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«La jeunesse construit l'Europe» 6e Conférence des Ministres européens responsables de la Jeunesse Thessalonique, Grèce - 7-9 novembre 2002 Rapport introductif à la Conférence par Eleni Kourkoula, Vice-Ministre de l'Education Nationale responsable de la Jeunesse de la Grèce La mission du Conseil de l'Europe dans le domaine de la jeunesse est d'aider les jeunes à trouver leur place dans la société et de les encourager à participer activement à la construction d'une Europe fondée sur les valeurs fondamentales que sont la démocratie pluraliste, les droits de l'homme, la cohésion sociale et l'état de droit. Pour mener à bien cette mission, le Conseil de l'Europe s'est attaché, au fil des années, à promouvoir le développement d'une politique de jeunesse qui prenne en compte les besoins et aspirations de jeunes, les considère comme partenaires de cette politique et encourage les Etats membres à les associer à la formulation et à la mise en oeuvre des politiques nationales dans ce domaine. Le thème de la 6e Conférence des Ministres européens responsables de la Jeunesse «La jeunesse construit l'Europe » prend alors toute sa signification au regard de cette démarche. Il invite le Conseil de l'Europe et les Etats membres à considérer les jeunes comme des personnes ressources, capables, en tant que citoyens à part entière, de s'engager et de contribuer valablement à la construction d'une société plus démocratique, plus solidaire et plus prospère. Tel est en tout état de cause le sens concret de la citoyenneté démocratique des jeunes. Toutefois, la citoyenneté active des jeunes ne restera qu'une intention louable si elle ne trouve pas un terrain propice et les conditions nécessaires à son développement. A cet égard, des réponses appropriées doivent être proposées face aux défis auxquels les jeunes européens ont à faire face, et qui sont autant d'obstacles à leur participation effective. En effet, comme indiqué dans le document de la Conférence «Les jeunes, une mosaïque européenne», aujourd'hui, beaucoup de jeunes européens font l'expérience d'un allongement et d'une complexification des modes de transition à la vie adulte. Les modèles traditionnels d'accès à l'emploi, au logement et à la création d'une famille, en d'autres termes, à l'autonomie, sont remplacés par des parcours marqués par une très grande flexibilité et insécurité. Dans de nombreux pays, ni les jeunes, ni leurs parents n'attendent de l'Etat, des employeurs ou des syndicats qu'ils remplissent le vide laissé par la réduction des prestations sociales et des aides intervenues au cours des décennies passées. Les changements économiques et sociaux actuels sont sources à la fois d'un plus grand nombre d'opportunités en matière d'inclusion mais également de risques d'exclusion accrus. Les inégalités de répartition des revenus ont augmenté au cours de ces dernières années, ainsi que les risques de pauvreté pour les jeunes. De même, dans de nombreux pays, les inégalités d'opportunités et de résultats en matière d'éducation se maintiennent sans réellement diminuer. Enfin, en dépit des progrès accomplis dans le domaine de l'égalité des chances entre hommes et femmes/filles et garçons, force est de constater des disparités importantes existent encore, voire tendent à s'aggraver dans de nombreux domaines (accès à certaines catégories d'emploi, salaires, accès aux responsabilités, participation à la vie publique, etc.). Dans ce contexte cependant, il convient de souligner que les jeunes, dans leur très grande majorité, se montrent extrêmement positifs à l'égard de la démocratie en tant que valeur et forme de gouvernement bien qu'ils soient de plus en plus critiques envers le fonctionnement des institutions. Si l'on peut regretter que la participation des jeunes aux élections diminue et que leur engagement dans les partis politiques est faible, l'on observe également qu'en cas de crise politique grave et de menace de la démocratie, ils sont capables de se mobiliser et d'entraîner les adultes. Enfin, bien que restant attachés à leur identité nationales, les jeunes se montrent également attachés à la construction et à l'intégration européennes, en faisant preuve parfois, et avec raison, d'idéalisme. Pour un nombre croissant de jeunes dans les Etats membres du Conseil de l'Europe, à bien des égards, l'Europe est une réalité dans leur vie quotidienne et ils ont conscience que leur avenir sera de plus en plus influencé par les développements à ce niveau. Malgré les nombreuses difficultés auxquelles l'Europe doit faire face, il nous appartient donc de faire en sorte qu'elle continue de représenter