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Le jeu des partis selon les différentes tendances Par
A.- J. D. Metaxas Les
partis convergents et non-convergents La
possibilité, pour les partis politiques grecs actuels, de se différencier les
uns des autres sur le plan idéologique, afin de représenter, par définition,
des forces sociales traditionnellement opposées, semble extrêmement réduite,
en raison des contraintes politiques. Les
problèmes, notamment les plus importants et les plus urgents, ne rencontrent
apparemment que des solutions spécifiques données. Il ne semble pas y avoir de
grande différence entre les partis politiques, que ce soit par rapport aux idées
qu’ils défendent ou à la façon de les exprimer. Cela s’applique surtout
à la modernisation politique et administrative, à l’entrée dans une
nouvelle perspective européenne, à la discipline fiscale, aux voies de la
communication de masse et, enfin, aux applications téléinformatiques de
"l’architecture ouverte". Même les termes qui régissent la présence
internationale du pays, à différents niveaux de confrontations, ne sont pas un
terrain propice à la politique des partis. En d’autres termes, la solution de
divers problèmes est largement prédestinée par des instructions
unificatrices émanant de centres
internationaux, européens ou mondiaux, ce qui ne laisse pas de marge de
manoeuvre suffisante à la différenciation nationale. Une forme de
globalisation politique locale cantonne le rôle des partis politiques à une action "prédéfinie" et à une opposition contrôlée. Les partis, et particulièrement ceux qui sont au pouvoir, paraissent si proches les uns des autres que cela se vérifie tant sur les questions relevant d’un choix fondamental et d’un discours public que sur les "visages" et le langage corporel de leurs représentants. Il n’est pas rare de constater qu’un haut fonctionnaire d’un parti politique particulier pourrait aussi bien appartenir à "l’autre" parti, opposé. En outre, cette tendance s’applique aux membres des ministères et aux dirigeants de partis, voire aux Premiers ministres. En de nombreux points, le comportement général et le style des membres des différents partis se ressemble tant, qu’il nous rappelle parfois des portraits d'une autre époque, qui, même s’il dépeignent des personnages uniques, ont tous quelque chose en commun. Cette information est certainement utile pour comprendre ce qui constitue un "style légitime". Ces similarités transforment ces partis manifestement "concurrents" en partis clairement "convergents", notamment les deux partis dits "gouvernementaux", à savoir le PASOK et la Nouvelle Démocratie, qui se partagent le pouvoir à tour de rôle. Selon
les règles, et malgré quelques tentatives de dissimulation (pour la forme) au
sein des partis dits convergents,
l’antagonisme a cessé d’être absolu et se limite à une confrontation
marquée. De
leur côté, les partis non-convergents demeurent campés sur leurs positions par
rapport à la plupart des questions évoquées plus haut. Tout abandon public
des positions idéologiques manifestement défendues par ces partis ne restera
pas sans conséquences. Pour
les plus petits partis politiques, le Synaspismos et surtout le KKE,
les chances de former un gouvernement d’un seul et même parti sont limitées.
Certains d’entre eux, cependant, maintiennent le système convergent à l’état
de contestation critique. C’est pour cette raison que les partis
convergents tentent de se rapprocher des non-convergents. En effet, les premiers
veulent paraître respectables aux yeux des seconds et vont jusqu'à se montrer
favorables à une éventuelle coopération, présente ou future, avec certains
partis non-convergents. Cela s’explique par le fait que les partis convergents
ne souhaitent pas avoir l’air d’ignorer les pratiques des autres partis. Par
conséquent, ils évitent qu’on les accuse de faire preuve, avant tout, de
pragmatisme aveugle plutôt que de sensibilité sociale. Cependant, la tendance générale des deux grands partis à être convergents connaît des exceptions.
