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Les femmes et la politique Par
M. Pantelidou-Maloutas La culture politique grecque est très complexe et
contradictoire ; elle associe les éléments d’une société
traditionnelle à ceux d’une culture moderne. Les profonds changements qui ont
bouleversé le mode de vie des femmes, à la suite de la Seconde Guerre
mondiale, ne sont pas parvenus à gommer totalement l’éloignement de
celles-ci de la scène politique, ni leur sous-représentation parmi ceux qui
ont lutté, jusqu’ici, en faveur de "l’égalité des droits entre
hommes et femmes", stipulée dans la Constitution de 1975. En effet, malgré
l’émancipation juridique de la femme dans les années 1980, notamment grâce
aux revendications féministes et aux politiques réformistes du parti alors au
pouvoir (le PASOK), l’infériorité sociale de la femme et son exclusion du
système politique demeurent d’actualité. De fait, la société grecque
enregistre, au sein de l’Union européenne, le taux le plus bas de femmes détenant
le pouvoir ou étant en position de prendre des décisions socio-économiques.
Actuellement, on ne compte que quatre femmes au gouvernement (ce qui représente
déjà un immense progrès) et vingt-six (sur trois cents) au Parlement. Comportement
politique et participation Les femmes grecques, qui ont obtenu assez tard le droit de
vote (1952), ont opté pour un vote ″traditionnel″ privilégiant la
droite, tout en affichant de faibles taux de participation officielle. Même
s’il existe en Grèce une longue tradition d’engagement politique des femmes
au sein des mouvements nationaux de libération et de lutte pour la démocratie,
le système politique grec se préoccupe peu de la réalité de la
discrimination sexuelle. Ce manque d’intérêt de la part des partis s’est
soldé par une absence d’engagement politique réel chez les femmes. Certes,
jusqu’à présent, l’adhésion à un parti politique et l’accès à des
fonctions officielles ou à des groupements politiques étaient presque
exclusivement réservés aux hommes, et cela était reconnu en tant que tel ;
toutefois, il convient de faire remarquer que, au sein de la culture politique
grecque, les profils politiques des femmes varient considérablement
(probablement davantage que dans les autres pays européens). Cela ne fait que
refléter la forte évolution des différents mode de vie de ces dernières par
rapport à la rigidité des rôles de l’homme et de la femme et à la répartition
des taches ménagères au sein du foyer. Dans les milieux les plus traditionnels
(dans le monde rural, par exemple), l’infériorité des femmes est particulièrement
prononcée et assez peu remise en cause, tandis que les femmes d’un certain âge,
de la campagne ou de la ville, considèrent l’infériorité de leur statut
social comme normale. En revanche, les jeunes femmes, elles, refusent la légitimité
de cette infériorité sociale, comme en témoigne la large propagation des idées
féministes, tout au long de ces dix dernières années. En effet, pour ces
jeunes femmes, l’inégalité des sexes constitue "un problème à résoudre".
Ainsi, d’après les données du Centre national pour la Recherche sociale (se
référer à l’ouvrage (en grec) de I. Nicolacopoulos et M. Pantelidou-Maloutas :
Comportement politique des femmes,
dernier rapport, Centre national pour la Recherche sociale, Athènes,
1988), alors que 30% des femmes de plus de 60 ans sont convaincues que la
politique "doit être une prérogative masculine", moins de 4% des
jeunes femmes (de 18 à 29 ans) partagent cette opinion. Les importants changements sociaux survenus lors de ces
dernières décennies, tels que la diminution de la population rurale (et du
taux d’analphabétisme), l’évolution de l’emploi des femmes au sein du
secteur salarial, la diminution de la discrimination professionnelle liée au
genre, ou encore l’assouplissement des rôles de l’homme et de la femme ont
sensiblement influencé les perceptions politiques des jeunes femmes. De fait,
l’âge ressort comme une variable de prime importance dans la culture
politique grecque, pour laquelle les différences de niveau de participation
politique au sein d’un groupe d’individus du même âge (de sexe différent)
peuvent être moindres que dans un groupe de personnes d’âges différents, du
même sexe. En effet, il existe parfois une plus grande analogie entre les
jeunes de sexe différent (de 18 à 29 ans) qu’entre les jeunes femmes et
leurs aînées. Voici quelques exemples : la lecture de la presse :
respectivement 64,6% et 78,3% des femmes et des hommes jeunes déclarent lire régulièrement
la presse, contre respectivement 34,8% et 68,2% des femmes et des hommes de plus
de 60 ans ; de même, l’échange d’opinions politiques : 37,5% et
42,9% des femmes et des hommes jeunes affirment échanger fréquemment leurs
opinions politiques, contre 23,4% et 58,2% des femmes et des hommes de plus de
60 ans ; le manque absolu d’intérêt politique : 15,9% et 16,6% des
femmes et des hommes jeunes déclarent ne pas s’intéresser à la politique,
contre 32,9% et 11,6% des femmes et des hommes de plus de 60 ans ; la
participation aux campagnes électorales : 15,6% et 19,8% des femmes et des
hommes jeunes déclarent participer régulièrement aux campagnes électorales,
contre 8,1% et 23,2% des femmes et des hommes de plus de 60 ans. D’ailleurs,
cette tendance se retrouve également sur le plan de l’orientation idéologique
des jeunes, puisque, vers la fin des années 1980, les jeunes femmes formaient
le groupe social le plus favorable à la gauche : respectivement 42,2% et
33,2% des femmes et des hommes jeunes se déclaraient plutôt de gauche, contre
respectivement 19% et 27,2% des femmes et des hommes de plus de 60 ans (cf.
