'âme.

Dans le même contexte, Alexandre Papadiamantis (1851-1911) est un véritable explorateur de la vie provinciale et athénienne ; il souffrait du spectacle de la médiocrité humaine, mais gardait tout de même l'énergie nécessaire à la décrire en détail, sans oublier non plus que "la bête n'est jamais loin de l'ange", et que la vie offre un kaléidoscope laissant apparaître de brillantes images. Dans toutes ses fictions et ses romans, Papadiamantis met de l'avant certains problèmes freudiens (avant Freud lui-même), dissimulés ou apparents. Dans cette approche psychanalytique, les actes et les paroles semblent naturels : la luminosité du climat grec ne permet ni à l'immobilité, ni à la rouille, ni à l'obscurité de s'installer durablement. L'auteur exprime ainsi une soif de vie dynamisante et un sentiment de sérénité fugitif mais profond, qui font le caractère unique de son œuvre. Papadiamantis a vécu avec peu de moyens ; il a travaillé pour la presse. Ses Œuvres complètes sont parues entre 1981 et 1985. Depuis, de nombreux chercheurs et auteurs (dont Milan Kundera) inscrivent Papadiamantis dans la tradition des plus grands romanciers européens.

La poésie a connu un renouveau grâce au travail de Constantin Cavafy (1863-1933), poète né en Égypte, à Alexandrie, où il passa toute sa vie, travaillant comme modeste fonctionnaire. Il avait l'habitude de perfectionner ses vers avec minutie, et de faire imprimer à son compte ce qu'il appelait des "feuilles volantes", présentant ainsi sa poésie à un public qu'il choisissait lui-même. Ses publications forment un tout chronologique (et parfois thématique). Leurs ré-éditions comportent des modifications non négligeables : certains poèmes y ont été re-travaillés, d'autres éliminés ou remplacés par de nouvelles créations. Le canon des œuvres de Cavafy comporte 107 poèmes composés tout au long d'une carrière de plus de trente-cinq ans.

 Les lettrés les regroupent en trois catégories : philosophique, historique et sensuelle ; cette dernière laisse transparaître, dans des teintes mélancoliques et un phrasé tout à la fois révélateur et dissimulateur, l'homosexualité du poète. Ce jeu parallèle d'approche introvertie/ extravertie est un paramètre constant du style de Cavafy. Ses poèmes font notamment penser aux œuvres de Fernando Pessoa (contemporain de Cavafy), empreintes de "desasosiego" (désenchantement). Cavafy appartient à un genre littéraire particulier qui apparut au premier quart du XXème siècle et qui resta sans suite ; il s’agit d’une catégorie "indépendante", à laquelle pourraient appartenir Kafka et Joyce, Cavafy et Pessoa.

Constantin Cavafy

 

La poésie de Cavafy contraste singulièrement avec celle d'Angelos Sikelianos (1884-1951), autre poète lyrique de la même période. Il a fondé son succès sur un romantisme émouvant, sortant des sentiers battus tout en recréant les mythes et légendes de la Grèce antique au travers d'élégies, de longues compositions poétiques et de pièces de théâtre qu'il qualifiait de "tragédies". Ce fut un visionnaire, qui fit notamment renaître de leurs cendres les célébrations delphiques (1927) ; son effort fut salué, mais, pour des raisons financières, ces manifestations durent être interrompues.

Angelos Sikelianos

La vision d'une société juste, morale et égalitaire est la toile de fond des poèmes et des œuvres de fiction de Costas Varnalis (1884-1974). Celui-ci, fidèle à ses idéaux communistes, se vit d'ailleurs attribuer le Prix Lénine. Varnalis est le représentant d'un mouvement littéraire qui mit en exergue les injustices sociales, le déclin de l'idéologie bourgeoise et les espoirs véhiculés par l'idéal socialiste et révolutionnaire. Citons à présent Constantin Theotokis (1872-1923), né à Corfou, issu d'une famille de riches aristocrates, futur admirateur de Nietzsche et fervent promoteur de l'idéal socialiste (et communiste). Ses romans, dans un style réaliste et vigoureux rappelant la littérature de Tolstoï ou de Dostoïevsky, décrivent les péripéties de personnages exemplaires, appartenant aussi bien aux couches supérieures de la société qu'à un certain prolétariat grec, vivant surtout à la campagne.