Certains
membres de haut rang du PASOK - parti officiel de la "gauche
progressiste", pour utiliser un terme relativement conventionnel -,
estiment que d’importants déséquilibres sociaux, financiers et culturels
demeurent. D’après eux, d’autres solutions, plus justes et différentes de
celles qualifiées jusqu’ici "d’insurmontables et nécessaires",
doivent être apportées. La convergence fondamentale du pays avec les autres
pays membres de l’Union européenne et l’admission de la Grèce dans l’Union
économique et monétaire ne peuvent constituer un objectif impersonnel et
bureaucratique. En d’autres termes, certains politiciens considèrent que
quelques événements fâcheux, sur le plan individuel ou général, font courir
des risques au pays. En même temps, l’attachement au développement (surtout
de manière anonyme), à la modernisation et à la coopération mondiale (qui
n’en est que l’équivalent) ne devrait pas suffire à accaparer, justifier
ou englober chaque question. Respectivement, certains partisans de la Nouvelle Démocratie (parti officiellement reconnu comme "libéral"), pensent qu’au contraire, l’adoption d’une politique sociale plus généreuse aurait permis au parti conservateur de se rapprocher du parti progressiste opposé. Toutefois, parmi les fervents traditionalistes, certains pourraient y voir un abandon injustifié de la foi libérale au sens "biblique" du terme.
Bien
sûr, nous ne pouvons exclure la possibilité que quelques unes des positions
non-convergentes de l’un ou l’autre des deux partis soient, non pas fondées
sur des motifs stratégiques, mais plutôt centrées sur la personnalité. Dans ce cas, l’attitude
non-convergente concerne les membres de haut rang ou les dirigeants, en dépit
du fait que ce soit au nom de différences fondamentales (avérées ou non). Il
n’est pas rare, par exemple, que l’absence de certaines personnes au
gouvernement et à l’opposition soit source de querelles personnelles. Cependant, n’omettons pas le cas des
membres haut-placés, qui, même s’ils dirigent les tendances
non-convergentes, agissent simultanément dans le cadre d’une légitimité
manifeste. Cela est, certes, bien accueilli sur le plan socio-politique,
tandis que de grandes expectatives entourent ces personnalités politiques. En
conclusion, je dirais qu’un certain nombre de forces se montrent résistantes,
d’une manière ou d’une autre, aux forces convergentes dominantes. Ce sont
des forces de substitution qui agissent comme des réactions
de contrepoids face aux autres conceptions, dans ce classique conflit
partisan affaibli (de manière réelle et symbolique). Ces réactions ont
engendré la création, au sein de chaque parti convergent, de regroupements non
intégrés, à l’esprit de clocher et des regroupements temporaires, aux
contours généralement imprécis. Le point commun de ces regroupements est de
remettre profondément en cause certains choix politiques ou ceux qui les
incarnent, tout en continuant à adhérer au parti et donc aux tendances
convergentes. Finalement, c’est l’image d’unité du parti qui s’en
trouve brisée. La
réaction des forces convergentes de chaque parti vis-à-vis de la plupart des
menaces, mouvements ou regroupements non-convergents consiste à faire preuve
d’indifférence apparente (cas de dépassement
en communication), ou de tolérance
calculée. D’ailleurs, les congrès, les conventions, les réunions
extraordinaires de comités ou d’autres organisations, de même que les
remaniements agissent souvent au delà de leurs dispositions légales. Ainsi,
ces événements deviennent, par la prise en compte tactique des avis
divergents, des mécanismes où les différences
sont exposées au grand jour. L’objectif
de la confrontation de la pression
non-convergente du parti interne est de restreindre, limiter, voire éviter
les conséquences négatives provoquées par le conflit. Dans certains cas, un
conflit non-convergent pourrait être considéré par les forces convergentes
comme un motif de soutien. Cela se justifie par la théorie selon laquelle les
tendances ou même les groupes sociaux doivent pouvoir se sentir partie intégrante
du système. L’opposition interne du parti prend la forme d’une protestation contrôlée qui renforce la flexibilité de communication du parti et donne le sentiment ou
l’illusion d’une polyphonie. Malgré
les efforts d’imagination des partis convergents pour répondre au mieux aux
exigences sociales, les forces d’opposition ne semblent pas satisfaites et réagissent
vivement contre toute tentative de manipulation de la communication ou de
