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Arts plastiques

 

Les arts plastiques

 

Par Manos Stephanidis

 

Le XIXème siècle : en quête d’une identité plastique

L’histoire des arts plastiques est comparable à celle de l’histoire de l’État moderne et elle reflète bien les relations entre la capitale et la périphérie du monde grec. À peine la Grèce était-elle devenue indépendante (en 1830), qu’elle commençait à fonctionner tout en étant influencée par les autres cultures dominantes. Les artistes étaient opprimés, tenus de se plier aux exigences diverses. Avec l’arrivée en Grèce du roi Othon et de son administration bavaroise, l’art connut une certaine européanisation. Deux courants s’opposaient : d’une part, la tradition post-byzantine vernaculaire, qui restait populaire auprès du public et, d’autre part, la nouvelle classe dirigeante des Phanariotes et des érudits, qui aspiraient à une certaine modernisation. Ce nouveau courant fut appelé ''l’hellénocentrisme''. Son ambition était d’explorer les gloires de la Grèce antique tout en y introduisant un certain éclat, pour redorer l’époque jugée difficile. Le néoclassicisme, approuvé par l’État othonien, devint la forme d’interprétation officielle de l’art et de l’histoire. Ainsi, ''la langue épurée'', ou katharevoussa, l’architecture ''historique'', les statuaires représentant des dignitaires en toges, la création d’une école de peinture ''héroïque'' (dont le style romantique illustrait la récente libération du pays du joug de l’empire Ottoman), le nouveau genre théâtral de la comédie pastorale ou encore la première fiction littéraire sur des thèmes historiques étaient des manifestations du même courant esthétique. L’évolution d’Athènes, la nouvelle capitale, devenait essentielle pour raviver les splendeurs de l’Antiquité. Athènes devait être à la hauteur de son image auprès du monde occidental. Bien que les problèmes idéologiques et esthétiques aient été essentiellement de nature étrangère, ils n’en affectèrent pas moins la création artistique.

 

El Greco


Sous le règne du roi Othon (1832-1862), l’enseignement du dessin et de l’esquisse était dispensé à l’école (1836). En 1840, un département de peinture fut créé dans le cadre de l’Université technique nationale (fondée en 1835) qui, de 1853 à 1855, accueillit le professeur bavarois Ludwig Thiersch, lequel joua le rôle d’officier de liaison entre Munich et Athènes. Il faut reconnaître que le XIXème siècle fut le théâtre d’une relation fructueuse entre la Grèce et la Bavière. De nombreux étudiants de l’Université technique partaient pour ''Athènes sur Isar'', c’est-à-dire Munich, afin de poursuivre leurs études supérieures. Là, ils surent s’intégrer à l’environnement académique prédominant, tout en conservant leurs propres talents artistiques. Nikolaos Ghizis (1842-1901), par exemple, fut nommé professeur à la Konstlerakademie de Munich, poste qu’il occupa jusqu'à sa mort. Ghizis et son compatriote Nikiphoros Lytras (1832-1904), tous deux originaires de l’île de Tinos, devinrent les deux figures de proue d’un groupe de peintres alliant les tendances académiques aux performances techniques avancées (Constantinos Volonakis, Polychronis Lembesis, Symeon Savvidis, Georgios Iakovidis, etc.) et ils fondèrent l’École de Munich. De retour en Grèce, Iakovidis (1853-1932) occupa une place importante sur la scène artistique mondiale ; il fut nommé directeur de la nouvelle Pinacothèque (1900), professeur à l’École des Beaux-Arts (jusqu’en 1930) et Académicien. Notons que l’existence de la Pinacothèque remonte au début du XIXème siècle, mais ce n’est qu’en 1970 que ses collections furent définitivement exposées dans un musée.

Theodoros Vryzakis (1817-1878), témoin de la guerre d’Indépendance, est souvent considéré comme le premier peintre de la Grèce moderne. Ses oeuvres se distinguent par le fait qu’elles illustrent, plus qu’elles n’interprètent, le combat pour la liberté et qu’elles sont émouvantes de naïveté. Demeurant à Munich, Vryzakis devint l’un des fondateurs de l’École du même nom. Toutefois, l’origine du style de peinture ''fustanella'' ne trouve pas sa seule source d’inspiration dans l’École de Munich. Des études récentes suggèrent qu’une grande partie de cette historiographie plastique peut également être attribuée aux influences italiennes et françaises : Dionysios Tsokos de Zakynthos (1820-1862), un autre peintre grec patriotique, étudia à Venise sous Ludovico Lipparini avant de retourner en Grèce, en 1847.