pour les jeunes un projet motivant, dans lequel ils peuvent espérer voir se réaliser leurs idéaux. L'aspiration de ces jeunes à être des citoyens de l' Europe, à tourner définitivement la page d'une histoire européenne trop souvent jalonnée de conflits, à vivre dans des sociétés moins inégalitaires et plus respectueuses des droits fondamentaux ne doit pas être déçue. La contribution active des jeunes à la construction d'une Europe fondée sur ces idéaux devrait notamment être encouragée au niveau local. Elle devrait également être encouragée dans le cadre des institutions et des processus, en tenant compte, par exemple, de ce que fait le Conseil de l'Europe, pour impliquer les jeunes et les organisations de jeunesse dans la mise en oeuvre de sa politique. Au regard des défis posés aux jeunes mais également du potentiel de ressources qui les animent, les conférences ministérielles constituent un moment privilégié pour évaluer les programmes et les actions en cours, et définir les orientations pour les années à venir. La Conférence de Thessaloniki a deux objectifs principaux: - définir des orientations pour la mise en place et le développement des
politiques de jeunesse dans les Etats membres et dans le cadre du Conseil de
l'Europe; Dans le cadre de ces objectifs, la Conférence devra s'attacher plus particulièrement à suggérer, pour les Etats membres et pour le Conseil de l'Europe, des lignes directrices politiques et des orientations de travail sur trois thèmes d'actualité qui représentent des défis majeurs pour la démocratie et pour la construction européenne dans les années à venir: - la promotion de la citoyenneté active, de la participation dans la
société et de la démocratie pluraliste ; Ces trois thèmes se doivent assurément d'être au c_ur des préoccupations des politiques de jeunesse. Ils seront traités de façon approfondie au cours des tables rondes qui se tiendront durant la Conférence. La promotion de la citoyenneté active, de la participation dans la société et de la démocratie pluraliste. Les jeunes d'aujourd'hui ont à faire face à de nombreux défis résultants des mutations rapides de la société. Ils doivent apprendre davantage, poursuivre leur apprentissage tout au long de leur vie, sans garantie d'un emploi stable, et faire preuve de mobilité et de flexibilité à cet égard. Ils doivent enfin suivre la révolution de l'information et réinventer la société multiculturelle. Certains ont acquis leur autonomie avec peu de soutien familial et d'aides sociales et estiment que leurs attentes et opinions sont peu ou pas prises en compte. L'avenir de la démocratie dépend de la volonté de nos sociétés de considérer les jeunes comme des citoyens à part entière et comme des personnes ressources capables de contribuer valablement au développement économique et à la cohésion sociale. C'est pourquoi la promotion de la citoyenneté démocratique doit faire partie intégrante des politiques et du travail de jeunesse. Ces politiques doivent non seulement promouvoir l'éducation dans ce domaine mais également garantir les conditions d'une participation active des jeunes à la vie de la communauté et aux décisions qui les concernent. La promotion de la cohésion sociale et de la stabilité démocratique en Europe du Sud-Est Un certain nombre de sociétés dans l'Europe du Sud-Est sont des sociétés déchirées et non réconciliées avec leur passé proche. Plus que de période de transition, il convient, dans certains cas, de parler de recomposition d'un tissu social décomposé par des conflits ethniques, des réformes économiques ne favorisant pas les plus faibles et par un réel bouleversement des échelles de valeurs. Dans ce contexte, et afin de garantir une stabilité démocratique, non seulement dans la région mais également en Europe, les politiques et le travail de jeunesse doivent se donner pour tâche notamment de promouvoir le dialogue interculturel et l'éducation aux droits de l'homme, des outils indispensables, mais trop souvent ignorés. Les politiques de jeunesse doivent également rechercher avec les jeunes la façon dont ceux-ci peuvent participer avec les adultes, au rétablissement d'une plus grande cohésion sociale mise à mal par les enjeux économiques qui ont aggravé considérablement les inégalités. La prévention et la lutte contre la violence au quotidien La violence au quotidien, dans la rue, à l'école ou dans la famille, envers les jeunes, ou par les jeunes, la violence envers les jeunes filles ou celle envers les étrangers sont des phénomènes de plus en plus ressentis par nos sociétés comme des atteintes à la liberté individuelle, à la dignité humaine et, d'une façon générale à la