Les femmes et la politique, M. Pantelidou-Maloutas,
Athènes, Gutenberg, 1992 [en grec]). Malgré les tendances ci-dessus, qui illustrent les
perspectives politiques des jeunes femmes grecques, il n’en demeure pas moins
que l’ensemble de la population féminine prend de moins en moins part au
processus de décisions politiques, ne manifeste pas de grand intérêt pour la
politique et ne semble pas nourrir de grandes attentes vis-à-vis du système
politique. Il est évident que cette attitude n’a pas à encouragé les femmes
à faire connaître leurs expériences ni à exprimer leurs points de vue, qui
plus est chez les femmes les plus âgées et les moins éduquées. Pour ces
dernières, l’infériorité sociale se traduit par une véritable inégalité
politique, en dépit de leur droit à la citoyenneté, dont elles jouissent
depuis maintenant quarante-cinq ans. Enfin, il convient de souligner qu’à
l’heure actuelle, l’électorat grec comprend toujours des femmes - âgées
de plus de 65 ans - qui ont fait l’expérience unique de n’être,
à l’âge adulte, titulaire d’aucun droit politique. Les années 1980 furent une décennie d’une importance
capitale, avant tout pour les femmes. Après 1975, les mouvements féministes et
les efforts déployés par le parti socialiste (PASOK) pour moderniser le pays,
en s'adressant aux électeurs non-privilégiés et l’harmoniser avec les autres pays membres de la CEE, apportèrent au pays
d’importantes mesures juridiques en faveur de l’égalité des sexes. Bien
que ces mesures se soient révélées incapables de mettre fin à l’infériorité
sociale de la femme, trop ancrée dans les mentalités, elles permirent néanmoins
d’apporter des solutions à des problèmes spécifiques, notamment grâce aux
mesures de protection sociale qui furent instaurées à cette époque. Celles-ci
légitimèrent, pour la première fois au sein de la culture politique grecque,
la vision d’une société fondée sur la non-discrimination sexuelle et firent
de l’égalité des sexes une valeur largement acceptée. Le fait que les
questions concernant les femmes ne soient plus exclues de l’agenda politique
eut un effet durable sur leur attitude et leurs comportements en politique. Les
femmes marquèrent d’ailleurs toute leur gratitude envers le PASOK en votant
en masse pour lui aux élections législatives de 1985. Ainsi, pour la première
fois dans l’histoire électorale de la Grèce, s’était creusé un décalage
entre les hommes et les femmes. Évolution
des comportements électoraux Les comportements de la jeune génération et son taux de
participation politique démontrent que les différentes tendances politiques ne
dépendent pas uniquement de l’âge, mais aussi du genre. Les données
partielles, souvent officieuses et pas toujours comparables, sur l’évolution
du vote des femmes indiquent qu’en 1956, lors de la première participation
des femmes aux élections législatives, la différence entre les votes des
hommes et des femmes en faveur du principal parti de droite (ERE), était, à
Athènes, supérieure de 13,2% chez les femmes, réunissant 56,7% des suffrages,
contre 43,5% chez les hommes (chiffres de I. Nicolacopoulos ; tirés
de Partis et élections en Grèce : 1946-1964, p. 277,
Centre national pour la Recherche sociale, Athènes, 1985 [en grec]). Ce
chapitre comporte d’autres données provenant d’estimations faites, par ce même
auteur, à partir de rapports officiels. Cette disparité ressort de ces élections,
alors que la gauche bénéficie d’un soutien accru des femmes, avec 40,9% de
femmes et 53,8% d’hommes en faveur de l’Union démocratique entre la gauche
et les partis centristes. De toute évidence, les femmes ont largement contribué
aux résultats positifs de la droite, exprimant toute leur reconnaissance au
parti qui leur a permis d’acquérir leurs droits en politique. Aux élections parlementaires suivantes (1958), à Athènes,
l’écart électoral entre hommes et femmes se resserra, tant dans le
pourcentage de votes en faveur de la droite (+8,2% pour les femmes) que de la
gauche (+8% pour les hommes). Durant les années 1960, cette différence liée
au genre ne cessa de diminuer en milieu urbain pour la droite, passant de 3,8%
en 1961, à 3,6% en 1963 et à 2,6% en 1964, et ce, grâce au vote des femmes.