Les progrès dans le domaine de la peinture conduisirent l’État grec à participer aux Expositions universelles de Paris (1855) et de Londres (1862) où, d’ailleurs, certaines des oeuvres d’art envoyées furent primées. À la même époque, deux associations furent fondées dans le but de promouvoir les arts : l’association des Beaux Arts et l’association hellénique des Sciences et des Arts. À la fin du XIXème siècle, la société grecque se sentait suffisamment européenne pour se permettre d’exprimer une certaine nostalgie de l’Orient et de ses traditions, comme ce fut le cas des Orientalistes français. Ce courant comptait des artistes tels que Theodoros Rallis (1852-1909), qui avait étudié avec J. L. Gérôme, et Iakovos Rizos (1843-1916). En parallèle, se développait la sculpture, représentée principalement par Yannoulis Halepas (1851-1938) et Dimitrios Philippotis (1839-1920). La biographie de Halepas a tout de la fiction. Après des études à Munich, et alors qu’il était encore jeune, il produisit des oeuvres associant les techniques néoclassiques à son observation réaliste. L’artiste souffrit d’une maladie mentale et disparut de la scène artistique pendant près d’un demi-siècle, passant quatorze ans en clinique psychiatrique, à Corfou (1888-1902). À partir de 1920, il se remit à la sculpture et produisit des oeuvres exemptes d’influences académiques, mais néanmoins empreintes d’une profonde spiritualité.


 

                                M. Oikonomou


                                   


                                    Tassos


Le XXème siècle : dans la lignée des mouvements artistiques occidentaux

Les premiers pas vers l’art moderne

Ayant atteint sa maturité, l’art grec s’attacha à définir les limites d’une École nationale. Les expositions d’oeuvres d’artistes grecs et étrangers se sont alors multipliées et le flux des informations artistiques dépassait souvent le niveau académique. En 1901, une publication exclusivement consacrée aux arts vit le jour. Elle était intitulée Pinakothekes (Pinacothèques) et sa parution coïncida avec le Festival Olympia, qui se tenait au Zappeion Megaron. En 1885, une exposition consacrée à cent quinze artistes différents regroupa quatre cents tableaux, sculptures et icônes. L’exposition de 1896, organisée à l’occasion des Jeux Olympiques, fut de la même importance. En 1897, la ''Société des Amis des Arts'' fut fondée dans le but de promouvoir les oeuvres d’une génération d’artistes d’origine européenne. En 1900, la Société organisa une exposition à laquelle participèrent notamment deux peintres grecs incontournables du XXème siècle : Constantinos Parthenis (1878-1967), exposé pour la première fois, et Georgios Bouzianis (1885-1959). Parthenis devint plus tard la figure de proue de l’École nationale de peinture. Sa curiosité artistique fut éveillée par le Jugendstil et lui fit découvrir l’Impressionnisme ainsi que le peintre Cézanne. Artiste le plus informé de son époque, il coupa tout lien avec l’enseignement académique de l’École des Beaux Arts, où il enseigna entre 1929 et 1948 : cependant, un autre mouvement progressiste (1917) vit le jour avec le groupe artistique dirigé par Nikolaos Lytras (1885-1927). En 1919, le groupe organisa une exposition à Paris, à laquelle participa également le graveur Dimitris Galanis, ami de Derain, de Braque et de Picasso et membre de l’Académie française. Parmi les peintres du XIXème siècle, Ioannis Altamouras et Periklis Pantazis (qui décédèrent tous deux très jeunes) sont considérés comme des précurseurs du groupe.

 

 


 S. Papaloukas


 


K. Parthenis



D. Galanis



Y. Tsarouchis


 

Les années 1930 : la quête de la grécité

Les victoires de la Grèce lors des deux guerres balkaniques et de la Première Guerre mondiale (alors que Eleftherios Venizelos était Premier ministre) instaurèrent un climat d’allégresse et un esprit d’optimisme dans le domaine de l’expression artistique. L’hellénocentrisme du XIXème siècle semblait dépassé. Cependant, la tragédie de l’Asie mineure, qui suivit la période triomphante, engendra une nouvelle prise de conscience nationale : la Grèce avait peut-être perdu des territoires, mais elle avait acquis une meilleure compréhension d’elle-même.


G. Bouzianis


À l’époque de l’entre-deux-guerres, Georgios Bouzianis, artiste grec séjournant à Berlin, faisait partie du mouvement expressionniste (appartenant à la Neue Münchener Sezession). Bouzianis fut un représentant majeur de l’expressionnisme, ce qui explique l’incompréhension et le rejet dont il fut victime dans son propre pays.