tractations. Si la confrontation entre les partis convergents et non-convergents
porte sur des questions estimées importantes, tant par les partis que par
d’autres franges de la population, les antithèses exprimées peuvent être,
en revanche, assez acerbes. Elles peuvent alors menacer l’image d’unité du
parti, mais aussi et surtout la convergence
des partis grecs au gouvernement. Cela signifie que la pression exercée par
les forces de protestation n’est pas entièrement canalisée. Par conséquent,
on peut se demander si un parti politique peut se rapprocher d’un parti opposé,
alors qu’au même moment, il a en son sein, des forces non-convergentes. Tant
pour le maintien que pour l’alternance du pouvoir, il est nécessaire de
parvenir à un accord à la fois politique et social. Tout
cela dépend de nombreux paramètres, dont certains sont de type structurels,
d’autres de type contextuel. Quoi qu’il en soit, ces paramètres sont tous
influencés par l’identité historique de
chaque parti. C’est ce que l’on appelle "l’éponymie
de l’expérience", c’est à dire une identité formée de valeurs
que les militants ont intériorisées et dont on ne peut se passer. Pour
la Nouvelle Démocratie, parti à l’identité historique
"conservatrice", (malgré les réticences de certains membres du parti
devant l’usage de ce terme), il est probable qu’une plus grande
sensibilisation de son programme aux questions sociales lui assurerait un regain
de soutien du centre et, plus précisément, d’une classe moyenne qui partage
les mêmes préoccupations. En revanche, la Nouvelle Démocratie pourrait perdre
une partie de son électorat de droite. L’inverse
pourrait se produire pour le PASOK, parti à
l’identité historique "progressiste". Si, en effet, le PASOK se
tournait vers le camp opposé, il gagnerait probablement de nouvelles voix parmi
les conservateurs du centre ou de la classe moyenne, mais accuserait en
contrepartie des pertes, non négligeables dans certains cas, au sein de son électorat
de gauche. Ces électeurs mécontents pourraient devenir des soutiens potentiels
pour les petits partis non-convergents. Ce parti affirme être
le seul à représenter fidèlement les valeurs traditionnelles du PASOK. Il
s’agit là d’un phénomène d’orthodoxie
politique de gauche qui ne s’observe qu’en Grèce. Partis
"multi-tendances"
ou camps pluripartites À
la lumière de ce qui précède, il apparaît qu’en chacun des deux grands
partis convergents, il existe un lien crucial entre convergence et
non-convergence, auquel il faut prêter attention ; en effet, il entraîne
de graves conséquences au niveau supérieur du pouvoir de chaque parti, car en
tous deux, des factions
"anti-leadership" se sont formées. Dans les deux cas, au delà des tensions respectives, le harcèlement quotidien subi par la direction officielle, qu’il soit évident, sous-jacent, rendu public ou étouffé, entraîne le fait que les dirigeants ou les présidents de partis se sentent, le plus souvent à raison, menacés, voire diminués. Le sentiment de perpétuel conflit les conduit parfois, dans une certaine mesure, à un hégémonisme objectif, bien que cette situation ne provoque pas exactement les mêmes conséquences pour chaque parti.
Apparemment,
il est aujourd’hui plus facile pour un parti à la tête du gouvernement,
comme le PASOK actuellement, d’intégrer l’opposition interne du parti, en dépit
de ses "encombrantes manoeuvres" ("syndrome
héniochic"). Le fait que ce soit un parti convergent au pouvoir empêche
les forces non-convergentes d’atteindre le seuil qui mettrait l’exercice du
pouvoir en danger. Les crises continuent à être "bien accueillies mais
regrettables", bien qu’elles finissent par se transformer, à un certain
degré, en un désaccord fonctionnel. Pour
l’autre parti convergent, la Nouvelle Démocratie, repousser les conflits
est plus difficile encore, et y parvenir n’est envisageable qu’en adoptant
des mesures plus décisives. Cela se peut, car la maîtrise des limites de la
protestation est sans coût immédiat, puisqu’elle n’est pas nuisible à
l’exercice du pouvoir, pour un parti n’étant pas à la tête du
gouvernement. D’un côté, au sein du parti de l’opposition, les dissensions
sont perçues par les dirigeants comme une forme de restriction
objective qui ne leur permet pas d’exercer efficacement leur rôle, et de
l’autre, ceux qui protestent revendiquent le fait qu’il en est exactement de
même pour eux. Dans
cette situation, où les nombreuses tentatives d’intégration
fonctionnelle des différentes oppositions non-convergentes ne semblent pas
florissantes, comment ces forces se confrontent-elles aujourd’hui ?
