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Journal
Le Monde
Georges
Papandréou en apnée
Athènes,
Correspondance - Georges Papandréou a longtemps incarné l'image
d'un "capitaine Courage" qui tient la barre de son pays dans
une tempête sans précédent. Le 23 avril 2010, il avait assumé
l'ampleur de la révision du déficit abyssal de son pays et décidé
d'appeler à l'aide, depuis l'île de Kastellorizo situé à l'extrême
pointe orientale de l'Europe. Ancien ministre des affaires étrangères
et président de l'Internationale socialiste, le premier ministre a su
habilement jouer de son expérience internationale et de ses relations
– avec Dominique
Strauss-Kahn notamment – pour permettre, malgré les réticences
allemandes, la mise en place d'un plan de sauvetage de 110milliards d'euros
et éviter à son pays le naufrage.
Un
an après, la menace d'une faillite reste présente et un deuxième plan
d'aide se profile laborieusement en contrepartie de nouvelles mesures de
rigueur que la population grecque rejette. Georges Papandréou apparaît
comme fragilisé, isolé, face à une opposition de droite, préoccupée
par la reconquête du pouvoir, et un parti socialiste, le Pasok, qui a
du mal à accepter le nouveau plan d'austérité.
La
rue, elle, manifeste, parfois, violemment, sa colère et son rejet des
mesures d'austérité et de la classe politique dans son ensemble. "Il
a perdu la confiance de la société et de son parti, résume le
politologue Elias
Nikolakopoulos. Depuis quelques mois, il donne l'impression de
ne pas contrôler les choses et il a du mal à prendre des décisions
difficiles." Homme affable, courtois, convaincu de la nécessité
de réformer son pays, Georges Papandréou incarne un socialisme
moderne, en rupture avec celui de son père, Andréas, qui, en 1981,
sept ans après la dictature, a mené au pouvoir un parti socialiste,
populiste et clientéliste finissant dans les affres de la corruption.
LA
TROÏKA S'ABAT SUR LA GRÈCE FIN 2010
Né
aux Etats-Unis (sa mère est américaine), ayant vécu en Suède, son côté
méditerranéen ne saute pas aux yeux. Son image austère convenait pour
faire passer la potion amère qu'il devait administrer à son pays pour
réduire son déficit. Dans un premier temps, il a su faire accepter bon
gré, mal gré le mémorandum, signé avec le Fonds monétaire
international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la
Commission européenne (la "Troïka") et faire face aux
protestations syndicales, dont la plupart des dirigeants sont membres du
Pasok.
Son
aisance internationale lui fait marquer des points au niveau national.
Quelques mois après le plan de rigueur, il réussit même à remporter
les élections locales de l'automne, en s'engageant dans la bataille.
Juste avant, M. Papandréou procède à un remaniement –
essentiellement électoraliste – qui sera lourd de conséquences. Ce
gouvernement pléthorique va devenir rapidement encombrant. Mais dans ce
bel automne grec, même les taux d'obligations à long terme ont commencé
à baisser, laissant croire qu'un jour peut-être la Grèce pourrait de
nouveau emprunter sur les marchés.
Puis
tout se dégrade. La crise de la dette souveraine s'étend à l'Irlande
et au Portugal. Les agences de notation accélèrent la baisse de la
note de la Grèce avant – et après – chaque réunion sensible à
Bruxelles. Une récession plus dure que prévu par les experts de la Troïka
s'abat sur la Grèce au dernier trimestre 2010. Les magasins ferment, le
taux de chômage explose... Le premier ministre a beau répéter qu'il
comprend la colère des manifestants, il a du mal à trouver les mots
justes. Sa réserve bien élevée ne rencontre pas le pathos grec.
Le
Papandréou international ne peut plus aider le Papandréou national. Sa
dernière victoire remonte au mois de mars, lorsqu'il obtient une réduction
des taux et l'extension de la durée du prêt de 110 milliards d'euros.
Son combat pour imposer des euro-obligations a – pour l'instant – échoué.
Les
déclarations des dirigeants européens, notamment allemands, sur la
restructuration de la dette se multiplient dans une cacophonie qui fait
écho à celle du gouvernement grec. La plupart des ministres tiennent
des propos souvent contradictoires.