stabilité démocratique. Si ces phénomènes ne sont pas nouveaux, ils sont parfois révélateurs de la part de ceux qui en sont les acteurs, d'un malaise plus profond lié aux mutations rapides de la société et au sentiment de ne pas pouvoir y trouver sa place. Au-delà des phénomènes de violence proprement dits, il convient donc de s'interroger sur les dysfonctionnements de nos sociétés et de concevoir des politiques de jeunesse axées sur la lutte contre l'exclusion et l'injustice sociale, la promotion de valeurs telles que le respect de la différence ou le dialogue entre les générations, l'éducation interculturelle et la formation à la résolution pacifique des conflits. Il conviendrait peut-être aussi de s'interroger sur le rôle des medias et notamment des jeux vidéo à cet égard en vue de développer, si besoin est, des politiques de sensibilisation et d'éducation appropriées auprès des jeunes, notamment les plus vulnérables. Cette sixième Conférence des Ministres offre une occasion privilégiée de débattre de la manière dont le thème «La jeunesse construit l'Europe» peut trouver une traduction concrète, tant au niveau national qu'au niveau du Conseil de l'Europe et de réfléchir ensemble sur les réponses à proposer aux jeunes pour les aider à développer en eux les ressources qui leur permettront de faire face aux défis présents et à venir. Dans cette perspective, des questions importantes méritent d'être débattues : - Quelles devraient être, aujourd'hui, les priorités essentielles des politiques de jeunesse; les politiques actuelles proposent-elles des réponses aux vrais défis et préoccupations des jeunes ? - Les politiques de jeunesse doivent-elles être globales, c'est à dire qui traitent de l'ensemble des besoins et problèmes des jeunes (éducation, culture, emploi, etc.) ou doivent- elles se limiter à des domaines plus traditionnels (loisirs, structures de jeunesse, etc.) ? - Quelles mesures concrètes les politiques de jeunesse offrent-elles aux jeunes pour une participation effective aux décisions qui les concernent ; Le modèle de partenariat, développé par le Conseil de l'Europe depuis trente ans, entre les organisations de jeunesse et les gouvernements dans la définition et la mise en oeuvre de sa politique de jeunesse est-il applicable au niveau national ? - Dans le domaine de la jeunesse, quel peut être le rôle du Conseil de l'Europe eu égard au développement de la stabilité démocratique dans les régions de conflit ? - Est-il possible d'envisager la reconnaissance et la certification des expériences acquises par les jeunes, dans le cadre de l'éducation non-formelle (dans le travail bénévole ou la vie associative) et sous quelles conditions ? - Les médias modernes (télévision, jeux vidéo) ont-ils un rôle par rapport au développement des phénomènes de violence. Si oui, quelles mesures devraient être prises à cet égard en direction des jeunes ? Compte tenu du développement d'une politique de jeunesse au niveau de l'Union européenne (Livre Blanc) et dans la perspective de son élargissement, quels peuvent être la place et le rôle du secteur jeunesse du Conseil de l'Europe ? ANNEXE Synthèse des résultats des Conférences précédentes Cinq conférences ministérielles et une réunion ministérielle informelle ont été organisées à ce jour. La première Conférence ministérielle, organisée à Strasbourg en 1985, dont le thème est la participation des jeunes, entérine la volonté des gouvernements de promouvoir une politique de jeunesse ambitieuse au sein des Etats membres et au plan européen, de considérer les jeunes comme des partenaires dans la mise en oeuvre des politiques de jeunesse, de formaliser le soutien au développement des activités de jeunesse développées au sein du Centre européen de la jeunesse et du Fonds européen pour la jeunesse et d'élaborer des instruments juridiques sur des questions ayant trait à la jeunesse. Afin de favoriser la participation des jeunes dans la société, de mettre en oeuvre des politiques de jeunesse cohérentes et de développer une coopération européenne plus dynamique dans ce domaine, elle encourage : - la promotion de la cogestion au plan national et international, Cette première Conférence aura notamment pour résultat le renforcement de la coopération intergouvernementale dans le domaine de la jeunesse afin de mieux coordonner l'action menée à cet égard par les Etats membres et accroître le poids de la cogestion au sein du secteur jeunesse du Conseil de l'Europe. Sur proposition de cette Conférence en effet, le Comité des Ministres reconnaîtra la nécessité de rendre permanent ce type de coopération et, en 1988, transformera le comité ad hoc d'experts sur les