Photios Kontoglou (1895-1965) fut, lui aussi, un artiste de grande envergure. Son but consistait à mêler la tradition byzantine à l’exigence du modernisme "hellénocentrique". En ce sens, Kontoglou eut un impact décisif sur ''la génération des années trente''.


N. Lytras


 


N. Engonopoulos


 


N. Ghika


Cette ''génération des années trente'' fut le groupe artistique grec le plus uni jamais formé, dont certains représentants furent très actifs en Grèce et à l’étranger. Le groupe comptait des membres tels que Nikos Ghikas (1906-1995), Yannis Tsarouchis (1910-1989), Diamantis Diamantopoulos (1914-1996), Nikos Engonopoulos (1910-1985), Yorgos Mavroidis (né en 1913), Yannis Moralis (né en 1914) et Nikos Nikolaou (1909-1986). Cette génération d’artistes, dont le plus représentatif était sans doute Yannis Tsarouchis, associait des éléments artistiques à des éléments vernaculaires, par exemple la peinture à deux dimensions de Matisse au théâtre d’ombres de Karaghiozis et son univers. En réalité, les artistes de la ''génération des années trente'' furent plus actifs après la Seconde Guerre mondiale ; ils avaient pour maîtres Parthenis et Kontoglou, ainsi que le peintre vernaculaire Théofilos (1867-1934), l’équivalent grec du peintre naïf Le Douanier Rousseau. La génération des années trente souhaitait avant tout mettre en exergue la grécité : un courant semblable à celui développé, à la même époque, par les Italiens dans l’italianita et par les Espagnols dans leur quête de l’hispanidad. La grécité pourrait être définie comme le désir tardif d’exploiter l’Antiquité, comme une sorte de Renaissance lente et localisée, ou une forme de néoclassicisme persistant, dans l’ignorance la plus totale, tourné vers le XXème siècle.


S. Vassiliou


 


Y. Moralis


 


                              A. Kontopoulos


Dans le domaine des arts plastiques, la politique culturelle de la Grèce s’est traduite par la création d’un pavillon à la Biennale de Venise et par une participation permanente à cette institution à partir de 1934. En 1938, alors que les dictatures grecque et italienne étaient au paroxysme de leur pouvoir, Parthenis, Michalis Tombros et Angelos Theodoropoulos furent envoyés à Venise pour y représenter leur pays. En 1930, l’École des Beaux-Arts fut élevée au rang d’université et réorganisée sous la direction du sculpteur Constantinos Dimitriadis, créateur du populaire Discobole érigé devant le Stade Panathénaique. Dimitriadis fut également le premier président de la nouvelle association des artistes grecs, fondée en 1937 ; cette institution jouissait du soutien de l’État et se trouvait à l’opposé du spectre du groupe artistique d’avant-garde.

L’après-guerre

En 1945, avec l’aide du gouvernement français, un grand groupe d’artistes novateurs d’orientation idéologique progressiste (K. Koulentianos, Ianis Xenakis, etc.) ont pu s’exiler en masse à Paris pour fuir les conséquences de la Guerre civile en Grèce. Depuis cette époque, Paris accueille une communauté culturelle grecque, dont l’influence s’est révélée extrêmement positive pour la production artistique de la Grèce. Les premiers membres de la communauté furent rapidement suivis par le sculpteur Takis (né en 1925), mondialement connu pour ses oeuvres maîtresses intitulées ''Signaux'' et ses ''Sculptures télémagnétiques''. En 1959, il présenta une série d’oeuvres intitulée ''Anti-pesenteur'', exposées à la galerie parisienne dirigée par la grecque Iris Clair.

Les années 1960 furent une époque de bouleversement intense pour les arts plastiques.


Y. Spyropoulos


 En 1960, Yannis Spyropoulos (1912-1990) représenta la Grèce à la Biennale de Venise et obtint le Prix de l’UNESCO pour son ''Oracle''. Spyropoulos exposa ensuite dans quelques uns des plus grands musées du monde et il est considéré comme le plus célèbre représentant grec de l’art abstrait. En 1964, trois jeunes artistes présentèrent leurs ''Propositions pour une nouvelle sculpture grecque'' au théâtre La Fenice de Venise ; Vlasis Kaniaris, Nikos Kessanlis et Daniil Panagopoulos. Kaniaris exprima ses idées socio-politiques dans sa série ''Gastarbeiter-Fremdarbeiter'' et, en 1996-1997, il fut sélectionné honoris causa pour l’exposition ''Face à l’histoire'' organisée au Centre Pompidou de Paris.  Kessanlis fut un membre actif du nouveau Réalisme et du mouvement Mec’Art.

