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Architecture

Découverte de l'architecture contemporaine

Visitez Athènes et découvrez les architectes qui ont participé à son embellissement

 


GREEK ARCHITECTURE 

Karin Skousboll, Greek Architecture Now, Studio Art Bookshop, Athens, 2007 

Despite its glorious past and Athens’ position as the oldest capital in Europe, in architectural terms Greece is mainly a modern nation. Greece adopted modernism from the 1930’s and embraced the modern style with enthusiasm during the 1950’s-60. Even so, the national aspects and the presence of the classical/neo-classical icons repeatedly evoked an ideological battle between the “traditionalists” and the “modernists”. From Skousboll’s Scandinavian viewpoint the aim of the book is to look into contemporary Greek architecture and at the same time provide an understanding of its essential characteristics based on the historic and cultural heritage of Hellas. 

Karin Skousboll is Associate Professor at the Royal Academy of Fine Arts, School of Architecture, København 

More on Greek Architecture online:

Benaki Museum - Neo-Hellenic Architecture

Athens - Discovering contemporary architecture

History of the Athens School of Architecture

 


L'architecture

 

Par Georges A. Panetsos

 

 

La Grèce est universellement connue comme le berceau de plusieurs traditions architecturales. Outre l'architecture classique (Ve-IVe siècle av. J.-C.) et l'architecture byzantine (VIe-XVIe siècle ap. J.-C.), qui se sont respectivement propagées et implantées à l'ouest et à l'est, comme aucun autre type d'architecture auparavant, on pourrait mentionner une longue série de traditions architecturales qui, soit sont nées en Grèce, soit s'y sont développées. L'architecture minoenne (environ 3000-1400 av. J.-C.), l'architecture cycladique (environ 1800-1400 av. J.-C.), l'architecture mycénienne (environ 1400-1200 av. J.-C.), l'architecture archaïque (VIIIe-VIe siècle av. J.-C.) et l'architecture hellénistique (IIIe siècle- 30 av. J.-C.) font partie des traditions architecturales qui sont apparues sur le sol grec. Parmi celles qui s'y sont développées, se trouvent l'architecture romaine (146 av. J.-C.-323 ap. J.-C.) et l'architecture paléochrétienne.

 

Ictinus, Callicarates, Phidias

Le Parthénon, Athènes

447-438 av. J.-C.

Katholikon byzantine, 1300,

Chilandari, Monastère Mont Athos (2)

L'occupation ottomane (milieu du XVe siècle ap. J.-C.-1821) engendre à la fois une rupture et un certain recul de l'architecture grecque, qui en effet, ne connut ni la Renaissance, ni l’évolution qui s’ensuivit. Elle ne profita pas non plus de l'architecture ottomane, étant donné que celle-ci s'était peu répandue en Grèce, malgré le fait que la plus grande partie des architectes et artisans ottomans - y compris Sinan (1490-1588), reconnu comme le meilleur d'entre eux - étaient de souche grecque.

L. Kaftanzoglou

L’École Polytechnique

(Université technique)

Athènes, 1861

Au XVIIIe siècle, l'apparition d'une architecture vernaculaire pluraliste et vivante rétablit en quelque sorte la continuité. Très tôt, elle fut supplantée par le néoclassicisme, qui fut adopté comme le vocabulaire architectural approprié pour ce nouvel État grec indépendant des années 1820. Des architectes aussi renommés que K.F. Shinkel, Fr. Gaertner et L. von Klenze, furent chargés de la conception de bâtiments publics à thème, à l’instar de C. Hansen, Th. Hansen, qui allait devenir l'architecte de la Vienne impériale, ou encore S. Kleanthes (1802-1862), L. Kaftanzoglou (1811-1885) et E. Ziller (1837-1923), pour n'en citer que quelques uns.

Th. Hansen, Fl. Boulanger.

Le Palais des expositions Zappeion

1874-88

Th. Hansen

L'Académie d'Athènes, 1859

Le début du XXe siècle fut marqué par le rejet du classicisme et des styles historiques, comme le montre l'œuvre de A. Zachos (1872-1939). L'architecture vernaculaire fut réévaluée par les intellectuels grecs "populistes", car elle représentait à leurs yeux des principes défiant le temps, tels que l'échelle humaine, l'intégration dans le paysage, l'adaptation au climat et aux styles de vie et enfin, la correspondance entre l'art de bâtir et la forme. Elle joua un rôle crucial dans l'évolution de l'architecture au niveau mondial, car elle influença de grands architectes, tels que A. Loos et Le Corbusier, qui se sont inspirés de leurs visites sur les îles grecques pour établir leurs principes respectifs de "Raumplan" et "Toit-terrasse"/"Toit-jardin". La ressemblance entre le vocabulaire formel moderniste et les précédents domestiques familiers, de même que l'agenda social du modernisme, les priorités fonctionnelles, l'approche de l'hygiène et le rejet d'ornements onéreux à une époque de crise à la suite de l'afflux, en 1922 de 1,5 millions de réfugiés en provenance d'Asie Mineure, peuvent expliquer l'acceptation inconditionnelle du mouvement moderne dans les années 1920 et 1930. Un groupe de jeunes architectes talentueux émergea alors : P.N. Djelepis (1894-1976), G. Kondoleon (1896-1952), N. Mitsakis (1899-1941), K. Panayotakos (1902-1982), I. Despotopoulos (1903-1992), P. Karandinos (1903-1976), B. Douras (1904-1981), S. Papadakis (1906-1993), K. Biris (1907-1990), R. Koutsouris (1901-1998), P. Michailidis (1907-1942), Th. Valentis (1908-1982), et I. Saporta (1911-1998), parmi tant d'autres, en font partie. Ce furent eux qui animèrent le plus grand événement architectural de l'époque, le IVCIAM (Congrès International d'Architecture Moderne), qui se tint à Athènes en 1933. Ils travaillèrent successivement pour l'élite cultivée et sur les programmes d'infrastructure urbaine financés par l'État, mais ne parvinrent pas à jeter les bases solides d’une pratique moderne de l'architecture. Les problèmes en suspens à l'époque - obsolescence du secteur du bâtiment et des travaux publics, distribution des droits professionnels, éthique souple, tolérance de constructions illégales, absence d'une tradition de planification - ne sont toujours pas résolus.