Georges
Papandréou donne l'impression de ne pas tenir ses troupes. Il s'appuie
sur une poignée de ministres fidèles et "les consultants du Palais
Maximou", expression désignant les experts qui viennent
le conseiller sur l'application du plan. Les ministres et les députés
se sentent court-circuités. "Il est vrai que certains
ministres restent les otages d'une base traditionnelle et sont sensibles
aux discours syndicaux et corporatistes", reconnaît
l'analyste politique Georges
Sefertzis.
NAUFRAGE
Le
doute s'installe, l'inquiétude monte. La cote de popularité du premier
ministre s'effondre. "Le plan de M. Papandréou avait l'appui
de 60 % de la population, mais, aujourd'hui, de nombreux articles économiques
expliquent que les mesures d'austérité ne conduisent nulle part, constate
Sophia
Tsiliyanni, directrice générale de l'institut de sondage Marc. Cela
inquiète les citoyens comme les députés du Pasok qui s'interrogent
sur le nouveau plan d'austérité."
Les
grandes lignes du deuxième plan de rigueur et de privatisation sont
annoncées en avril, mais ne seront présentées au Parlement que le 14
juin. Georges Papandréou donne l'impression d'hésiter. Le FMI et les
Européens perdent patience. La population n'en peut plus. "Il
a mis beaucoup trop de temps à essayer de convaincre ses ministres sur
la nécessité des mesures, au lieu de s'entourer d'une équipe réduite
constituée pour les mettre en œuvre", relève Georges
Sefertzis. Le "capitaine Courage" a de plus en plus de mal à
tenir la barre. Et la Grèce risque plus que jamais le naufrage.
Alain
Salles |
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Journal
Le Monde
Un
gouvernement réduit pour ressouder la majorité
Athènes,
Correspondance, Georges Papandréou a troqué, vendredi 17 juin,
un gros gouvernement Pasok contre... un plus petit gouvernement Pasok :
une quinzaine de ministres et une vingtaine de secrétaires d'Etat. Avec
l'objectif de ressouder une majorité parlementaire en crise. Le
ministre de l'économie et des finances Georges Papaconstantinou est
remplacé par l'ancien ministre de la défense Evangelos Venizelos, qui
devient l'un des hommes forts du gouvernement en étant également
vice-premier ministre.
Georges
Papaconstantinou, qui symbolisait la lutte contre le déficit budgétaire,
était devenu la tête de turc des parlementaires socialistes, qui le
trouvaient méprisant. Il ne quitte pas le gouvernement, mais recule
dans sa hiérarchie en devenant ministre de l'environnement. La rumeur
le donnait ministre des affaires étrangères. Le poste est revenu à
Stavros Lambrinidis, un spécialiste des questions européennes.
Evangelos
Venizelos, poids lourd du Pasok, avait été en rivalité avec Georges
Papandréou pour prendre la tête du parti, en 2007. Depuis plusieurs
mois, il publiait régulièrement des communiqués sur l'économie. "
Il se place en position de recours, en cas de défaillance du
gouvernement ", considère le politologue Elias Nikolakopoulos.
Sa
nomination à l'économie signe l'échec de l'ouverture du gouvernement
à des personnalités extérieures. Le nom de l'ancien vice-président
de la Banque centrale européenne, Lucas Papadimos, avait été évoqué,
mais aurait été refusé.
Le
remaniement intervient après deux jours d'intense cafouillage.
L'objectif était de calmer le feu qui s'emparait du groupe socialiste
au Parlement. Trois députés ont démissionné. La majorité du
gouvernement à la Chambre n'est plus que de cinq voix. Mercredi 15
juin, jour de la grève générale, des rumeurs de démissions du
premier ministre avait circulé. Lors d'un entretien avec le leader de
l'opposition Antonis Samaras, M. Papandréou avait laissé entendre
qu'il était prêt à céder sa place pour faciliter un gouvernement
d'union nationale.
Le
remaniement sera suivi en début de semaine d'un vote de confiance au
nouveau gouvernement, avant le débat sur le plan d'austérité. De
nombreux observateurs s'attendent à l'organisation d'élections législatives
anticipées à l'automne, voire avant.
Alain
Salles |