Costas Varnalis

Quant à Nikos Kazantzakis (1883-1957), écrivain aussi abondant que versatile, grand voyageur et poète devant l'Éternel, adepte des théories de Henri Bergson sur l'élan vital, il fut particulièrement sensible aux problèmes sociaux. 

Il commença par acclamer la Révolution bolchevique, avant de se tourner vers une recherche métaphysique et existentielle de l'apothéose spirituelle, fruit d'un combat incessant pour dépasser les "liens terrestres". Bien que Kazantzakis ait tenté, à partir de ces idées, de constituer un système philosophique (son manifeste Salvatores Dei, ou Ascèses, publié en 1927, illustre sa philosophie), c'est à ses romans qu'il doit sa renommée, son œuvre la plus célèbre étant Alexis Zorba (1946) (plus connu sous le nom de son adaptation au cinéma, Zorba le Grec). Cependant, l'ensemble de ses romans (et d'ailleurs la totalité de ses œuvres) sont censés faire partie d'une épopée de 33 333 vers intitulée L'Odyssée, une "reprise" de la célèbre œuvre homérique : un aventurier nommé Ulysse quitte Ithaque et se lance dans des pérégrinations qui le conduisent jusqu'au pôle Sud, où il trouve la mort.

Nikos Kazantzakis

L'œuvre de Constantin Karyotakis (1896-1928), obscur fonctionnaire qui se suicida, cédant à son pessimisme et à son rejet viscéral des règles sociales qui briment l'individu et le conduisent au désespoir, constitue un pont entre un romantisme déclinant et des tendances littéraires plus modernes. Représentant authentique de l'intimisme et de la décadence, disciple de Jean Moréas et de Jules Laforgue, il a lancé une mode poétique durable, qui continue d'influencer, aujourd'hui encore, la poésie grecque contemporaine.

La littérature grecque fait son entrée véritable dans le modernisme avec ce que l'on appelle la "génération des années trente". Les expériences traumatisantes de la Première Guerre mondiale, celles de la défaite de l'armée grecque dans ses combats contre la Turquie, en 1922, la fuite consécutive de plus d'un million et demi de réfugiés d'Asie mineure vers la péninsule grecque, mais aussi l'émergence d'une classe bourgeoise libérale, influencée par les évolutions culturelles et civiles d'Europe occidentale et enfin l'apparition d'un prolétariat urbain, constituent un ensemble de facteurs qui a ouvert de nouveaux horizons littéraires à la Grèce. 

Georges Séféris (1900-1971) est le personnage le plus important de cette génération. Ce diplomate de carrière reçut le Prix Nobel en 1963. Mettant en avant le patrimoine historique et littéraire grec, il est conscient de l'héritage laissé par les grands auteurs de son époque. Admirateur et traducteur de T. S. Elliot, de Pound, de Valéry et de Michaux, il adapta de nouvelles tendances littéraires qu'il introduisit dans ses collections de poésie publiées dans une édition finale en 1961, sous le simple titre de Poèmes

Georges Séféris

Séféris affirma dans une interview que son but ultime était d'écrire dans un style simple, promesse qu'il sut tenir. Si, au premier abord, il donne l'impression d'être un poète difficile, très vite la clarté de son style fait surface. C'est pour cette raison qu'un grand nombre de ses poèmes, mis en musique par des compositeurs de premier rang, notamment Manos Hatzidakis, Mikis Theodorakis ou Stavros Xarchakos, sont encore connus et appréciés à l'heure actuelle par un large public. 