La Seconde Guerre mondiale (1940-1944) et la féroce Guerre civile qui s’ensuivit (1946-1949) causèrent d'énormes pertes humaines et matérielles et détruisirent les infrastructures de production, surtout dans les campagnes. K. Doxiadis (1913-1975) proposa à plusieurs reprises de donner la priorité à la reconstruction et à la revitalisation des provinces, mais ses propositions restèrent lettre morte. Cela provoqua un grand déséquilibre entre Athènes et le reste du pays. Apparurent alors de petites sociétés de construction sans capital, ni personnel ni matériel propre, fonctionnant sur la base de l'"antiparochi". Ces structures acquéraient le droit de construire un ou plusieurs bâtiments, en échange de quoi elles se voyaient octroyer le droit de propriété sur une partie d'un bâtiment ou sur plusieurs bâtiments du projet. D'autre part, le développement d'une "culture d'entreprise" agressive, qui ne visait que l'obtention immédiate de bénéfices, découragea toute recherche de qualité et d'innovation. Ces deux éléments - les petites sociétés de construction et l'agressivité de la culture d'entreprise - déterminèrent les conditions de la reconstruction de l'après-guerre. Ainsi, résistant à la conjoncture défavorable, l'architecture grecque sut refaire surface, à cette période de l’après-guerre.

Détail du dallage. Paysage autour de l'Acropole, Athènes, 1951-1957

 

K. Pikionis (1887-1968) ressort comme l’un des grands noms du début des années 1950. Influencé par la pensée des intellectuels "populistes", Pikionis était attiré par l'étude non historique des modèles grecs et orientaux à partir de laquelle il établit une théorie d'unité universelle dans l'art.

On lui devait déjà la construction de deux bâtiments de petite taille, néanmoins importants, dont l’un était une étude subtile sur l'architecture vernaculaire et l’autre, la reconstruction d'une maison antique. 

Il s'adonna également à l'architecture moderne lors de la création de la remarquable École Pefkakia (1932). Insatisfait, il rejeta plus tard le modernisme en faveur d'un vocabulaire néo-vernaculaire personnel, qui prit toute sa cohérence dans les années 1950. 

Paysage autour de l'Acropole et de la montagne Filopappou, 1951-1958

Avec la maison de Philothei (1954), une représentation originale et élaborée, et non une reproduction de l'architecture vernaculaire, vit le jour. En 1951, Pikionis fut chargé de concevoir le paysage autour de l'Acropole. Loin d'être perturbé par certains problèmes fonctionnels, il se concentra sur l'aspect visuel de l'architecture, de façon à donner tout son sens à une collection sans précédent de matériaux, d’objets et de formes, de nature emblématique et d'origine expressément non identifiée, conférant au site un caractère savamment intemporel. C'est grâce à ce travail, probablement le plus important de l'architecture grecque du XXe siècle, que Pikionis se forgea, plus tard, une réputation internationale, se démarquant comme l’un des pionniers du régionalisme architectural.

À l’issue d’une longue période de crise et de conservatisme, la fin des années 1950 et les années 1960 se caractérisèrent par une période de croissance sans précédent. En matière d'architecture, en dépit de quelques difficultés, ce fut également une période de grands accomplissements. C'est à cette époque que se construisirent la plupart des bâtiments publics récents les plus connus, ainsi que quelques importants bâtiments privés. L'architecture grecque éveilla l'attention internationale et quelques architectes grecs, installés en Grèce et à l'étranger, - tels que K. Doxiadis (1913-1970), I. Xenakis (1921-2001 ), autrefois compositeur avant-gardiste, G. Kandylis (1913-1994) et A. Provelenghios (1913-1999) -, gagnèrent même une réputation mondiale. De même, à l’instar de S. Papadakis, I. Saporta et I. Despotopoulos, d'autres architectes se lancèrent dans des carrières internationales.

A. Konstantinidis,

Résidence privée,

Athènes, 1961

A. Konstantinidis,

Hôtel Xenia,

Paliouri,

Halkidiki, 1962

 

Konstantinidis (1913-1993) n’exerça qu’en Grèce, mais il bénéficia d’une large réputation. Le réalisme fut un facteur essentiel de son architecture : elle impliquait une reconnaissance de la présence sublime du paysage et la célébration de la sincérité frugale de la vie populaire. Konstantinidis se tourna également vers l'architecture vernaculaire, non pour y rechercher des modèles ou des formes, mais plutôt des principes. Il affina progressivement ses méthodes de conception et de construction, afin d’élaborer un système rationnel et cohérent pouvant être appliqué tel quel à tout type de bâtiment, qu'il s'agît de maisons d'ouvriers ou de bâtiments publics, par exemple, les musées. Il travailla régulièrement sur ce système qui faisait intervenir une structure porteuse standard, en béton et sans aucun habillage porteur, ou des murs porteurs en pierre, soutenant un plancher, jusqu'à ce qu'il estime que le système s’était perfectionné. En 1978, il décida de se retirer, mais conserva toutefois une activité de critique vif et pénétrant, finalement autodestructeur. Parmi les œuvres maîtresses de Konstantinidis se trouvent de nombreux hôtels Xenia (1958-1964), des maisons d'ouvriers à Athènes, Thessalonique et Héraklion (1955-1957), des résidences privées à Athènes (1061), Philothei (1961), Vouliagmeni (1961), Sykia (1951), Anavyssos (1962) et Égine (1974-1975), ainsi que les musées de Ioaninna (1965) et de Komotini (1967).

