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Les Echos
Jason Manolopoulos : « En
Grèce, les extrêmes se renforcent »
Jason Manolopoulos est un
jeune financier grec, formé dans les pays anglo-saxons, aujourd'hui
managing partner du fonds Dromeus Capital. Son regard sur la société
grecque est sans concessions. Il livre aux Echos ses analyses et les
remèdes qu'il préconise.
« La dette odieuse ». Le
titre du livre de Jason Manolopoulos est explicite. La Grèce a
accumulé une dette insoutenable avec la complicité plus ou moins
active des institutions internationales, des agences de notation, des
banques d'affaires anglo-saxonnes et, bien entendu, d'un système
politique et d'une société civile grecques intéressés à la manne
qui a inondé le pays après son entrée dans l'euro : tels sont les
attendus du procès fait par le livre, et par le mouvement
politico-social qui s'est agrégé autour de ce concept de la « dette
odieuse ».
Quel diagnostic faites-vous
de la crise ?
La crise grecque n'est le
simple fait des problèmes intérieurs du pays. Elle est la conséquence
directe de la débauche d'effets de levier utilisés par les banques
d'affaires. Des effets de levier qui ont crée un nombre important de
bulles financières et ont gonflé la dette publique de plusieurs Etats.
Les crédits ont coulé à flot, aux Etats-Unis, vers les « subprime
», en Irlande, vers l'immobilier, et en Grèce vers l'Etat qui
les a utilisés pour accroître toujours plus les dépenses publiques.
L'architecture erronée de l'euro a fait le reste. En Grèce la crise a
pris cet aspect catastrophique en raison de ses institutions bien plus
faibles qu'ailleurs en Europe. Tout le monde savait. Pourtant, on a
autorisé ce pays à emprunter 300 milliards d'euros alors que son
économie est pleine de dysfonctionnements, son secteur industriel est
obsolète, et sa classe dirigeante est inefficace et corrompue.
Quelles sont les
responsabilités spécifiques de votre pays ?
La Grèce a connu un
après-guerre civile difficile. Seul pays en Europe à avoir enduré un
conflit interne si violent et déchirant, la Grèce en est sortie
meurtrie. La nécessité de reconstituer un tissu national a conduit à
un système fondé sur l'expansion potentiellement illimitée de la
dépense et de l'emploi publique. Avant l'éclatement de la crise, 60 à
70 % des dépenses de l'Etat vont aux retraites et aux traitements des
fonctionnaires et 10 à 15 % restants aux pots-de-vin et à l'Armée. Le
boom pro-cyclique des crédits a huilé les rouages de ce mécanisme.
Environ 55 % du PIB de la nation est garanti par le prêt : la dépense
publique ; la consommation et l'immobilier. Mais nous ne pouvons pas
garder ce système plus d'un demi siècle après la fin de la guerre
civile et près de 40 ans après la fin de la dictature.
La Grèce s'achemine vers
les élections. Peut-on espérer que la situation change après le vote
?
Non. Les principaux
responsables politiques actuels sont corrompus et incompétents. Les
deux grands partis, la Nouvelle démocratie et le Pasok sont à
l'origine de ce système. Les extrêmes se renforcent en surfant sur le
mécontentement de la population. L'échiquier politique qui sortira des
urnes sera très fragile. Mais frères ennemis de la Nouvelle
démocratie et du Pasok vont devoir gouverner ensemble. Si leurs voix ne
suffiront pas, d'autres s'y ajouteront en provenance de partis qui
aujourd'hui se veulent à l'opposition. Les responsables politiques
grecs seront alors face à une alternative claire : avaler la potion
amère par petites gorgées ou subir un traitement de choc. Je suis
convaincu qu'ils choisirons la première solution. Il faudra que les
Européens, la Troïka suive cela de près pour éviter tout retour aux
vieilles habitudes du système. Le monitorage devra être serré. En
tout état de cause, il ne faut pas redonner aux politiciens grec la
faculté de battre monnaie sous peine de devenir un pays artificiel, de
pacotille. Or, la sortie de l'euro conduirait précisément à cela.
Pensez-vous que les deux
programmes de financements de la Grèce finiront par réussir ?
Le premier plan de mai 2010
a été une erreur tragique. Les dépenses publiques n'y représentaient
que 30 % des économies ; les 70 % restantes ont été collectées via
les impôts. Tout le contraire de ce qu'il aurait fallu faire.