Quelles tendances observe-t-on désormais ? Existe-t-il des possibilités
de scission ? Une stratégie préventive
sur la manière de préserver l’unité indispensable aux partis est-elle
au cœur du débat ? Cette dernière question a trait à la transformation
des deux grands partis en partis à plusieurs tendances. Les
partis dits "multi-tendances"
sont les partis convergents qui, de façon plus ou moins caractéristique,
reconnaissent le potentiel de ceux qui les constituent à exprimer clairement
des positions différentes, et à former des mécanismes
visibles pour étayer leurs positions, sans pour autant nier l’existence
d’une unité au sein du parti. Les partis à simple tendance, eux, ne peuvent adhérer au principe du choix "polyphonique", ni à aucune de ses versions. Pour substitut unificateur, ils suivent la logique de la coordination entre grands leaders, selon laquelle ces partis peuvent exprimer leur position, quelle qu’elle soit, dans le respect de la loi. Toutefois, ces partis sont protégés par une décision qui, tant qu’elle est valide, sera source de conflit par rapport à l’adéquation de la représentativité.
Il est évident que tout parti convergent qui se transforme en parti multi-tendances accepte, à la base, que les forces non-convergentes puissent s’y opposer vivement ou émettre des objections, qui, quand elles apportent des réponses sociales évidentes, méritent de retenir notre intérêt. Grâce à la reconnaissance des diverses tendances, ces réactions peuvent non seulement s’exprimer, mais aussi s’organiser. D’une certaine manière, un parti multi-tendances est relié à un processus collectif, à travers lequel les multiples différences sont atténuées. En
outre, la reconnaissance des différentes tendances limite, jusqu’à un
certain seuil, l’apparition de soupçons
fréquents, qui révèlent des initiatives ou des machinations contre les
dirigeants. Enfin, voici ce qu’il pourrait advenir si les deux grands partis
convergents évoluaient en partis multi-tendances (ou s’en rapprochaient),
c’est à dire s’ils adoptaient une sorte de pluralisme organisé
officieusement au sein du parti : >
premièrement, selon les différentes tendances, la multiplicité de
propositions, et indirectement la représentativité
sociale dans la prise de décision, pourraient être renforcées ; >
deuxièmement, à travers les différentes tendances, toutes les
aspirations humaines, même celles qui peuvent paraître injustifiées, trouvent
satisfaction, ou tout au moins, sont prises en compte, dès lors qu’elles
coexistent en suivant une politique de parti efficace,
sans que la nécessité d'une même ligne
de parti ne soit remise en cause ; >
troisièmement, par le biais des différentes tendances, le parti,
qu’il soit au pouvoir ou non, devient le principal forum de propositions et de
perspectives largement débattues, à
l’instar des autres questions d’ordre financier, social et surtout,
culturel. Le
choix éventuel, pour les partis convergents grecs, de cette alternative
multi-tendancielle ne les empêche pas de se doter d'une plus grande flexibilité
interne au sein du parti. Cela leur permet également de se renforcer vis-à-vis
de certains partis non-convergents, tel le Synaspismos qui se distingue
comme le parti cultivé de la gauche. Enfin, l’option
multi-tendancielle devrait normalement accroître la capacité des partis
convergents à être des "fourre-tout" ou partis "multi-collectifs". Si,
pour une raison ou pour une autre, la situation n’évolue pas vers une refonte
interne du parti, il est possible que certains dirigeants, qu’il s’agisse de
groupes ou d’individus non-convergents, puissent effectivement contribuer à
la transformation d’un parti au pouvoir
en parti souverain. Cette
possibilité concerne aussi bien le PASOK que la Nouvelle Démocratie. En
d’autres termes, il s’agit de ce type de parti dans lequel le renforcement
du leader sera suivi d’une menace de scission qui, sans tenir compte de la
manière dont elle se réalise, sera agitée constamment. Une telle menace
aurait différentes conséquences selon qu’elle se concrétise, qu’elle ne
soit brandie qu’en période préélectorale (ou non), ou encore qu’elle
provienne d’un parti au pouvoir ou d’opposition. Quoi qu’il en soit, un
parti accueille rarement favorablement une situation pareille, sauf si cela semble
relever d’une large légitimation
sociale et politique. Je souligne le terme "semble", car même le
simple départ de quelqu’un, motivé par un différend politique, est généralement
condamné lors des élections, s’il ne garantit pas cette double légitimation. Que
se produira-t-il si une rupture ou un état de rupture survient, sans en avoir
l’air justifié ? Est-il possible que le système des partis évolue
d’un système bipartite à un système
en deux camps, dans lequel, en d’autres termes, le gouvernement, ou
l’opposition, ou les deux seraient fondés sur des majorités
plurielles ? La mise en place d’un camp multipartite ne semble pas aisée d’après les normes grecques. Peut-être est-ce la première fois que l’on ne peut pas l’exclure entièrement ? |
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