Discours
de Monsieur Giorgos Voulgarakis, Ministre de la Culture de la République
hellénique
Le
Ministre grec de la culture, Georgios Voulgarakis, a présenté une
communication sur le thème :
" Le
patrimoine européen revisité", en présence du corps
diplomatique grec, des académiciens et de nombreux invités lors
d’une séance commune de l’Académie des beaux-arts et de l’Académie
des inscriptions et belles-lettres le 21 mars 2007.
Messieurs
les Présidents, Messieurs les Secrétaires Perpétuels, Honorables
membres des Académies, Votre Eminence, Excellences, Mesdames et
Messieurs,
André Gide
écrivait dans son journal de voyage, de retour de Grèce : « tout me
semble si familier, ma présence ici me paraît si naturelle. Je regarde
avec passion ce paysage qui ne m’est pas inconnu, je reconnais tout,
je me sens comme chez moi : c’est la Grèce. »
Je pourrais dire de même, on se sent chez soi : c’est la France,
surtout après l’accueil que vous m’avez si chaleureusement réservé.
Je voudrais vous exprimer ma reconnaissance, la plus haute estime que je
porte à votre institution et l’honneur que je ressens de me trouver
parmi vous.
Le visiteur
de l’Acropole d’Athènes y reconnaît facilement un des plus célèbres
monuments du patrimoine de l’Humanité ; pour peu qu’il ait lu
Ernest Renan, il y voit un site de haute élévation spirituelle; mais,
à moins d’être un archéologue ou historien averti, il ne songe pas
forcément qu’il s’agit avant tout d’une citadelle, d’un ouvrage
défensif, qui, il y a encore moins de deux siècles, n’avait en rien
perdu de son importance militaire.
En effet,
pendant la Guerre d’Indépendance, l’Agon, comme disait les
contemporains, l’Acropole fut tour à tour assiégée ou défendue
aussi bien par les Grecs que les Ottomans et en subit des dégâts
visibles encore aujourd’hui. Elle fut aussi alors le théâtre d’un
épisode peu connu en dehors de nos frontières. En 1821-1822, les
Ottomans barricadés derrière les remparts de l’Acropole subissaient
l’assaut des insurgés grecs sous la direction d’ Odyssée
Androutsos. L’opération se traînait de façon indécise. La conséquence
inévitable en fut l’épuisement, non seulement des provisions, mais
aussi des munitions des défenseurs du dernier lieu de résistance resté
entre les mains des autorités ottomanes dans toute l’Attique. C’est
alors que le jeune combattant - et par la suite premier Directeur des
Antiquités - Kyriakos Pittakis aperçut les soldats ottomans en train
de briser les colonnes du Parthénon, afin d’en extraire le plomb qui
leur manquait, mais qui se trouvait en quantités appréciables coulé
au centre des tambours. Emu, il en fit le rapport à son camp et
persuada les assiégeants grecs de fournir eux-mêmes les balles destinées
à leur être rendues au bout des fusils ennemis.
Quelle raison
a donc poussé ces paysans frustes qui assiégeaient l’Acropole à se
résoudre à ce geste que d’aucuns qualifieraient non sans raison de
suicidaire ? Le distingué helléniste récemment disparu Pierre
Vidal-Naquet, cite dans une mémorable conférence sur le révolutionnaire
grec Makriyannis, un épisode qui pourrait nous fournir une réponse.
Quand ce chef de bande, illettré et néanmoins mémorialiste distingué,
surprit deux combattants grecs en train de négocier avec des étrangers
pour mille thalers d’argent, la vente de deux statues antiques,
qu’ils avaient pillées, ils les prit à part et leur dit : « Quand
bien même on vous en offrirait dix mille thalers, ne laissez pas les
statues quitter notre patrie, c’est pour elles que nous avons combattu
».