 

A. Konstantinidis,

Résidence de

week-end à

Anavyssos,

Athènes, 1961

 

 

A. Konstantinidis,

Hôtel Triton,

Andros, 1958

 

 

A. Konstantinidis,

Hôtel Xenia,

Mykonos, 1960

 

Une autre version de la même réalité, moins critique mais plutôt ouvertement progressiste et optimiste, inspira la génération d'architectes qui émergea dans les années 1950. Or, on peut affirmer que l’œuvre de N. Valsamakis constitue l‘un des meilleurs échantillons des orientations et des accomplissements de cette nouvelle génération.

N. Valsamakis, Complexe touristique, île de Kos, 1994

N. Valsamakis (1924- ) bouleversa les clichés commerciaux de l'époque dans sa maison de la rue Semitelou (1051). Le traditionnel mur extérieur percé disparut derrière un plan quadrillé formant une loggia. Ce plan fut totalement débarrassé des éléments complexes redondants, superflus ou à caractère ostentatoire. Les matériaux, les couleurs et les textures, furent soigneusement sélectionnés pour mettre en valeur l'articulation de l'immeuble dans un cadre d'une grande sobriété, se substituant à l'uniformité établie du plâtre couleur ivoire. Après avoir testé et étendu ce langage chaleureux et sensuel dans une série de maisons prototypes, Valsamakis se concentra sur la recherche d'une expérience spatiale, parfaitement réussie avec ses remarquables essais de "design total", dans les élégantes maisons d'Anavyssos (1961) et de Philothei (1963). Sous l'influence de la composition en plans de Mies van der Rohe, l'horizontalité est marquée, la structure réduite à son minimum et l'utilisation de portes coulissantes en verre, aux dimensions inhabituelles, permettent une parfaite continuité spatiale entre l’intérieur et les vérandas. Après les années 1960, l'architecture de Valsamakis continua d'évoluer. Un processus d'élimination de projections et de variétés de matériaux et textures donna lieu à un vocabulaire minimaliste original, qui fut appliqué à des résidences, notamment à Philothei (1971), Kefalari (1972) et Sounion (1974), ainsi qu’à l'hôtel Amalia, à Olympie (1977). La période de la fin des années 1970 et des années 1980, fut marquée par la réalisation, à Athènes, du siège de la Banque de Crédit (1978-1990), probablement le bâtiment le plus important de l'après-guerre. Ce vocabulaire connut une certaine évolution, après une période d'exploration des possibilités offertes par le contextualisme. Valsamakis, fidèle à la lignée de la décennie passée, mais tout en faisant intervenir une iconographie variée et adaptée, ainsi que quelques accents post-modernistes, s’essaya aussi à certaines versions du classicisme (Hôtel Amalia à Nauplie, 1980) et à l'architecture vernaculaire (résidence à Paliayanni, 1978). Son travail fut toujours couronné de succès. Cette discipline lui permit, par la suite, de revisiter plusieurs ouvrages, qui ont aujourd'hui acquis une tout autre dimension (Musée Privé - Marousi - Athènes, 1998, Complexe touristique de Kos, 1988). C'est ainsi que le rôle de Valsamaki, en tant qu’acteur principal en matière d'architecture, fut réaffirmé jusque dans les années 1990 (résidences à Vouliagmeni, 1997 et Paros, 1998).

 

N. Valsamakis

Résidence privée

Philothei,

Athènes, 1971

 

 

N. Valsamakis

Résidence d'été

Anavyssos,

Athènes, 1961

 

 

N. Valsamakis,

Appartements de la

rue Semitelou,

Athènes, 1951-1953

 

N. Valsamakis,

Résidence privée,

Vouliagmeni, 1997

 

Parmi les personnages clés de cette génération d’éminents architectes, il convient également de mentionner les architectes suivants : T. Zenetos (1926-1977), pour son raffinement technologique, ses stratégies de conception innovatrices, sa recherche typologique et sa capacité à prévoir un environnement parfaitement contrôlé ; I. Liapis (1922-1992) et E. Scroubelos (1921- ), pour l'introduction du vocabulaire puriste de Le Corbusier et pour la façon originale dont ce vocabulaire a été manié dans des bâtiments et lieux publics évocateurs, tels que le terminal de passagers du port du Pirée, la Fondation Zahariou et le monument Kalavryta ; K. Dekavallas (1925- ), pour l'organisation rationnelle et expressive de ses immeubles, résidences et hôtels, ses remarquables intérieurs de banques et sa direction de la construction tardive des hameaux de Santorin (1956) ; V. Grigoriadis, parmi tant d'autres architectes, pour ses églises novatrices ; P. Mylona (1915- ) et D. Fatouros (1928- ), pour leur pratique architectonique multi-facettes, mais aussi leur enseignement, leurs écrits et leurs recherches ; D. Zivas (1928- ) pour le projet d'urbanisation de la vielle ville d’Athènes ; A. Simeon, D. Kollaros et S. Kondaratos, pour leurs conceptions architecturales et urbaines et leurs riches contributions théoriques ; J. Koutsis (1933- ) et Th. Papayannis (1932- ), entre autres exemples.

Deux nouvelles générations virent le jour dans les années 1960. Rapidement établis à la suite de concours d'architecture, les architectes sortant de l'École d'Athènes, où ils avaient reçu une solide éducation, bénéficièrent de la toute puissance que le modernisme avait à cette époque, mais qu'il perdit par la suite. Leur langage préféré était le purisme de Le Corbusier. Il faudrait mentionner K. Papaioannou (1934- ), K. Fines (1933- ), I. Kanetakis (1937- ), D. Katzourakis, G. Tsaberis (1937- ), L. Kalyvitis (1938- ) / G. Leonardos (1940- ), K. Gartsos (1933- ), K. Krokos, T. & D. Biris (1942- , 1944- ), E. Papayannopoulos (1939-1998 ), parmi tant d'autres architectes. Enfin, I. Vikelas (1931- ) contribua au développement des gratte ciels à Athènes et, plus tard, participa à l'élaboration d'espaces de bureaux commerciaux de luxe.

