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Paris et ses partenaires se préparent à agir vite pour
soutenir financièrement la Grèce
Le
Conseil des ministres a adopté hier un collectif budgétaire visant à
rendre possible le décaissement par Paris de 6,3 milliards d'euros
afin d'aider financièrement la Grèce. Officiellement, il s'agit juste de
se tenir prêt dans l'hypothèse où Athènes aurait besoin d'aide. Mais
il semble de plus en plus clair que ce scénario se précise.
Sur
le prêt français de 6,3 milliards, environ 3,9 milliards
pourraient être versés au cours de l'année 2010.
Agir
dans l'urgence sans avoir l'air de paniquer. Christine Lagarde, la
ministre française de l'Economie, s'est livrée à un exercice délicat,
hier, en présentant un projet de loi de Finances rectificative destiné
à rendre possible un soutien financier de Paris à Athènes. La ministre
ne s'en est pas cachée : l'objectif de ce texte adopté en Conseil
des ministres est désormais d'aller vite afin de se tenir prêt à un tel
décaissement de fonds, qui s'inscrirait dans le cadre d'un prêt conjoint
des pays de la zone euro et du FMI, et dont le montant devrait se situer
entre 40 et 45 milliards la première année. Sur ces fonds prêtés
à des taux situés autour de 5 %, Paris prévoit d'être en mesure
de mobiliser 6,3 milliards d'euros au cours des douze prochains mois,
conformément au poids qui revient à la France dans l'enveloppe globale
de 30 milliards d'euros que se partageraient les pays de l'Eurogroupe
(la Grèce étant naturellement exclue de cette opération). Environ 3,9 milliards
pourraient être versés au cours de l'année 2010 (lire ci-dessous).
Détails
techniques
Dans
les mots de Christine Lagarde, pas le moindre indice quant à la
probabilité d'un tel décaissement. La France veut pouvoir agir « en
cas d'activation » du mécanisme européen, a-t-elle juste prévenu.
Surtout, ne pas avoir l'air de considérer cette hypothèse comme de plus
en plus réaliste.
Un
coup d'oeil au comportement actuel des investisseurs internationaux laisse
pourtant penser qu'Athènes n'a plus réellement d'alternative. Hier, le
taux des obligations d'Etat grecques à 10 ans a atteint un nouveau plus
haut historique depuis l'entrée du pays dans la zone euro. A la mi-journée,
il s'établissait à 8,262 %, contre 7,851 % la veille au soir.
Cela représente une différence de 519 points de base par rapport à
l'emprunt équivalent allemand, considéré comme une référence par les
marchés. Stoïque, le ministre grec des Finances, Georges
Papaconstantinou, a affirmé que son pays n'était pas « impressionné »
par ce nouveau record. Son ministère n'en a pas moins accueilli, hier,
des experts du FMI, de la Commission européenne et de la BCE, afin de
discuter des détails techniques de l'activation éventuelle du mécanisme
d'aide UE-FMI.
« Autour
du 16 mai »
La
véritable question qui se pose en réalité est celle du timing d'une
telle aide. Tous les pays de la zone euro prennent actuellement leurs
dispositions pour pouvoir prêter à Athènes. Christine Lagarde estime
que les pays européens devraient être en mesure d'aider Athènes « autour
du 16 mai », date à laquelle Athènes aurait besoin de
nouveaux financements. Une source diplomatique révélait hier à l'AFP
que la réunion des ministres des Finances de la zone euro du 17 mai
prochain devrait permettre de s'assurer que le dispositif est fin prêt.
Quelle étrange coïncidence : ce sera juste après une élection régionale
en Allemagne qu'Angela Merkel sait cruciale pour son destin politique.
Pour l'instant, Berlin continue de multiplier les déclarations sur le
fait qu'Athènes n'a pas demandé d'aide. Pas question de brusquer des électeurs
très opposés à un soutien financier. Il sera toujours temps de changer
d'avis une fois le vote terminé…
GABRIEL
GRÉSILLON, Les Echos
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Le gouvernement veut limiter le débat parlementaire au
dossier grec
Le
prêt français à la Grèce va dégrader le solde budgétaire de 3 milliards
d'euros mais ne pèsera pas sur le déficit public au sens de Maastricht,
toujours prévu à 8 % du PIB cette année.
Depuis
la chute de Lehman Brothers à l'automne 2008, la France a multiplié les
collectifs budgétaires pour prendre en compte les conséquences de la
crise. « Je ne les compte plus, on doit en être à sept ou huit »,
observe Gilles Carrez, rapporteur général du budget à l'Assemblée
nationale. Après le grand emprunt en février, c'est maintenant l'aide à
la Grèce qui impose à la France de réviser une deuxième fois son
budget 2010. Les députés examineront donc le projet de loi de Finances
rectificatives (PLFR), présenté hier par Christine Lagarde et François
Baroin, les 3 et 4 mai. La discussion au Sénat est prévue les 6 et
7 mai.
Tous
les pays de la zone euro n'ont pas choisi d'en passer par leur Parlement
pour avaliser leur prêt à la Grèce, mais « c'est la manière
la plus propre et la plus transparente », justifie l'entourage
de Christine Lagarde. Sur la contribution de 6,3 milliards d'euros de
la France définie il y a quinze jours avec les autres pays de la zone
euro, 3,9 milliards d'euros seront inscrits dans le collectif, comme
la part mobilisable cette année. Mais le déficit budgétaire supplémentaire
sera limité à 3 milliards d'euros, pour tenir compte de l'amélioration
prévue sur les recettes de TVA (900 millions d'euros), comme le
gouvernement l'a notifié à la Commission européenne début avril. Le déficit
budgétaire prévisionnel 2010 va ainsi passer à 152 milliards d'euros.
Le prêt à la Grèce ne pèsera pas, toutefois, sur le déficit public au
sens des critères de Maastricht (8 % du PIB cette année),
insiste-t-on à Bercy : « C'est de la trésorerie, nous
ouvrons des autorisations d'engagement et des crédits de paiement pour
nous tenir prêts à prêter. »
Un
contexte de polémique
La
voie du collectif budgétaire fait toutefois peser le risque d'un débat
parlementaire agité, dans un contexte de polémique sur la politique économique
et fiscale du gouvernement. « Notre souhait clairement exprimé
est celui d'un débat centré sur le sujet qui nous préoccupe »,
prévient-on à Bercy. « C'est un texte très spécifique, il
n'est pas question d'en faire une voiture-balai et il n'est pas question
d'accepter d'autres amendements », juge aussi Philippe Marini,
rapporteur général du budget au Sénat. « Cet esprit avait été
respecté en 2008 lors du collectif consacré au sauvetage des banques. Je
veux surtout avoir la garantie que la mise en place des prêts des autres
pays de la zone euro, et en particulier de l'Allemagne, se déroule de la
même manière qu'en France », insiste de son côté Gilles
Carrez.
VÉRONIQUE
LE BILLON, Les Echos
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