Comment
expliquer que la protection du patrimoine culturel ait pu sembler aux
insurgés grecs un des buts d’une révolution, pour lequel il valait
la peine de risquer sa vie ? C’est que le Général Makriyannis et les
autres révolutionnaires savaient, que c’est dans la mémoire retrouvée
de leur passé qu’ils avaient puisé le courage de s’insurger contre
le puissant Empire Ottoman. Or, le Parthénon ou les statues pillées étaient
les mnemeia -- les monuments au sens étymologique de tout objet qui
perpétue le souvenir -- de ce passé. C’était la raison pour
laquelle il fallait à tout prix les protéger et même risquer sa vie
pour les conserver.
La leçon des
révolutionnaires grecs n’est pas moins valable aujourd’hui qu’au
début du dix-neuvième siècle. Un homme sans passé est un homme sans
racines, sans conscience ni de sa valeur ni de sa place dans le monde.
Veut-on détruire une communauté, un groupe, une nation ? Le moyen le
plus sûr a été de tout temps la destruction de ses monuments et de
ses paysages historiques, de ses objets et de ses lieux de mémoire. Ce
ne sont malheureusement pas les exemples qui manquent.
De nos jours
encore, la guerre est une cause directe ou indirecte de destruction du
patrimoine culturel. L’exemple du Musée de Kaboul, à
l’enrichissement duquel les missions archéologiques françaises en
Afghanistan avaient si brillamment contribué – et je pense tout
particulièrement aux magnifiques découvertes de M. Paul Bernard sur le
site hellénistique d’Aï-Khanoum – est présent dans tous les
esprits.
Cependant, la
guerre est loin de constituer la seule ou même la principale cause de
destruction de la mémoire du passé. Il est inutile de rappeler que les
prodigieux progrès techniques du siècle dernier n’ont souvent pas été
accompagnés d’un progrès comparable dans le domaine de l’esprit.
Il y a une urgence absolue de dénombrer, d’enregistrer, de documenter
les monuments, les sites, les paysages historiques qui sont
quotidiennement menacés par la guerre, le développement économique,
les actions irresponsables de certains.
Toutefois, il
faut être pleinement conscient que la vie est l’objet d’un
changement perpétuel et qu’un pays ne pourrait se transformer en musée.
La Démocratie se doit de veiller constamment à conjuguer les exigences
du développement économique avec la protection de sites et monuments.
Il s’agit de prendre les décisions avec toute la circonspection
souhaitée. En faisant référence a Kierkegaard on pourrait dire que «
La vie est compréhensible en regardant le passé, mais il faut la vivre
en regardant l’avenir ».
S’il y a
des domaines où l’on pourrait légitimement hésiter et chercher des
compromis, il y en a d’autres dans lesquels toute hésitation serait
impardonnable. Tel est le cas du trafic illégal des antiquités, qui
alimentent essentiellement des collections privées, ainsi que les
fouilles clandestines qui lui sont indissociablement liées.
Une antiquité
arrachée du sol dans des circonstances jamais enregistrées, sans
contexte archéologique, sans provenance, perd presque toute utilité
comme témoignage historique et devient scientifiquement stérile. Nous
sommes déterminés à utiliser tous les moyens pour rapatrier les
produits des fouilles clandestines sortis illégalement du territoire
national.
Aussi
condamnable que la destruction de monuments et sites historiques, le
pillage des trésors culturels est l’effacement délibéré du passé.
La partie occupée de Chypre, après la destruction et pillage de ses églises
subit l’oblitération de noms de lieu presque trois fois millénaires.
C’est un crime autant contre la mémoire que contre l’esprit de
gommer des cartes le nom de la ville -- et ancien royaume -- de Kythrea,
déjà présent sur le prisme du roi assyrien Esarhaddon au début du
VIIIe siècle av. J.-C., pour l’affubler de celui de Degirmenlik ; et
il en est de même des villes et anciens royaumes de Keryneia et de Lapéthos,
qui ont subi un sort comparable.
L’Europe
occidentale, depuis la Renaissance, recouvra grâce au labeur de
milliers de savants, la compréhension des humanités. La Grèce connut
le même phénomène avec trois siècles de retard. Ainsi des générations
entières purent profiter directement des chefs-d’oeuvres de la littérature
et de la philosophie, redécouvrir la Grèce avec les yeux d’Homère
ou expliquer le monde avec l’esprit de Platon. Dans tous les domaines,
des sciences et des arts, les textes grecs et latins offrirent un
fondement – à élaborer ou à contester – aux savants et aux
artistes européens. Depuis un demi-siècle, ce dialogue fertile, à
chaque génération renouvelé, se trouve menacé.