Dimitri et Suzanna Antonakaki (1933-, 1935- ) laissèrent une empreinte indélébile. Malgré les valeurs et moyens d'expression établis, D. &S. Antonakaki se distinguèrent par un regard très critique. Pikionis et Konstantinidis peuvent être considérés comme leurs prédécesseurs, même si tous deux fondaient leurs critiques sur les éléments traditionnels. Quant à la vision critique de D. & S. Antonakaki, il semble qu’elle provienne pour chacun de sources aussi diverses que l'ordre modulaire de Mies van der Rohe, les formes irrégulières de Le Corbusier et le mode d'organisation structuraliste néerlandais, influences qu'ils ont intégré dans un langage d'une grande originalité. Très vite, ils passèrent de structures rationnelles et simples, caractéristiques de leurs premières œuvres – les maisons à Chaidari (1961) et Glyfada (1962) et le musée de Chios (1965) - à des dispositifs plus complexes. Leur façon de délimiter des zones très structurées et fonctionnelles et l'utilisation de grilles irrégulières modulables dans les plans et les sections donnèrent lieu à une variété sans précédent d'intérieurs frappants par la force qui s'en dégage, comme en témoignent les habitations de Spata (1973), la maison originale de la rue Emmanuel Bénaki (1972) et l'hôtel Lyttos (1974-1976), en Crète. Ces grilles sont maintenues au moyen d’une "promenade architecturale", qui sert à relier les différents éléments. C'est sur ce canevas solide, pratiquement inchangé au cours des trois dernières décennies, que s'attachait l'iconographie. Au début elle était volontairement simple, pauvre en matières et textures, comme en témoignent les maisons de Phaleron (1966-1971) et Oxylithos (1973-1977), puis elle s'orna progressivement de contrastes, s'enrichit et se densifia, dotant chacun de ses projets architecturaux d'une certaine intimité (maisons sous l'Acropole (1978) et à Égine (1983). À cette même période, la dialectique entre le public et le privé se perpétua au sein et au delà des bâtiments, améliorant la qualité de l’espace. Une autre preuve de la solidité de ce canevas réside dans le fait qu'il est aussi bien utilisé dans des bungalows privés modestes, que dans le campus universitaire (Rethymnon et Chania, Crète, 1982), notamment suivant le principe de la collectivité. Le travail de D. & S. Antonakaki, dont l’influence fut considérable dans tout le pays, fut acclamé comme étant la représentation même du régionalisme critique.

 

D. & S. Antonakakis

Hôtel Lyttos,

Crète, 1979

 

 

 

Résidence privée,

Athènes, 1974

 

 

 

Résidence privée,

Athènes, 1983

 

 

Université

 technique de

 Grèce,

Hania, 1987

 

Suivant une approche radicale similaire, mais non marquée par les influences du régionalisme, l'œuvre de N. Kalogeras (1935- ), P. Koulermos (1933-1999) et S. Amourgis (1938- ) apporta des réponses cruciales à des moments inattendus, bien avant de faire partie du discours commun des architectes.

A. Tombazis (1939- ) se fît également connaître dans les années 1960. À l'époque, son approche de l'architecture et de la pratique architectonique était en totale opposition avec la plupart de ses contemporains. Ce qui primait dans sa vision de l'architecture n'était pas l'aspect fonctionnel ou esthétique de celle-ci, mais plutôt l'art de bâtir à proprement parler et l'aspect purement technique. Probablement influencé par l'époque où il était assistant de C. Doxiadis, il opta pour la pratique à grande échelle sur la scène internationale, qui permet d'établir de nombreux échanges. Fasciné par la technologie, il en fit le thème principal de son œuvre, au moins jusque dans les années 1970. D’après ses projets, dont la plupart firent l'objet de distinctions lors de concours internationaux (Tokyo, 1966, Centre Espoo, 1967, centre ville de Perugia, 1971), Doxiais voyait en l'architecture un système, et le bâtiment comme une possibilité d’évolution et de développement avec le temps. Cette approche ressort clairement, même dans des œuvres à petite ou moyenne échelle, telles que les résidences privées (1968, 1977), la nouvelle École de Smyrne (1969), les remarquables bureaux d'AGET (1972), la tour d'appartements de Difros (1971) et l'École de Droit d’Athènes (prototype). Le détail de ces œuvres, la précision de leur exécution et l'intégration de systèmes mécaniques étaient jusqu'alors inconnus pour l'architecture grecque. Après la crise pétrolière des années 1970, Tombazis commença à s'intéresser à l'utilisation de l'énergie solaire dans ses créations. C'est cet intérêt qui fut à l'origine du projet "Trapeza Helios" (1977), œuvre pionnière au niveau international. Il parvint rapidement à concevoir un hameau solaire autour de l'utilisation de l'énergie solaire à Lykovrysi, près d'Athènes (1979). Son approche évolua progressivement et la conception solaire fut bientôt remplacée par la conception bio-climatique, qui devint l'élément primordial de sa pratique architecturale. Cette conception fut à l'origine d'autres approches hautement contextuelles en Grèce, pour des projets tant nationaux qu'internationaux. Tombazis est actuellement reconnu comme l'une des personnalités majeures dans ce domaine.