Si Séféris est proche des surréalistes, c'est bien Andreas Embiricos (1901-1975) qui représente la figure la plus emblématique du surréalisme en Grèce. Issu d'une riche famille d'armateurs, il fit ses études en France et introduisit la psychanalyse en Grèce. Son premier recueil de poèmes, Haut-fourneau, parut en 1935 (la même année, Séféris publiait ses premiers vers). Les titres de ses poèmes, comme Présence angélique dans une machine à vapeur ou Vibrations d'une cravate, furent l'occasion pour l'establishment littéraire de son époque de le conspuer et de le tourner en dérision. Embiricos poursuivit "comme un fier vaisseau transatlantique, son voyage vers le pays de la Beauté" et son œuvre incarne une croyance en la vie empreinte d'idéalisme, mêlée à une terreur sacrée de la mort, les deux conduisant à une philosophie de l'être à la fois sensuelle et cathartique.

Andreas Embiricos 

Odysseas Élytis (1911-1996), ami de Séféris et d'Embiricos, second lauréat du Prix Nobel en 1979, proche des innovations poétiques françaises du XXème siècle, telles que le surréalisme, l'écriture automatique et la révélation du subconscient, est un exubérant peintre de mots. Il puise dans la riche tradition de la langue grecque et se fait le chantre d'un mode de vie dionysiaque, où tout mène à la lumière et à une joie de vivre particulière, et qui accepte la mort comme une résurrection dans le monde qui est le nôtre, petit certes, mais tellement merveilleux. Ces idées sont soigneusement mises en harmonie dans son Axion Esti (1960), composition poétique de style incantatoire, qui lui valut une notoriété internationale, notamment grâce à la musique de Mikis Théodorakis.

Odysseas Elytis

 

Yannis Ritsos (1909-1990), versificateur talentueux, deuxième lauréat grec du Prix Lénine (1977) et fervent communiste, passa de nombreuses années en exil politique. Il est le poète le plus loquace de la littérature grecque moderne. Capable de composer un recueil entier en quelques semaines à peine, il jongla avec toutes les formes, se permettant d'improviser sur un thème unique, revenant à une rhétorique qui n'est pas sans rappeler un assemblage de slogans. Ce manque de robustesse, si on le compare à Séféris par exemple, ne doit pas faire oublier que Ritsos revendiqua pour lui-même le rôle d'un barde, luttant pour la dignité de l'individu.

Yannis Ritsos

En considérant Séféris, Embiricos, Élytis ou Ritsos, on est tenté d'admettre que la poésie est le genre majeur de la littérature grecque du XXème siècle. Les romans, les nouvelles, les pièces de théâtre sont distancées, et n'ont ni l'impact ni l'aura des poésies. La prose est loquace, elle demeure didactique, et aborde des thèmes récurrents, par exemple les lamentations sur la disparition du mode de vie pastorale paisible d'antan, les blessures de la guerre et les déchirements politiques internes, dans un sentiment lancinant de déracinement. Stratis Myrivilis (1892-1969), Ilias Venezis (1904-1973), Thanassis Petsalis (1904-1995) appartiennent à cette catégorie. Cosmas Politis (1887-1974) et Yannis Beratis (1904-1968) introduisent un réalisme tangible et des intuitions psychologiques palpables : le premier avec son œuvre de fiction, Eroïca, qui relate l'impétuosité et les rêves de l'adolescence, le second avec son roman quasi-autobiographique, Le large fleuve, qui fait revivre les réalités quotidiennes de la Seconde Guerre mondiale, en 1940-1941, sur le front albanais. Enfin, Michalis Karagatsis (1908-1960) va un peu plus loin encore, faisant de l'amour charnel la principale force motrice de ses personnages.