L’enseignement
du grec et du latin se trouve expurgé des programmes scolaires et des
chaires universitaires au nom des impératifs du développement économique
ou de la lutte contre l’élitisme. Pourtant, la demande pour cet
enseignement se formule un peu partout en France, depuis les lycéens,
qui sacrifient leur déjeuner ou leur récréation pour assister au
cours, jusqu’aux hommes et femmes du troisième âge qui accourent aux
classes organisées par des enseignants sur leur temps libre. En tant
que citoyen grec, mais surtout en tant que Ministre de la Culture, je me
dois de saluer le combat constant et toujours courageux de notre éminente
concitoyenne, Madame Jaqueline de Romilly ainsi que de Jean-Pierre
Vernant, tout récemment disparu, pour le maintien de l’enseignement
du grec dans les écoles de France. Chère Madame Jaqueline de Romilly,
dans un récent entretien vous notiez que « je ne suis pas très
optimiste, ni pour mes chères langues anciennes, ni pour la française
d’ailleurs. Il y a un désintérêt et même un dédain pour la Raison
et les Lumières. Ce qui me passionne dans les textes grecs, c’est la
rencontre avec la naissance de la pensée raisonné, rationnelle, de la
réflexion, c’est l’irruption de la lumière qui est apparue pour la
première fois dans un monde encore confus et obscur. Toute la morale
politique et la philosophie des hellènes visent à la clarté et à
l’universel. Et elles ont réussi, rien n’a vieilli, leurs préoccupations
sont d’une telle actualité ! Apprendre à penser, à réfléchir, à
être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les
concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer ».
Ainsi est confirmé le point de vue d’Isocrate « …on appelle Grecs
plutôt les gens qui participent à notre culture que ceux qui ont la même
origine que nous». Il serait téméraire de vouloir esquisser les
traits principaux de la civilisation européenne. Alors que tout Européen
les éprouves intuitivement, leur détermination présente le risque de
ne pas couvrir leur totalité et d’en détruire l’unité et la plénitude.
L’unité
dans la diversité culturelle constitue le fondement le plus solide de
l’Union européenne. Les valeurs spirituelles de notre civilisation
européenne, qui puisent leurs sources dans la tradition des humanités,
demeurent essentiellement inchangées depuis lors. On pourrait citer
Protagoras « l’homme est la mesure de toute chose » qui introduit
deux notions essentielles : la philosophie, qui place l’homme en son
centre, et la notion de la juste mesure qui nous mène à l’équilibre.
Constantin
Tsatsos, premier Ministre de la Culture et, ensuite, premier Président
élu de la République Hellénique après la restauration de la démocratie
en Grèce, philosophe et juriste distingué, membre aussi bien de l’Académie
d’Athènes que de l’Institut de France écrivait dans un essai
intitulé La Grèce et l’Europe: « L’élément qui détermine
principalement les communautés humaines les plus durables et
historiquement importantes, ce n’est ni leur présence dans un même
espace géographique ni les conditions économiques, qui sans cesse se
modifient, et les intérêts qui s’y rapportent. Les communautés sont
formées en premier lieu par les éléments spirituels communs, les
conceptions communes des valeurs fondamentales, religieuses, morales,
esthétiques qui se cristallisent dans une tradition commune, dans des
mythes communs, dans un mode de vie social commun, dans un ensemble de réactions
psychiques semblables. Ainsi, ce qu’il y a de durable et
d’historiquement important, ce sont uniquement les communautés
culturelles ».
Constantin
Tsatsos avait parfait ses études universitaires en Allemagne, mais
avait baigné, depuis son enfance, dans la culture française. Ce
n’est pas un hasard si en exergue de son essai il avait placé une
citation de Paul Valéry définissant l’identité européenne :
« Telles m’apparaissent les trois conditions essentielles qui me
semblent définir un véritable Européen, un homme en qui l’esprit
européen peut habiter dans sa plénitude. Partout où les noms de César,
de Caius, de Trajan et de Virgile, partout où les noms de Moïse et de
Saint Paul, partout où les noms d’Aristote, de Platon et d’Euclide
ont une signification et une autorité simultanées, là est l’Europe.
Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée,
christianisée et soumise, quant à l’esprit, à la discipline des
Grecs, est absolument européenne ».
Ce n’est
donc pas un hasard, que la Grèce et la France, partagent les mêmes
conceptions sur l’Europe, et furent à l’origine d’une initiative
qui ambitionne de proposer une nouvelle vision du patrimoine culturel
européen, de le revisiter en mettant en valeur les monuments – au
sens le plus large du terme -- qui ont contribué à l’émergence
d’une conscience collective commune. Nos deux pays, convaincus que la
conscience d’un passé partagé et d’une culture commune est le
meilleur fondement d’un projet d’avenir et répondant à la volonté
politique de leurs gouvernements respectifs, se sont résolus à oeuvrer
dans le domaine de leur compétence pour la constitution du Catalogue
des Monuments du Patrimoine culturel européen.
Ce catalogue
comprendra des monuments, des sites, des paysages historiques et plus généralement
des biens culturels qui sont marqués d’une orientation européenne
particulière. Chaque pays européen proposera les monuments ou biens
culturels qu’il compte parmi ceux qui ont influé de façon décisive
notre civilisation et de ce fait occupent une position caractéristique
dans la tradition européenne.
Notre
initiative nous conduira au recensement des monuments et sites qui
soulignent l’identité européenne et qui constitueront la carte
culturelle de l’Europe, dans le but d’en faire un bien commun de nos
sociétés. Nous accorderons une importance spéciale à la constitution
de réseaux transfrontaliers qui promouvront de nouveaux moyens de
communication. Grâce à cette carte culturelle, nous acquerrons une
meilleure intelligence de notre patrimoine et de nos liens culturels
communs.
La promotion
et la diffusion parmi un public plus vaste de la dimension européenne
des monuments sélectionnés contribueront de manière déterminante à
la meilleure compréhension des influences réciproques de nos
traditions culturelles et à l’appréciation des éléments qui nous
unissent dans notre diversité. Chacun de nos peuples ont parcouru un
chemin historique qui constitue une partie intégrante d’un ensemble
européen plus vaste. Le maintien de notre diversité, du patrimoine
culturel propre à chaque peuple sera la contribution la plus précieuse
de chacun d’entre nous. La synthèse de nos cultures va mettre en
place une nouvelle civilisation de « l’ancien continent ». Mais
combien jeune, l’Europe est ! En se reconnaissant pleinement dans sa
diversité, en répondant sans crainte, de façon originale et innovante
aux défis des temps nouveaux elle se tiendra à la mesure de sa riche
tradition culturelle.
Nous unissent
ainsi un nombre important de valeurs, de principes, et d’idées : la
raison comme fondement de la connaissance, l’idée de la liberté de
la communauté et de l’individu comme valeur suprême, le principe de
l’égalité devant la loi, l’émulation pour l’obtention de
l’excellence, autrement dit tous les éléments qui sont à la base du
régime démocratique de l’Antiquité et sur lesquels nous devrions bâtir
la constitution européenne commune.
La Grèce a,
par conséquent, un devoir particulier pour la préservation de l’héritage
culturel européen. Je voudrais vous faire savoir, non sans fierté, que
l’Acropole d’Athènes, en tant que monument phare, est le premier
site qui figure sur le classement au « Patrimoine de l’Europe ».
L’importance historique et symbolique de ce monument est telle,
qu’il a joué un rôle sans précédent dans l’Histoire du Continent
Européen et a fortement contribué à la formation de notre identité
européenne. Le 26 mars prochain j’aurais le plaisir d’apposer, avec
mon homologue français Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres la plaque du
classement au patrimoine de l’Europe sur le site de l’Acropole.