Appartements

 Difros,

Athènes, 1973-1975

 

 

 

Village fonctionnant

à l'énergie solaire,

Pefki, Athènes,

 1978-1979

 

Immeuble de bureaux 

Athènes, 1993-1998

 

 

 

Résidence d'été,

Kinetta, 1969-1970

 

En 1967, O. Doumanis, ingénieur des travaux publics, qui vouait un grand intérêt à l'architecture, publia la meilleure étude architectonique grecque existant ce jour, intitulée L'Architecture en Grèce. En raison de la dictature militaire en place, le véritable essor de l'architecture n'eut pas lieu dans les années 1960, mais après la crise pétrolière de 1972-1973. Jusque dans les années 1960, l'architecture était avant tout perçue comme une technique, et non comme une pratique idéologique. Elle était trop abstraite pour être censurée et le régime militaire ne dura pas suffisamment longtemps pour établir une architecture officielle, quelle qu'elle fût. Cependant, la dictature laissa ses empreintes sur le long terme : l'architecture se développa dans le secteur privé au détriment du secteur public (ce dont elle ne s’est pas encore remise, d’ailleurs), les nombreuses spéculations dans le secteur du bâtiment se traduisirent par une surexploitation forcenée des terrains et enfin, la montée du populisme politique freina, pendant au moins deux décennies, le progrès et les réformes. La recherche formelle et typologique fut rejetée, de même que l'architecture "conçue" ou "acquise". On prit pour modèles les constructions vernaculaires ou même illégales. En dépit de ce chaos, les prototypes de G. Pantopoulos, D. Diamantopoulos, M. Borne, A. Tripodakis, I. Liakatas ou encore A. Pehlivanidou, A. Kouvela et d'autres architectes, apparurent comme des représentations claires et originales et confirmèrent la position indépendante de ces architectes, à l’encontre de l'architecture des années 1960. D'autres architectes, tels que K. Kyriakidis et K. Xanthopoulos ou M. Milissi, furent à l'origine d'approches tout à fait particulières, dont la visée consistait à répondre aux besoins spécifiques d'édifices comme les hôpitaux et les usines.

Les années 1980 s'ouvrirent sur une époque de crise pour le secteur du bâtiment et de grands bouleversements au sein de la profession. À la suite du transfert de responsabilité de l'Université vers la Chambre technique de Grèce, le niveau à atteindre pour l'obtention du diplôme d'architecte chuta, permettant ainsi à près de 4 000 diplômés, considérés jusqu'alors incompétents et issus, pour la plupart, d'universités internationales peu renommées, d'exercer la profession. Bon nombre d'entre eux devinrent rapidement fonctionnaires. En trois ans, le nombre d'architectes, déjà très élevé, doubla, entraînant de profonds changements pour la profession toute entière. L'architecte n'était plus l'artiste créatif ou l’ingénieur travaillant au service des nantis, mais plutôt le parent au chômage vivant aux dépens de sa famille. Pour la première fois, le recours aux services d'un architecte devint à la portée de toutes les couches de la société grecque, si bien que l’on en vint même à se demander s'il s'agissait encore d'architecture.

Tous ces événements survinrent à une époque de grandes transformations au niveau international, avec notamment le rejet des dogmes modernistes, une autre approche critique, un regain d’attention vis-à-vis de la forme et de la mémoire et enfin, une nouvelle prise de conscience face à l'autorité et aux limites de l'architecture. Ces changements radicaux constituèrent un véritable défi pour un pays où le populisme conservateur et le régionalisme, largement répandus dans les années 1970, s'adaptaient difficilement à l'essor d'une élite d'architectes très présents sur la scène internationale. Cela donna naissance à deux rapports riches et originaux, rédigés par K. Porphyrios et A. Christofellis et publiés dans Art & Conception en Grèce, de même qu’à une étude très importante, du même éditeur, O. Doumanis, en 1979. Par ailleurs, à l’initiative de M. Kaltsa, P. Nicolacopoulos et S. Rogan, un salon sans précédent eut lieu à la Galerie nationale d'Athènes, sur les "Tendances de l'architecture contemporaine", occasion à laquelle furent présentées au public grec des figures de proue de l’avant-garde de l'époque. Soulignons également une publication faisant suite au livre de Antoniades (1979), d’un ouvrage volumineux sur "L'Architecture grecque moderne (1830-1980)", écrit par D. Filippides et enfin, celle de deux analyses critiques historiques de H. Fessas-Emmanouil, certes plus modérées, mais d’un tout aussi grand impact ; elles soulevèrent de grandes polémiques au sujet de l'architecture publique (1984) et de l'idéologie (1987). En effet, l'enseignement de l'architecture, exclusivement dispensé, jusqu'en 1999, dans les écoles publiques d'Athènes (ouvertes en 1917) et de Thessalonique (en 1957), n’était pas en mesure d'apporter une réponse créative aux défis qui se présentaient. Cet enseignement, pris au piège entre la rhétorique radicale et la pratique conventionnelle, dans un contexte social oscillant entre le fonctionnalisme, l'ostentation et l’avarice, adopta une attitude défensive. Il se révéla alors incapable de s'imprégner des nouvelles tendances et de donner leur place aux idées novatrices, mais aussi aux individus, et ce, en dépit d'un malaise croissant et de quelques efforts importants, quoiqu’isolés, pour promouvoir la modernisation et l'ouverture d'esprit.