La seconde moitié du XXème siècle est marquée par une série d'événements qui ont laissé de profondes blessures dans le tissu social : la Seconde Guerre mondiale, l'Occupation allemande (1941-1945), la Guerre civile (1945-1949) qui s'ensuivit, la terreur imposée par des gouvernements impitoyables soutenus d'abord par les Anglais, puis par les Américains, la dictature des Colonels en 1967, les conflits permanents entre la droite et la gauche, tels sont les principaux facteurs qui ont miné la vie publique, ayant pour conséquence un exode rural vers les principaux centres urbains. En outre, à cette époque, de nombreux Grecs ont émigré vers l'Europe, l'Australie, les États-Unis ou le Canada. 

N. Gatsos

K. Dimoula  

N. Karouzos

La littérature s'est orientée vers une approche et un style "engagés", mettant son potentiel au service d'idéaux supérieurs, comme la fraternité, ou de valeurs pouvant aider les hommes à vivre en paix les uns avec les autres. Ces tendances ont été l'œuvre d'auteurs progressistes (ce qui leur valut d'être qualifiés de "communistes", et d'être exilés, torturés ou exécutés) ; à tel point que l'on en vient à la conclusion que la littérature d'après 1945 est majoritairement de gauche (terme regroupant aussi bien les auteurs progressistes, socialistes, communistes, anarchistes qu'apolitiques, mais favorables aux causes sociales). En poésie, Manolis Anagnostakis (1925) et Titos Patrikios (1928) sont des exemples typiques d'auteurs qui ont commencé à lutter pour ces idéaux, mais qui, après avoir été déçus, ont finalement préféré rester marginaux, seuls, mais toujours en accord avec eux-mêmes sur le plan moral. Aris Alexandrou (1922-1978) reprend d'ailleurs ce même thème dans son roman La Caisse, publié en 1974. Des camarades du parti portent un immense tronc, consacrant tous leurs efforts à cette mission, mais ils finissent par découvrir, au terme de leur périple, que l'objet qu'ils transportent est creux. De même, dans son recueil de nouvelles, La Fin de notre petite ville (1963), Dimitris Hadzis (1913-1981), réfugié de longue date en Hongrie puis dans la partie orientale de Berlin, est le témoin lucide de trahisons et d'actes mesquins, mélange explosif qui entraîne la mort aussi bien d'innocents que de criminels. Citons enfin Stratis Tsirkas (1911-1980), auteur d'une trilogie, Cités à la dérive (1960-1965), particulièrement connue sous le titre de la version française, et qui remporta le prix du meilleur livre étranger. Il y décrit en détail le cadre historique moyen-oriental (1941-1944), dans lequel l'armée expéditionnaire grecque joua un rôle secondaire. Bon nombre de critiques considèrent la trilogie de Tsirkas comme le premier roman grec : la part de fiction est équilibrée par des portraits psychologiques, le rythme est soutenu et cet ouvrage rencontre toujours autant de succès parmi ses lecteurs.

A. Terzakis

N. Vretakos

Avec la chute de la dictature, en 1974, et le rétablissement d'un régime démocratique, la Grèce est devenue une société plus ouverte et permissive. Elle a adhéré au Marché unique (et aujourd'hui à l'Union européenne), et fait tout pour se moderniser. Le monde littéraire semble avoir été surpris par ces transformations, et s'efforce de s'y adapter, mais il faudra attendre une nouvelle génération pour qu'un nouveau groupe d'auteurs fasse surface. Ce dernier, qui n'est encore composé que d'hommes et de femmes très jeunes, rejette les traumatismes et les blessures du passé et tente de parler du présent. Certes, cette tendance littéraire générale est perceptible à travers le monde entier, mais elle revêt en Grèce une signification particulière, correspondant à une société de consommation qui considère l'écriture et l'achat de livres comme une activité banale, bien loin de toute projection idéaliste.