questions de jeunesse (CAHJE) en Comité Directeur Européen pour la Coopération Intergouvernementale dans le domaine de la Jeunesse (CDEJ). La deuxième Conférence, organisée à Oslo, en 1988, sur les «stratégies pour des politiques européennes de la jeunesse en vue de l'an 2000» insistera sur l'élaboration des conditions de base d'une politique exhaustive en matière de jeunesse aux niveaux national, régional et local, en portant plus particulièrement son attention sur une meilleure insertion sociale et professionnelle des jeunes, en particulier des jeunes filles et des jeunes femmes dans la société, ainsi que des jeunes défavorisés et/ou marginalisés, et sur l'importance de la coopération internationale dans le développement des politiques de jeunesse menées dans le cadre des activités du Conseil de l'Europe. L'un des premiers résultats issus des conclusions de cette Conférence sera l'adoption, par le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, d'une recommandation R (90) 7 sur l'information et le conseil aux jeunes, qui définira les critères de qualité à cet égard. Ce sera le premier texte juridique international reconnaissant le droit des jeunes à l'information. A Lisbonne en 1990, lors de la 3ème Conférence, les ministres considérant les développements récents de la démocratie en Europe et se félicitant de l'accroissement de la mobilité des jeunes en provenance d'Europe centrale et orientale, recommandent de promouvoir la mobilité des jeunes en Europe, notamment en élaborant des instruments juridiques internationaux ou autres, afin d'offrir des garanties suffisantes pour assurer l'application de mesures coordonnées d'encouragement à la mobilité des jeunes en Europe. Ces efforts en faveur de la mobilité des jeunes aboutiront à : - la création d'un Accord Partiel sur la Carte Jeunes pour la mobilité des
Jeunes en Europe, en 1991 ; La 4ème Conférence organisée à Vienne en 1993 s'avère très importante puisqu'elle se déroule dans le cadre de l'élargissement du Conseil de l'Europe aux nouveaux Etats membres. Les Ministres conviendront, dans ce contexte, de poursuivre des politiques de jeunesse visant à promouvoir la contribution des jeunes au développement de la société civile. Afin d'accroître la participation des jeunes, notamment d' Europe centrale et orientale aux activités du Centre européen de la jeunesse et du Fonds européen pour la jeunesse, et élargir la politique de formation développée par le secteur jeunesse du Conseil de l'Europe, les ministres soutiendront la création d'un deuxième Centre Européen de la Jeunesse dans un pays d'Europe Centrale, le développement d'un réseau européen de centres nationaux et régionaux de jeunesse ainsi que la création d'un Fonds spécial, dans le cadre du Fonds Européen de la Jeunesse. Ils recommanderont aussi de prendre les mesures appropriées pour combattre le racisme, la xénophobie, l'antisémitisme, l'intolérance et l'exclusion sous toutes ses formes. Ces recommandations aboutiront à : - la Recommandation No R (97) 3 du Comité des Ministres sur la participation
des jeunes et le futur de la société civile ; Une Conférence informelle, la première du genre, organisée à Luxembourg en 1995 traitera de questions comme la construction d'une Europe multiculturelle par l'amélioration de la cohésion sociale et démocratique, la coopération entre le Conseil de l'Europe et l'Union européenne, la coopération avec les nouveaux Etats membres. Cette conférence informelle permettra de lancer de nouvelles activités et d'élaborer des instruments tels que : - le processus d'analyse des politiques nationales de jeunesse, La 5èmeConférence en 1998 à Bucarest, première Conférence à être organisée dans un nouvel Etat membre du Conseil de l'Europe, la Roumanie, rassemble pour la première fois pratiquement tous les représentants de la grande Europe, 41 Etats membres du Conseil de l'Europe et 6 Etats Parties à la Convention Culturelle Européenne. Dans ce nouvel environnement social et géopolitique, elle recommande à la Direction de la Jeunesse et du Sport de développer la participation des jeunes et leur citoyenneté démocratique active. Elle recommande également de promouvoir l'éducation non formelle et de renforcer la coopération avec tous les secteurs concernés du Conseil de l'Europe et avec d'autres Organisations Internationales, sur les questions ayant trait à la jeunesse. Ces recommandations se traduisent, entre autres, par : - une réforme du secteur jeunesse visant à adapter ses structures et ses
programmes aux nouvelles réalités de la société contemporaine, des jeunes et
du travail de jeunesse,
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