D’autres artistes purent étudier à Berlin, grâce aux bourses DAAD (Costas Tsoclis, Alexandros Akrithakis, Jannis Psychopedis, S. Logothetis) et aux Etats-Unis, grâce aux institutions Fulbright (Costas Varotsos) ou Ford (Thodoros, N. Theophylaktopoulos, D. Kokkinidis). Aux États-Unis, plusieurs membres du mouvement moderniste étaient d’origine grecque : Loukas Samaras (né en 1936), Chryssa (né en 1933), Thodoros Stamos (1922-1997), etc.

La chute de la junte (1974) a marqué le retour à la démocratie et l’adhésion de la Grèce à l’Union européenne (1981). Le climat de communication et d’échanges internationaux a fortement influencé les arts plastiques. Dans les années 1970, le collectionneur Alexandros Iolas avait instauré un pont artistique entre Athènes, Milan, Paris et New York, suivi, dans les années 1990, par le collectionneur Dakis Ioannou, président de la Fondation DESTE et du Conseil international de la Fondation Guggenheim. La collection Ioannou, consacrée à l’art américain et exposée dans les plus grands musées du monde, reçut un très bon accueil. DESTE a également présenté des oeuvres telles que ''Géométrie naturelle'' et ''Post-humain'' pour des expositions originales. Depuis les années 1980, l’île d’Andros héberge le musée Goulandris d’Art contemporain, qui a organisé des rétrospectives d’oeuvres de Kandinsky, Klee, Giacometti, etc. En 1985, Athènes fut la première ville européenne nommée Capitale culturelle annuelle d’Europe, suivie par Thessalonique, en 1997. Cette année-là, l’artiste grec Alexandros Psychoulis (né en en 1966) a remporté le prix Benese à la Biennale de Venise pour son œuvre ''Boîte noire'', qui associait l’informatique à la vidéo. Il est évident que, malgré l’absence de fonds alloués au domaine artistique (Athènes ne possède pas de musée d’Art moderne), la Grèce parvient à laisser son empreinte sur la scène artistique internationale, et mérite à ce titre d’être reconnue.

Costas Tsoclis (1930) a présenté ses vidéo-portraits à la Biennale de Venise de 1986. Il a su allier la technique traditionnelle et l’évolution de la technologie. 


G. Zongolopoulos


La Biennale de 1990 a également accueilli les jeunes sculpteurs Yiorgos Lappas et Yannis Bouteas. Tous deux invités par le groupe Metropolis de Berlin, ils furent également présents à Dublin, Capitale culturelle européenne de l’époque. En 1993, le sculpteur George Zongolopoulos (né en 1903), dont la première participation à la Biennale de Venise remontait à 1946, installa une imposante structure hydraulique devant le pavillon grec, intitulée ''Parapluies'' et d’une hauteur de 10 mètres. En outre, l’artiste participa avec succès à la Biennale de 1995 et à celle de 1997. Lors de la Biennale de 1995, la Grèce fut officiellement représentée par Takis, qui introduisit une nouvelle tendance dans la sculpture par l’utilisation d’ondes magnétiques, d’éléments mobiles et d’ampoules lumineuses. Enfin, les oeuvres de Takis furent exposées au musée du Jeu de Paume à Paris.

En 1994, Yannis Kounellis (né en 1936) s’installa à bord du navire IONION, dans le port du Pirée. Son exposition marqua un événement artistique majeur qui influença l’art grec d’avant-garde. Les peintres figuratifs grecs, tels que P. Tetsis, D. Mytaras, Alecos Fassianos et Ch. Carras ont fréquemment exposé en Europe et aux États-Unis (Mytaras a même exposé à Tokyo).


P. Tetsis


Depuis 1993, l’Association des propriétaires de galeries grecques a organisé la Foire annuelle ART-ATHINA, où toutes les galeries grecques et quelques galeries étrangères ont présenté des oeuvres d’art contemporaines. Fort de son succès, cet événement remplace désormais ''les Panhellénies''.

En 1995-1996, la Pinacothèque d’Athènes a exposé la célèbre collection Costakis, qui rassemblait certaines oeuvres majeures des artistes russes d’avant-garde.

Enfin, en 1997, lorsque Thessalonique était la ''Capitale culturelle européenne'', plusieurs grandes rétrospectives furent organisées avec des œuvres d’artistes progressistes des années 1960, tels que Nikos Kessanlis, C. Xenakis, Pavlos, Daniil.

 

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Dernière modification : lundi 21 décembre 2009