Toutefois, au delà du monde académique, ce climat d’incertitude permit l’avènement de nouvelles formes d'expression et d'expérimentation, qui surent se démarquer du principal courant architectural grec. Par exemple, A. Christofellis (1946-1991), professeur à Milan, fit preuve d’une approche intellectuelle très marquée, ancrée dans l’histoire et recherchant une représentation élaborée de la tectonique comme langage et mémoire. S. Rogan, lui, fit de l'approche conceptuelle le point de départ du processus de conception (au delà de la fonction ou de la construction), dans le cadre de projets à échelle urbaine, faisant souvent de l'architecture un thème à part entière. Pour leur part, A. Altsitzoglou et I. Koukis mirent au point un style hautement personnel, mettant en jeu des exercices dans l'espace, même au service de projets à petite échelle. Par ailleurs, A. Samaras, qui encouragea véritablement les échanges en matière de théorie, insuffla l’élégance, un côté formel et de la rigueur à un ensemble d'immeubles de bureaux et de bâtiments résidentiels de luxe. Puis, après une période de classicisme post-moderne, B. Ioannou, T. Sotiropoulos et A. van Gilder adoptèrent le minimalisme opulent et raffiné. Dans le cadre de concours architecturaux, le groupe Alalitos apporta une version du langage puriste de Valsamakis et du rationalisme post-moderniste italien, avec un caractère public tout aussi reconnaissable qu'innovateur. Enfin, N. Theodosiou, probablement le seul véritable post-moderniste, choisit une version tout à fait particulière de l'éclectisme, à laquelle il conféra une cohérence exceptionnelle.

Les grands architectes grecs installés à l'étranger jetèrent un pont entre les architectes de Grèce et ceux du monde entier. D’une part, en 1981, E. Senghelis, figure de proue de l'architecture avant-gardiste depuis les années 1970, fonda à Athènes, , une agence de l'OMA (office de l’architecture métropolitaine), - agence qui prit plus tard le nom de Gigante-Zenghelis – et il appliqua les multiples facettes de son contextualisme froid et de son modernisme implacable à différents projets de toutes tailles, dans divers endroits. D’autre part, D. Porphyrios, architecte basé à Londres, mais aussi personnage central de la théorie architecturale et de la renaissance classique internationale, il conçut une maison et un immeuble de bureaux à Athènes, puis des demeures sur l'île de Spetses, offrant une version sobre et élégante du néoclassicisme, perçue non comme un nouveau style, mais comme une représentation de la technique de construction. Par ailleurs, P. Koulermos, déjà cité parmi les architectes des années 1960, qui, ayant travaillé en Californie et en Italie, fut également le concepteur de plusieurs immeubles pour la toute nouvelle Université de Crète et de la série "Douze versions de maisons dans l'espace hellénique". Ces œuvres, d'une grande poésie, s’inspirent de l'esprit du lieu, de l'histoire et de la mémoire, dans un langage pur et abstrait. En outre, il convient de rendre hommage à D. Manicas, de Vienne, S. Polyziodes, de Los Angeles, et à Y. Tsiomis, de Paris, pour leurs apports qui ont enrichi la tradition architecturale grecque de nouvelles perspectives. Évoquons, enfin et surtout, A. Tzonis, qui enseigna d'abord à Harvard puis à Delft, et dont la contribution s'illustre par nombreuses discussions sur la définition de la notion de régionalisme et de syntaxe architecturale classique. On lui doit également un essai critique fondamental sur l'architecture de D. &S. Antonakaki, notamment à partir duquel naquit la lignée Pikionis- Konstandinidis-(Fatouros)-Antonakakis dans le régionalisme grec, seulement remise en cause récemment.

Émergeant à la même période, quelques héritiers de cette lignée virent leur réputation grandir en moins d'un an. Par exemple, D. Issaias et T. Papaioannou surent tirer parti des leçons de syntaxe de Konstandinidis et de l’influence des puristes des années 1960. Ainsi sont-ils à l’origine d’une architecture "réaliste" et équilibrée, fondée sur la mise en commun d’expériences typologiques et la sublimation de la "low tech", en particulier pour les bâtiments publics. De son côté, M. Souvatzides eut progressivement recours au langage puriste standard, mis en évidence par la structure externe en béton et l'habillage, pour répondre aux besoins de l'expression individuelle et de la responsabilité environnementale, sans pour autant se laisser guider par le pouvoir de ses images. Pour leur part, P. Babalou, A. Noukakis et G. Triantafyllou firent de leur langage des prolongations de celui de D. & S. Antonakaki. Par ailleurs, on reconnaît l'influence de D. Fatouros dans l'émergence d'un groupe tout à fait particulier à Thessalonique, dont les principaux représentants sont N. Kalogirou, G. Triantafyllies, G. Athanassopoulos, S. Tsitiridou, M. Chryssomalidis et L. Spania, pour ne citer que ceux-là.

Outre les tentatives novatrices citées précédemment et la prédominance de N. Valsamakis, D. & S. Antonakakis et A. Tombazis, les années 1980 correspondent à l'époque au cours de laquelle T. & D. Biris consolidèrent leur œuvre, suivis, au début des années 1990, par K. Krokos.

T. & D. Biris se firent connaître dans les années 1960. Partenaires au bureau du Professeur Biris, leur père, ils avaient déjà, au début des années 1980, une série de œuvres remarquables à leur actif. Parmi ces dernières, on compte notamment la Court de justice de Livadia (1970), les Dortoirs de Konitsa (1972), l'École Nea Smyrni (1967), le Complexe sportif Zea (1970), la petite mais considérable série de maisons à Ekali (1972, avec la collaboration de l'architecte M. Kafritsa), Polydrosso (1977, également en collaboration avec M. Kafritsa) et Politeia (avec A. Anninou pour architecte consultant), ainsi que les logements des banlieues d'Athènes et d’autres villes ; on y retrouve les influences du purisme triomphant des années 1950 de Le Corbusier et celles du positivisme de J. Despotopoulos, absorbées en un langage caractérisé par la tectonique, la cohérence et la rigueur. Celui-ci fit de nombreux adeptes, dont la fameuse nouvelle société regroupant Christodoulea, Dimopoulou, Saiti et Stathopoulos. Forts de leur longue expérience académique et grâce à l’instauration de ce langage, associé au travail, à la théorie et à l'esprit de A. Konstandinidis, ces architectes se concentrèrent avant tout sur le problème de l'architecture publique (allant des immeubles des institutions publiques à la tente extensible provisoire). Leur conception du "noyau social central" fut invariablement appliquée à une série de maquettes primées dans les années 1980. Toutefois, aucune d’entre elles ne put être concrétisée, en raison de la négligence et de l'ignorance de l'administration. Plusieurs de ces projets allaient bien au delà d’un simple programme, d’un budget et d’un emplacement. De fait, il convient de saluer la construction "spontanée" de l'abri en feuille de métal pour le complexe sportif du bassin olympique couvert (1984), ou encore la gigantesque pergola en verre, construite dans la roche, à flanc de colline, pour le nouveau musée de l’Acropole (1991). Ce sont d’extraordinaires références poétiques à la mythologie, aux archétypes de la construction et aux modes de vie qui perpétuent la culture architecturale grecque.