La littérature, dans ce contexte, vole en éclats. Le simple fait d'écrire devient, en soi, un acte politique, une révolte contre l'establishment. Des écrivains tels que Petros Tatsopoulos ou Vaggelis Raptopoulos, âgés d'à peine plus de vingt ans en 1980, mettent en scène des jeunes désorientés, prêts à se mettre au service de bonnes causes, vivant dans un univers clos, et communiquant dans une sorte d'argot intime. Ils suivent leur propre code de conduite, qui est la seule alternative viable dans un monde qu'ils refusent de comprendre. Phedon Tamvakakis (1960), de la même génération, appartient à la même mouvance littéraire, pouvant être décrite comme "ce petit groupe de jeunes gens pas vraiment en colère mais extrêmement mal à l'aise". Traducteur de Fowles, proche de la culture et de la littérature britanniques, Tamvakakis se distingue comme étant un remarquable observateur d'une société sclérosée et qui ne laisse aucune place à l'épanouissement des adolescents.

Il s'agit bien là de signes évidents d'une "quête de soi" littéraire au sein d'un environnement en pleine transformation. Les écrivains dont les œuvres sont en vente depuis 1960, ont une expérience plus ou moins directe des bouleversements politiques et sociaux de la période qui suivit la Guerre civile (1945-1949). Costas Taktsis, avec son roman Le Troisième Anneau, présente tout un éventail de personnages vivant dans une sorte de purgatoire, entre l'innocence satanique des anges et la corruption céleste des démons. Menis Koumandareas explore l'univers petit-bourgeois et, tel un entomologiste, il décrit les petits changements qui déclenchèrent sa chute de ce monde. Son roman, Le Beau capitaine, est un exercice d'équilibre entre le style et une relation inconfortable (et presque érotique) entre deux hommes. Pour sa part, Thanassis Valtinos se fait le témoin d'épisodes de guerre et l'historien d'événements oubliés (comme l'immigration à grande échelle ou l'émancipation des femmes pendant les années soixante). Dans un style concis, il décrit des personnages ayant perdu leur identité. Dans un contexte semblable, Yorgos Ioannou (1927-1984) ressort comme l'observateur de Thessalonique, deuxième ville de Grèce. À travers ses nouvelles, écrites dans un style très poignant, il édifie une mosaïque dépassant l'individuel voire le collectif, pour parvenir à l'universel.

Alors que la prose se redéfinit et se donne les moyens d'aller toujours de l'avant, tout en perdant fréquemment du temps et de l'énergie dans des imitations souvent hasardeuses de Kafka, Joyce ou Proust, et en associant des monologues intérieurs avec des situations quasiment surréalistes, semblables à des actes gratuits, la poésie, elle, se retire dans une forme de lamentation ésotérique et, dans le meilleur des cas, dans une mélancolie introvertie, très occasionnellement épicée d'une touche de satire ou d'ironie. Les spécialistes parlent de la "génération des années quatre-vingt", qui succéda à celle "de la défaite", désignant essentiellement cette génération de poètes qui, appartenant plus ou moins à la gauche, assistèrent à sa défaite après la Guerre civile. Les poètes des années quatre-vingt, qui se mettent tant bien que mal à l'unisson, forment une masse compacte sans véritable figure de proue.

Au cours des années quatre-vingt-dix, de ce magma ont émergé de jeunes poètes, qui promettent de rajeunir le genre. Leur tâche ne sera pas aisée, car la fiction sature le marché. De plus en plus souvent, de jeunes auteurs de prose connaissent le succès dès leur premier ouvrage, créant des modes éphémères, qui se traduisent en attentes de futurs best-sellers, généralement comblées. La littérature est devenue une sorte de sprint de compétition, dans lequel des hommes et des femmes, ayant tous recours à la même technique, déclenchent les applaudissements du public. Si de nombreux critiques et dilettantes déplorent cette situation et affirment qu'elle n’est pas de bon augure pour les années à venir, en réalité, la littérature grecque s'inscrit bien dans le présent. Ce phénomène n'est pas propre à la Grèce et, dans l’espoir qu'il annonce une nouvelle ère, il convient de garder confiance : comme le disait Andreas Embiricos, "nous sommes tous au cœur de notre avenir". 


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Dernière modification : 11/02/2015