Le programme de l’inscription au label du Patrimoine culturel européen
se fonde sur la reconnaissance de l’importance fondamentale de la
culture pour l’achèvement institutionnel de l’Union Européenne. La
culture dans toutes ses dimensions ou manifestations constitue un
facteur d’unité et d’intégration pour les peuples européens,
qu’il faut recenser, préserver, consolider et diffuser par tous les
moyens offerts grâce aux techniques modernes, afin de les mettre à la
disposition des populations européennes.
La culture,
en effet, offre une identité qui ne s’appuie pas seulement sur l’héritage
du passé, mais aussi sur la vision partagée de l’avenir. La notion
de la citoyenneté européenne, pour être opérante, ne doit pas se
contenter de sa dimension juridique, mais s’enrichir d’une
conscience d’appartenance à communauté culturelle active.
Je suis
particulièrement heureux d’avoir l’occasion aujourd’hui, à
quelques jours du cinquantième anniversaire du Traité de Rome de
pouvoir mettre en valeur toute l’importance de la culture pour l’Europe
et de revisiter son patrimoine culturel. L’Europe recherche
actuellement une nouvelle dimension institutionnelle. L’acquisition
d’une identité culturelle plus nette ne pourra que faciliter son
unification politique. La culture n’est pas seulement le dénominateur
commun de l’Europe, elle est aussi le moyen le plus efficace pour la réalisation
de l’intégration européenne. Quand tout aura été dit, l’Europe
restera toujours une notion avant tout culturelle.
Merci de
votre attention.
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L'Acropole en tête de
liste des monuments du Patrimoine culturel européen
27/03/2007
L'Acropole est
désormais en tête de liste des monuments du Patrimoine culturel européen,
après la cérémonie qui s'est tenue lundi en fin de matinée en présence du
président de la République, Carolos Papoulias, et du maire d'Athènes, Nikitas
Kaklamanis.
Les ministres de la
Culture de Grèce et de France, Georges Voulgarakis et Renaud Donnedieu de
Vabres, ont inauguré la plaque dédiée au premier monument-symbole du
Patrimoine culturel européen sur le site archéologique de l'Acropole.
"Il s'agit d'une
double fête, car nous fêtons l'Europe et la Culture", a souligné M.
Voulgarakis, ajoutant que "la proclamation de l'Acropole ne scelle pas la
supériorité d'une civilisation sur une autre. Aucune civilisation n'est
supérieure à une autre. L'Acropole, en tant que premier monument sur la liste
du Patrimoine culturel européen représentant la culture que se partagent tous
les hommes, est un monument européen qui conserve vivante la mémoire
collective du passé". "Le Parthénon n'est un résultat fortuit de
l'art hellénique, c'est l'aboutissement de la pensée mathématique grecque, de
la théorie de Pythagore sur les nombres et l'harmonie, comme elle s'est
exprimée au cours de la démocratie athénienne, à l'ère de Périclès",
a-t-il ajouté.
Evoquant la question
relative au retour des Frises du Parthénon, M. Voulgarakis a souligné
qu"'il ne tient au gouvernement britannique qu'à réparer une erreur
historique survenue au cours d'une époque obscure pour la Grèce, pour que soit
rétablie l'unité d'un des monuments les plus fameux de l'humanité et adresser
un message courageux et historique à la communauté mondiale, digne de sa
tradition et de son histoire".
De son côté, M.
Donnedieu de Vabres, qui est à l'origine de l'initiative d'inscrire l'Acropole
en tête de liste du Patrimoine culturel européen, a affirmé qu'"il
n'existe qu'un seul pays qui a engendré la perfection (...) Ce pays a engendré
la culture européenne. Toutefois, il ne s'agit pas uniquement de l'Acropole,
mais aussi de tous les sites archéologiques qui l'entourent".
Plus tôt, dans la
matinée, MM. Voulgarakis et Donnedieu de Vabres ont signé un mémorandum
relatif à la coopération entre les musées des deux pays et pour la lutte
contre le vol, les fouilles sauvages et l'exportation et importation illégales
des trésors culturels.
M. Donnedieu de Vabres
s'est également entretenu plus tôt dans la matinée avec le ministre des
Affaires étrangères, Dora Bakoyannis.
