Pour sortir de la crise et relancer l'économie, Georges Papandréou
procède à un remaniement d'ampleur significative. Une nouvelle étape
pour le gouvernement en cette rentrée politique sous tension.
Lors de leur serment devant la Bible au palais présidentiel, les
nouveaux ministres du gouvernement Papandréou avaient petite mine. En
effet, le feuilleton du remaniement ministériel a duré une partie de la
soirée pour finalement être annoncé à 2 heures du matin, mardi.
Pratique peu courante dans l'histoire gouvernementale grecque, qui a mis
en effervescence le monde politique.
Malgré le climat de rigueur, ce remaniement ne rime pas avec
resserrement. Il y a près d'un an, au début de son mandat, Georges
Papandréou avait formé un gouvernement de quinze ministres, secondés
par un minimum de secrétaires d'État. Cette fois, changement de ton et
de forme. Il y a pléthore de vice-ministres et secrétaires d'État pour
un gouvernement de 48 membres et 17 ministères, soit 30% d'effectifs en
plus.
«Cette démarche est obsolète et déplacée en temps de crise», pour
la députée indépendante Dora Bakoyiannis, «personne ne comprend
pourquoi, à l'heure où il faut maîtriser les dépenses de l'État, on
doit avoir 7 vice-ministres, 24 secrétaires d'État et un nombre
indéterminé de conseillers autour du premier ministre», commente
l'ancienne ministre grecque des Affaires étrangères. «La manière dont
Georges Papandréou retourne aux mauvaises sources du Pasok est
impressionnante», ironise-t-elle.
Dans cette nouvelle équipe, le ministre des Finances, Georges
Papanconstaninou, reste en première ligne et trois autres proches du
premier ministre deviennent «hyperministres»: Giannis Ragoussis, à
l'Intérieur, sera chargé de contrôler le travail de tous les
ministères, Andréas Loverdos devra réformer le système de santé et
Michalis Chryssohodis, ancien ministre de la Protection civile, relèvera
le défi de l'investissement.
Équilibre byzantin
Pour expliquer cette extension gouvernementale, l'écrivain et
sociologue Nikos Dimou revient sur la nature du Parti socialiste grec, le
Pasok, qui est «à l'image de la société actuelle». «Ses membres vont
du plus extrémiste au plus progressiste. Il y avait trop de tensions dans
la majorité, Georges Papandréou était en difficulté et devait donc
étendre les portefeuilles ministériels pour placer les
"anciens" du Pasok, qui s'opposaient au plan de sauvetage de la
Grèce et parlaient dans la presse de "nouvelle dictature" dans
le pays», souligne-t-il. «Même si beaucoup seront inutiles, ces
ministres cautionneront les décisions du gouvernement et cela apaisera de
facto la pression sociale», analyse le sociologue.
Plus qu'un exercice d'équilibrisme byzantin, le premier ministre fait
le pari de l'union au sein de la majorité parlementaire et restructure
ses équipes pour une meilleure application du plan de rigueur imposé par
l'Union européenne et le Fonds monétaire international en échange d'un
prêt de 110 milliards d'euros.
Après avoir baissé les salaires et les retraites, augmenté la TVA à
23% et procédé à de larges réformes, le gouvernement doit relancer
l'économie. Et ce n'est pas une mince affaire. Si la plupart des
ministres récusent le mot récession, ils savent que l'hiver sera rude.
Au-delà de la grogne sociale croissante, le plan de rigueur frappe les
Grecs de plein fouet. Les PME et commerces de quartier ferment un à un,
le chômage ne cesse de croître et l'inflation plafonne à 5,5%.
Cela ne laisse pas les Grecs indifférents. Ils seront appelés aux
urnes, le 7 novembre prochain, pour les élections régionales et le
gouvernement veut tout faire pour ne pas transformer ce scrutin en
plébiscite, d'où ce remaniement politique avant tout.
Par Alexia Kefalas