Krokos, Musée Fassianos, Athènes 1990

K. Krokos (1941-1998), quant à lui, emprunta une voie radicalement différente. Ayant été l’un des premiers assistants de I. Liapis et influencé par les artistes et les intellectuels, il ne tarda pas à rejeter le modernisme en tant que style et projet culturel. En effet, ce mouvement était, selon lui, trop simpliste, voire vulgaire, et il lui reprochait de rejeter les valeurs du passé. À l’instar de Pikionis en son temps, il se tourna vers l'architecture vernaculaire, choisissant non pas celle de la campagne, mais plutôt le néoclassicisme vernaculaire urbain qui avait modelé les villes grecques de son enfance. Il l’enrichit d'une certaine chaleur et d'une sincérité liée à la classe moyenne et la bourgeoisie. Il étendit cette tradition à d'anciennes maisons grecques dotées d’atriums, dans lesquelles il s’attacha, plutôt qu’à rechercher des modèles, des précédents ou même des principes, à expérimenter l'espace tel qu’il est modelé par le temps, la lumière et les matériaux, de façon à les reproduire dans une architecture de la mémoire. Cette mémoire va jusqu’à englober et sublimer de quelconques immeubles récents, à moitié finis ou abandonnés, tout comme leur composition structurelle, faite d’une trame de poteaux en béton, espacés à intervalles réguliers et habillée de brique brute. Cette combinaison, dont la touche finale est toujours superbe, et qui s'accompagne de stucs polis et entièrement peints, de marbre épais, de verre de couleur et de bronze, s’applique aussi bien à des bâtiments publics que privés. Parmi les bâtiments publics, citons le musée de la Culture byzantine à Thessalonique, ou de "beaux" et "sublimes" éléments, issus respectivement de la tradition classique et byzantine, viennent s’intégrer à une composition éminemment personnelle. La construction de ce musée, dont la maquette avait pourtant été primée lors d'un concours d’architecture, en 1977, ne commença véritablement qu'à partir de 1989, pour s’achever en 1994, illustrant à nouveau le manque d'effort public existant dans le domaine de l'architecture.

 

K. Krokos

 

Résidence

privée,

Halkidiki, 1993

 

 

Résidence

privée,

Athènes,

1989-1991

 

 

 

Musée Byzantin,

Thessalonique,

 1978-1993

 

L'architecture grecque des années 1990 se caractérise par une crise au sein de la profession et de l'enseignement de l'architecture. À cette époque, c’est une absence totale de politique ou d’aide en la matière qui a prévalu.

En dépit de cela et grâce à l’héritage des années 1980, un groupe de jeunes, dont le porte-parole était devenu le journal Tefchos, se fit remarquer par Vittorio Gregotti, critique connu du monde entier, depuis 1992. Purs produits du libéralisme post-moderniste et des échanges internationaux, ces jeunes étaient libérés des contraintes propres aux dernières traditions locales, à savoir la tradition vernaculaire, la tradition régionaliste critique, puriste ou moderniste. Par ailleurs, il est indéniable qu'ils appréciaient l'œuvre de Valsamakis et de Zenetos. Chargés d'effectuer exclusivement des œuvres de dimension réduite pour des particuliers, ils élaborèrent de nouvelles versions de la typologie résidentielle initiée par D. & S. Antonakaki, à travers des structures et des styles de vie familiaux évolutifs ou des intérieurs de bureaux et de magasins imitant les espaces publics fermés. D’un œil critique, ils mirent leur travail au service de l'architecture perçue comme une discipline, une continuité, une rupture d'expérience, un instant et un événement.

Signalons, en outre, de remarquables contributions à ce discours pluraliste, par notamment P. Davlandi & C.W. Lo (créateur de meubles de renommée internationale), C. Diakomidou & N. Haritos, G. Foucas & C. Matrakidou, E. Gigante, Th. Kanarellis & M. Papadopoulou, M. Kokkinou & A. Kourkoulas (architectes de l'important complexe des bureaux Mechaniki), P. Kokoris, C. Kontozoglou, Z. Kotionis, N. Ktenas, Ch. Bougadelis, P. Nicolacopoulos, G. Panetsos, A. Patsouris & K. Vassilarou, Ch. Papoulias (ayant également travaillé en Slovénie), D. & L. Potiropoulou, Spanomaridis & Zachariades, K. Tsigarida et P. Panetsos de Thessalonique, K. Tsakalakis, N. Skoutelis et F. Zanon, de Crète. Ces derniers, nés entre 1954 et 1961, correspondent essentiellement à la première génération d'architectes grecs à s'intéresser sérieusement à la théorie et à posséder l'équipement nécessaire pour la mettre en pratique. Ils purent ainsi renouer le dialogue au sein du cercle des architectes, mais aussi au delà, par le biais de conférences, d'expositions, de publications et de films, et ils s'efforcèrent de faire comprendre l'architecture autrement, non plus comme une technique, mais comme une partie intégrante de la culture. Citons notamment, parmi l’important l’héritage qu’ils léguèrent en matière de théorie et de critique, Y. Simeoforidis, mondialement connu (à l'origine d'importantes expositions, mais aussi de la relance du journal de l'Association des Architectes), J. Peponis et P. Tounikiotis (éminent professeur à Athènes), E. Constantopoulos (co-éditeur de la revue londonienne 9H et créateur), G. Tzirtzilakis (également critique d'art, co-éditeur de Tefchos, de pair avec Y. Simeoforidis, Ch. Papoulias et T. Koubis), V. Petridou, A. Yakoumakatos (critique en architecture du quotidien d'Athènes To Vima), V. Colonas, K. Patestos et enfin, le jeune A. Antonas.

