Les coupes budgétaires
imposées par l'Union européenne et le FMI provoquent la ruine du
patrimoine historique.
Sur un prospectus affichant
la photo de la statue du "Marathon Boy" est inscrit un slogan,
en français : "Les monuments ne peuvent pas crier. Toi, tu le
peux." Les archéologues grecs ont imprimé en plusieurs langues
ces tracts et les distribuent à l'entrée de différents sites
archéologiques, dans le centre d'Athènes. Car leur message s'adresse
aux étrangers, aux touristes, aux experts internationaux. "Notre
ministre de la Culture est indifférent aux grèves et manifestations
que nous faisons depuis des mois pour défendre le patrimoine culturel
grec et arrêter les coupes dans la culture à cause de la crise. Avec
une mobilisation internationale, le message sera plus fort, nous en
avons besoin", explique Despina Koutsoumba, archéologue et
présidente de l'Union des archéologues de Grèce.
"Il y a urgence",
reprend-elle. "La culture représente moins de 1 % du budget de
l'État, soit 12 millions d'euros par an. C'est l'un des budgets les
plus bas de l'Union européenne, alors qu'il y a, en Grèce, 19 000
sites archéologiques, 210 musées, mais seulement 900 agents de
surveillance. Ce n'est pas assez ! Il y a eu près de 50 % de coupes
dans notre secteur depuis 2010, et on nous annonce encore 40 % de
personnel en moins dans les prochains mois. C'est pire que démolir une
colonne du Parthénon ! Parce que tous les jours, le danger de
destruction du patrimoine augmente. Il y a des fouilles illégales,
moins de budget pour les restaurations et plus de trafic d'antiquité.
Le pire va bientôt arriver si ça continue", prévient Despina
Koutsoumba.
Vols et coupes budgétaires
De surcroît, les musées
sont en état d'alerte depuis quelques semaines. Début janvier, un
tableau cubiste de Picasso, une toile de Piet Mondrian et un dessin du
XVIIe siècle italien ont été volés à la Pinacothèque d'Athènes.
En février, 63 pièces antiques ont été dérobées au musée
archéologique d'Olympie. La police recherche toujours les criminels.
Mais pour les archéologues grecs, ce n'est que la partie émergée de
l'iceberg. "Nous voyons des horreurs tous les jours. Cela concerne
toute la sécurité nationale, c'est la propriété de tous.
Aujourd'hui, c'est la Grèce, demain, ce sera le Colisée de Rome, le
Louvre à Paris et d'autres", renchérit l'archéologue Amalia
Tsiouti.
Depuis le début de la
crise, nombre de musées ou sites archéologiques ont fermé leurs
portes, comme celui de Sikiona à Corinthe, ceux des îles de Kasos et
de Leros, les musées byzantins d'Athènes et de Thessalonique, ou
encore la collection néolithique de l'île de Rhodes. "Ceux qui
sont subventionnés par les fonds européens restent ouverts, mais ils
représentent aujourd'hui une minorité. À ces coupes sur les musées,
il faut ajouter la baisse de nos salaires. Nous sommes docteurs en
archéologie et nous gagnons 650 euros par mois. Il est difficile de
motiver de nouveaux arrivants dans le métier", conclut-elle.
L'ensemble des archéologues appellent à une grande mobilisation le 18
avril prochain, journée de l'héritage culturel.