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Grèce
: Paris prêt à débourser 3,9 milliards d'euros
Par
Alexandrine Bouilhet
Un
projet de loi de finance rectificative a été présenté au Conseil des
ministres. Début mai, la France accordera son aide sous la forme d'un prêt
bilatéral sur 3 ans, au taux de 5% environ.
La
France est prête à débloquer 3,9 milliards d'euros pour aider la Grèce,
en proie à des graves difficultés financières, début mai. Présenté
mercredi en Conseil des ministre par François Baroin, le projet de loi de
finance rectificative, qui découle des décisions prises à l'Eurogroupe
du 11 avril, sera voté par l'Assemblée nationale le 3 et 4 mai, et par
le Sénat le 6 et 7 mai. «En soutenant la Grèce, nous assurons la
stabilité de l'euro» a expliqué la ministre de l'Economie Christine
Lagarde.
Concrètement,
la France accordera son aide sous forme d'un crédit direct au Trésor
grec. Il s'agira d'un prêt bilatéral sur 3 ans au taux de 5% environ. «Ce
n'est pas par ce que nous aidons la Grèce, que nous pénaliserons la
France» a ajouté le ministre de l'Economie. «5%, c'est inférieur
aux taux de marché, mais bien supérieur aux taux d'emprunt des autres
pays de la zone euro» ajoute-t-elle. Pour des prêts à 3 ans, la
France paye un intérêt de 1,5%, alors que les marchés proposaient hier
à la Grèce un taux à 8% pour des prêts à deux ans. un taux jugé
prohibitif par les observateurs.
Pas
de modification du déficit public
Le
prêt français s'inscrit dans le cadre d'une enveloppe de prêt de 30
milliards d'euros,sur 3 ans, que l'Eurogroupe s'est engagé à débourser
pour éviter un défaut de paiement de la Grèce. Le chiffre de 3,9
milliards représente un peu moins des deux-tiers des 6,3 milliards d'euros
- découlant de la stricte application de la quote-part de la Banque de
France, au capital de la Banque centrale européenne-, car l'année
fiscale française est déjà entamée au tiers.
Pour
aider la Grèce, la France, elle-même déficitaire et endettée, «n'aura
pas besoin de modifier son programme d'émission de dette»,
assure-t-on à Bercy. Mais inévitablement «le déficit budgétaire
sera impacté». Le trou supplémentaire sera de 3 milliards d'euros,
estime le ministère, en raison d'une plus-value de TVA de 900 millions d'euros
récupérée fin 2009. Le déficit public de 8% du PIB en 2010 (au sens de
Maastricht) ne sera pas modifié, et «l'impact sur la dette sera nul»
affirme Bercy.
Chaque
pays de la zone euro doit faire le même exercice
Côté
européen, chaque pays de la zone euro doit faire le même exercice que la
France, en faisant intervenir, lorsque c'est nécessaire, son Parlement.
Mais aucun vote négatif dans un pays ne pourra empêcher les autres de débourser
l'argent. Les prêts bilatéraux européens - dont le total devrait être
plus proche de 20 que de 30 milliards d'euros en 2010 - doivent en
principe être prêts à être décaissés début mai. Mais sans doute pas
avant le 9 mai, date d'une élection régionale à risque pour la Chancelière,
Angela Merkel.
D'après
Paris, la Grèce doit en tout cas disposer des fonds européens, avant le
18 mai, date d'arrivée à échéance d'une dette importante de 8
milliards d'euros. Ces prêts bilatéraux ne règleront pas tout, mais ils
devraient détendre les marchés, qui redoutent toujours un défaut de
paiement de la Grèce à court terme.
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Les
lendemains grecs font douter les marchés
Par
Guillaume Guichard
Le
taux d'intérêt grec à dix ans a dépassé les 8% dans la journée de
mercredi. Les investisseurs doutent sur la capacité d'Athènes à
rembourser sa dette dans les années à venir.
Les
investisseurs se demandent si la Grèce pourra bien rembourser sa dette
avec une croissance étouffée par un plan de rigueur sans précédent.
Les taux à long terme sur la dette grecque ne cessent de battre des
records depuis le début de la semaine. Le taux à dix ans a franchi un
nouveau record ce mercredi, à près de 8%. Le fossé avec le taux de référence,
le Bund allemand, n'a jamais été aussi grand, à plus de 520 points de
base en début d'après-midi.
Si
les taux s'envolent, cela n'a pas d'impact sur le coût immédiat de la
dette grecque. Il s'agit du marché secondaire, celui où les
investisseurs s'échangent les obligations déjà émises -à un taux
fixe- par Athènes. Mais la nervosité des acteurs rend risqué et très
coûteux tout recours au marché à court terme.
Les
dernières déclarations de dirigeants européens auraient toutefois pu
calmer les marchés. La ministre de l'Economie Christine Lagarde a déclaré
mercredi matin que la France avait pris ses dispositions pour accorder un
prêt de 3,9 milliards d'euros à la Grèce dans le cadre du plan d'aide
européen. Dès le mois de mai. Dans le même temps, Berlin temporisait en
rappelant qu'Athènes n'avait pas fait appel à l'aide européenne jusqu'à
nouvel ordre.
Plan
imprécis
Seulement,
les inquiétudes du marché ne portent pas sur le court, mais sur le long
terme comme le montrent les tensions sur le taux à 10 ans. Les échéances
de l'année devraient en effet être honorées par Athènes, quitte à
faire appel au plan d'aide européen présenté fin mars. Doté de 30
milliards d'euros pour la première année, il porterait sur trois ans. «L'incertitude
réside sur les deuxième et troisième années du plan, à propos
desquelles il ne semble pas encore y avoir d'accord entre les capitales
européennes», analyse un économiste d'une banque allemande.
Le
montant total du plan d'aide européen reste en effet imprécis. Le
quotidien économique allemand Handelsblatt mentionnait une somme de 90
milliards d'euros. Le directeur de la banque centrale allemande, Axel
Weber, l'estimait lui à 80 milliards d'euros, cité par le Wall Street
Journal. Une chose est sûre : «Il faut que 16 Etats membres se mettent
d'accord», souligne dans une note Andrew Balls, gérant chez Pimco, l'un
des plus grand fonds d'investissement au monde. Difficile, dans ce
contexte, de prévoir jusqu'où vont monter les taux grecs.
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