Quoique quelque peu rude, le second, en revanche, s'est concentré sur
les vrais problèmes de la société et de l'économie grecques. Les
réformes structurelles sont plus que jamais nécessaires. L'implication
du secteur privé au sauvetage a été utile. Le tout est qu'elles
soient enfin appliquées. Quant au calendrier serré de leur
concrétisation, tout le monde sait qu'il est artificiel. Une fois que
la Grèce aura démontré sa bonne volonté dans l'application des
ajustements économiques et budgétaires, elle obtiendra de ses
créanciers internationaux certainement davantage de temps pour
transformer le pays. Enfin, il faudra libérer les énergies
intellectuelles qui existent notamment chez les jeunes aujourd'hui
condamnés à émigrer pour trouver un travail satisfaisant ou tout
simplement un travail. L'esprit entrepreneurial pourra alors naître en
Grèce, ainsi que le goût du risque et l'envie d'innover.
Propos recueillis par Massimo
Prandi |
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Le Figaro
Grèce :
l'île aux aveugles, un récit de corruption ordinaire
Sur la petite île de
Zakynthos, 700 personnes, dont un chauffeur de taxi et un chasseur
d'oiseaux, touchaient en 2011 une pension pour aveugles. Un exemple
parmi d'autres de la corruption gangrénant le système de santé.
La charmante petite île de
Zakynthos, au sud de l'Adriatique, était affectée, jusqu'à peu, par
un mal mystérieux. Sa population comptait 700 aveugles, neuf fois plus
que la moyenne des pays développés. L'État grec verse une pension de
724 euros tous les deux mois aux malvoyants. Parmi les insulaires
déclarant n'y voir goutte, un chauffeur de taxi et un chasseur
d'oiseaux, rapporte le Wall Street Journal dans une enquête
publiée ce mardi.
La vraie fable de l'île
aux aveugles n'est qu'un exemple parmi d'autres des failles aberrantes
qui plombent les finances du système de santé grec. Quelques régions
ont ainsi leur spécialisation médicale, a découvert le ministère de
la Santé lors d'un récent audit. Si 1,5% de la population de la
petite île de Zante se dit aveugle, la région de Viota, en Grèce
centrale, souffre d'un taux très élevé d'asthmatiques. L'île de
Kalymnos est pour sa part affligée de nombreux cas de maladies
mentales.
Collusions locales
«Tout cela est le
résultat d'une collusion, au niveau local, entre le clientélisme des
autorités qui délivrent les pensions, gagnant ainsi des voix, et la
corruption du personnel médical, mal rémunéré, délivrant de faux
certificats», déplore Costas Bakouris, directeur de l'ONG
anticorruption Transparency international Grèce.
L'hôpital public grec est
l'institution la plus corrompue du pays, a confirmé ce mardi, pour la
cinquième fois consécutive, le rapport annuel d'Amnesty international
sur la Grèce. On y compte pour près de 42% des cas de
pots-de-vin recensés. De quoi distancer largement le fisc (16%). Selon
l'enquête de Transparency international, les pots-de-vin s'échelonnent
de 30 euros pour un coupe-file à 30.000 euros pour certains actes
chirurgicaux.
L'État s'est attaqué au
problème. Il doit en effet réduire la facture de son système
de santé, actuellement de 25 milliards d'euros par an, dans le cadre du
plan européen de redressement de ses finances publiques. Mais les
résistances sont vives. Les médecins enchaînent les grèves
pour protester notamment contre l'informatisation et la centralisation
des systèmes d'ordonnances, qui permettraient de lutter contre les
ordonnances abusives.
Le vent tourne
Sur l'île de Zakynthos, le
vent a tourné. Le nouveau maire, Stalios Bozikis, veut désormais faire
de son île un exemple de la lutte contre la corruption. Une enquête a
été menée fin 2011. L'ophtalmologiste local, soupçonné d'accepter
des pots-de-vin en échange de faux diagnostiques, a démissionné. Les
aveugles ont dû refaire des examens à Athènes. Cinquante d'entre eux
se sont réellement révélés incapables de voir. Malgré tout, environ
200 perçoivent encore la pension d'invalidité.
Le montant des
pots-de-vin baisse en Grèce
La corruption change très
lentement de visage en Grèce. Selon une enquête réalisée par
Transparency international et publiée ce mardi, les pots-de-vin versés
aux fonctionnaires ont légèrement augmenté, de 7,2 en 2010 à 7,4% en
2011. Ceux demandés par le privé ont baissé à 3,4%, contre 4%
l'année précédente. Alors que la Grèce s'enfonce dans la crise, les
montants des «fakelaki» (enveloppes de billets) ont baissé de 12% en
un an, à 554 millions d'euros. «Cela reste toutefois des montants
significativement élevés», commente Transparency international.
Guillaume Guichard |