La génération émergente des années 2000 est clairement et consciemment étrangère à tous les précédents traditionnels et même humanistes. Fascinés par la culture urbaine et vivant dans une Grèce multiculturelle, les architectes de cette génération envisagent la ville comme le seul paysage possible dans leur activité de mise en perspective. Parmi les membres de cette génération, versés dans les tendances internationales, il est intéressant de mentionner Y. Aesopos (également co-éditeur, avec Y. Simeoforidis, de la revue Metapolis), A. Angelidakis, I. Bertaki, A. Dallas, P. Dragonas, Chr. Loukopoulou, Th. Moutsopoulos (également critique d'art, de culture et d'architecture, et écrivain), N. Nikodimos, C. Panegyris, M. Filippides (également critique d'art), les éditeurs de la revue A3, E. Kostika, M. Papadimitriou et S. Spiropoulos, M. Papadomarkakis du journal Architectoniki Antilipsi et, enfin, le regretté C. Spyrides.

Le climat agité du début des années 1990 fut crucial pour la fondation de l'Institut d'Architecture hellénique, en 1955. Cet institut, présidé par S. Kondaratos, réunit la plupart des architectes du paysage grec contemporain, depuis Valsamakis jusqu'à Davlandi, et a su faire ses preuve dans le domaine de la promotion et du développement d'une architecture progressive, en accordant une attention toute particulière aux relations internationales et à la communication. Plusieurs éléments témoignent du nouveau dynamisme de l'architecture grecque, notamment l'invitation, par le président N. Kalogeras, d'illustres intervenants de la scène internationale ; l'inauguration de la nouvelle bibliothèque d'architecture, enrichie par le considérable legs de la Bibliothèque K. Doxiadis, provenant de la famille Doxiadis, à l'École d'architecture d'Athènes en 1998 ; la participation régulière de la Grèce à des expositions internationales d'architecture à Venise et à Milan ; l'organisation d'expositions monographiques sur l'architecture grecque à Francfort (DAM) ou à Roterdam (NAI) et les importantes expositions dans d'autres villes ; les divers événements à Thessalonique, capitale culturelle européenne en 1997 ; la fondation du Centre de l'architecture méditerranéenne (KAM), à Chania, en Crète, sous la direction de D. Antonakakis, essentiellement centrée sur la notion de "méditerranéité", et enfin, le récent établissement de trois Écoles d'architecture à Patras, Volos et Xanthe.

Or, la vitalité de l’architecture est ignorée, voire entravée par l'administration, qui ne voit pratiquement aucun autre intérêt en "la façon de réaliser le travail", que celui "qu’il soit accompli". On constate ainsi un grand manque d'attention portée à l'impact de l’architecture sur l'environnement, à la qualité du design, voire de la construction à proprement parler. De fait, pratiquement tous les moyens de célébration d’une forme de qualité, tels que les concours architecturaux de quelque nature que ce soit, ou les sélections en fonction du mérite, ont été supprimés. Qui plus est, une loi, introduisant un processus de conception et de construction "exclusivement destiné aux travaux spécialisés ou d'urgence", fut votée en 1986, et donna autorité à l'entrepreneur pour le choix de l'architecte et du projet. Ces projets recevaient alors la dénomination "spécialisé ou urgent", afin que soient justifiées leurs dépenses extrabudgétaires, ce qui ne fit qu'augmenter la corruption et baisser la qualité des travaux. L’un des éléments qui témoigne de la conjoncture actuelle réside dans le fait que même des projets prestigieux, tels que les salles de concerts de Thessalonique et d'Athènes, le nouvel aéroport international et le métro d'Athènes, n'ont pas fait l'objet de concours. De même, la plupart des projets publics sont alloués par le biais de procédés où l'architecture joue un rôle négligeable. Le fait que la réalisation du nouveau musée d'Art moderne n'ait pas pu été menée à bien par un architecte de la trempe de I. M. Pei, comme ce fut le cas pour la Fondation Vassilis & Eliza Goulandris, pour divers projets publics par E. Zenghelis et une série de pavillons de bord de mer à Thessalonique, par A. van Eych, A. Siza, M. Botta, R. Koolhaas (entre autres), témoigne encore de ce même état où règnent le laisser aller et l'inertie et où les aspirations et nouvelles perspectives offertes sont sacrifiées au profit d'intérêts établis et d’un préjudice borné.

Cependant, il est vrai que la Grèce a fait son entrée dans le processus de modernisation. Pour la première fois, l'un des objectifs principaux de la politique consiste à promouvoir la qualité. En dépit des résistances, il est inévitable que cet état d'esprit s'étende tôt ou tard au secteur du bâtiment, et surtout des bâtiments publics. Petit à petit, on prend conscience du fait que le déficit en matière d'infrastructures, allant du secteur de la santé à celui des transports, en passant par les infrastructures en matière de culture et d'éducation, doit être comblé de façon qualitative. On planifie la construction de nouveaux immeubles publics et de nouveaux espaces. Des sites historiques et protégés sont perçus, non seulement comme des objets préservés, mais aussi comme des éléments de qualité à améliorer. On espère que les préparatifs pour les Jeux Olympiques de 2004, qui se tiendront à Athènes, seront l'occasion d'un renouveau de l'architecture dans la Grèce du XXIe siècle.

 


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Dernière modification : lundi 21 décembre 2009