Acropolis: 1st Place
The Athens Acropolis tops the Catalogue of European Cultural Heritage
Monuments, which was created on an initiative by French Culture Minister,
Renaud Donnedieu de Vabres. Today, Culture Minister George Voulgarakis
de Vabres, will place a plaque on the Acropolis during a special
ceremony.
Voice of Greece: Acropolis
in first place in catalogue of European cultural monuments
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Discours
pour l'apposition de la plaque "Patrimoine européen"
sur
l'Acropole Athènes 26 mars 2007
de
M. Renaud DONNEDIEU de VABRES, ministre français de la Culture
Monsieur
le Président de la République hellénique, Monsieur le Ministre, cher
Georges Voulgarakis, Excellences, Mesdames, Messieurs,
Je
suis particulièrement honoré, ému et reconnaissant de prendre la
parole aujourd'hui, ici, devant vous, en ce lieu fondateur de la culture
et de l'identité européennes. " Il y a un lieu où la perfection
existe ; il n'y en a pas deux, c'est celui là ". L'émerveillement
d'Ernest Renan demeure plus éternel et plus actuel que jamais, près
d'un siècle et demi après qu'il lui eut inspiré sa fameuse Prière
sur l'Acropole. Cette révélation de la grandeur et de la beauté,
chacun des voyageurs et des citoyens qui viennent ici, selon
l'expression de Chateaubriand " chercher les Muses dans leur patrie
" peut l'éprouver. Un demi siècle après la signature du Traité
de Rome, qui créa la Communauté européenne, c'est ici, où tout a
commencé, où la communauté que nous continuons à bâtir ensemble,
plonge ses racines les plus profondes.
Oui,
la Grèce a inventé l'Europe, qui fut d'abord une légende et un mythe,
un rêve et une utopie, avant d'entrer dans l'histoire, de prendre corps
et chair, de devenir réalité, force profonde et projet.
Ici,
depuis plus de vingt-cinq siècles, la poésie a rencontré la
philosophie, la science, la culture et la démocratie. Cet esprit commun
qui nous rassemble n'est pas une conception unique et figée du monde,
mais au contraire une passion de la recherche, de la découverte, de la
connaissance et du dialogue. André Malraux faisait dire, ici même, à
l'esprit de la Grèce, en lui rendant hommage sous la nuit étoilée, il
y a près d'un demi siècle, ces quelques mots qui nous éclairent
aujourd'hui, sous le soleil de midi : " J'ai cherché la vérité,
et j'ai trouvé la justice et la liberté (…) ". Et d'ajouter :
" l'Acropole est le seul lieu du monde hanté à la fois par
l'esprit et par le courage ".
Virtuosité
de l'intelligence, générosité du coeur, force de la création et de
l'action : seule la Grèce pouvait donner à l'esprit européen ces
qualités si rares, et si précieuses. Puissent-elles à nouveau nous
inspirer aujourd'hui !
C'est
dire combien l'Acropole méritait d'être le premier lieu inscrit sur la
liste du patrimoine européen, et la dimension hautement symbolique de
cette inscription que vous allez dévoiler dans un instant. Haut lieu de
culture, de mémoire et de patrimoine, ce site est aussi et surtout l'un
des foyers majeurs de la conscience européenne, de cet esprit qui a
fait de l'Europe ce qu'elle est devenue, qui fait de nous ce que nous
sommes aujourd'hui, et qui forgera nos desseins communs.
Comme
à l'abbaye de Cluny, nous sommes côte à côte, ensemble, pour
exprimer que ce label est plus qu'un symbole, plus qu'un signe de
reconnaissance, il est un témoin de l'origine et du sens de notre
communauté, de notre Union européenne, unie dans la diversité, fière
de ses racines et confiante en son projet.
Découvrir
aujourd'hui cette plaque, c'est marquer à la fois l'ancienneté et la
modernité de notre communauté de destin. Comme l'écrit Jacqueline de
Romilly, " quand je prononce le nom de l'Europe, j'ai l'impression
que quelque chose de moi va vers Athènes ". Tous les Européens
peuvent se reconnaître dans cette conviction, qui est un appel à
poursuivre, à approfondir et à enrichir la construction de l'Europe,
par la culture.
Je
vous remercie.
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