Au niveau national, ces trois élections générales soulignèrent une
divergence infime entre le vote des hommes et celui des femmes en faveur du
centre, et une différence inférieure ou égale à 2,6% pour les deux autres pôles
de l’axe. Lorsque l’électorat grec retourna aux urnes dix ans plus
tard, dans un tout autre climat, la disparité hommes-femmes réapparut, mais
accentuée. En effet, aux élections de 1974 et de 1977, alors que le leader de
droite, C. Caramanlis, s’assurait la victoire électorale grâce à sa
personnalité charismatique, la répartition spécifique des votes selon le
genre prouva l’existence d’un écart conventionnel, d’environ 5%. Pour la
Nouvelle Démocratie, la différence de vote entre les hommes et les femmes s’éleva, à Athènes, à 5,9% de plus chez les femmes
et, au niveau national, à 4,8%. Puis, en 1977, ces écarts atteignirent
respectivement 6,6% et 5,2%. L’un des éléments frappants des élections de
cette décennie, remportées toutes deux par la Nouvelle Démocratie, fut
la rapide ascension du PASOK, qui parvint quasiment à doubler ses suffrages en
trois ans. Par deux fois, les femmes votèrent légèrement moins en faveur du
PASOK que les hommes (-2,3%, en 1974, et -3,8%, en 1977, pour Athènes et sa région),
un vote qu’elles "rectifieraient" moins de dix ans plus tard. Les années 1980 vont marquer une nouvelle disparité électorale
entre les hommes et les femmes. En 1981, le vote des femmes en faveur de la
droite était, en région urbaine, de 3,1% supérieur à celui des hommes, et de
seulement 1,1% de plus, aux élections législatives de 1985. Les élections de
1981 marquèrent un grand tournant dans l’histoire politique de la Grèce,
mettant un terme à la prédominance quasi constante de la droite, depuis des décennies.
Cela fut particulièrement frappant aux élections de 1985, lorsque, pour la
première fois, les femmes votèrent davantage que les hommes pour un parti
n’appartenant pas à la droite, se réclamant ainsi du socialisme et de son
parti : le PASOK. De cette manière, les femmes récompensèrent largement
le PASOK pour l’attention qu’il leur avait consacrée en intégrant "l’égalité" à son programme de réforme, souhaitant séduire
encore une autre catégorie de Grecs "défavorisés". Il est intéressant
de noter que ce décalage entre les genres au profit du PASOK se retrouva dans
toute le pays : dans les zones urbaines (+1,5% pour les femmes),
semi-urbaines (+1,3%) et rurales (+0,7%). Ainsi, alors qu’en 1981, le PASOK
avait accru son influence grâce au vote des hommes (48,8%, contre 47,2% chez
les femmes), en 1985, malgré un affaiblissement de 5,8% de sa force électorale,
il put se maintenir au pouvoir grâce au vote des femmes. En effet, pendant que
le pays traversait des difficultés économiques et que la campagne électorale
se concentrait sur l’élection du nouveau président, le PASOK perdit beaucoup
moins de voix au sein de son électorat féminin (45,9%, soit -2,7%) que
masculin (44,6%, soit -8,7%). Il est incontestable qu’avec sa politique en
faveur de l’égalité des sexes, le PASOK s’est assuré des bénéfices en
termes de suffrages. Enfin, l’élection de 1985 marqua un autre temps fort :
pour la première fois dans l’histoire électorale de la Grèce, les hommes et
les femmes ne se démarquèrent pratiquement pas dans leur choix politique à
droite, avec 40,1% d’hommes et 40,8% de femmes en faveur de la Nouvelle Démocratie. De juin 1989 à avril 1990, trois élections générales
eurent lieu dans une atmosphère tendue. Après huit ans au gouvernement, le
PASOK dut affronter les élections à une période de bouleversements au niveau
international, mais aussi de crise politique interne. À trois reprises, le vote
des femmes en faveur du PASOK s’est révélé légèrement supérieur à celui
des hommes, témoignant ainsi de la persistance d’un décalage entre hommes et
femmes au sein de la culture politique grecque. Dans la victoire ou dans la défaite,
le PASOK a toujours semblé bénéficier davantage du soutien des femmes. En
effet, en juin 1989, 38,8% de ses électeurs étaient des femmes, contre 38,1%
d’hommes ; en novembre de la même année, ces chiffres atteignaient
respectivement 40,4% et 39,7% et, en avril 1990, 38,6% et 37,8%. Ces différences
de vote au sein du PASOK, perceptibles au delà de la conjoncture de 1985, sont
évidemment minimes et constituent probablement une particularité de la culture
politique nationale. Enfin, du côté de la Nouvelle Démocratie, il est
intéressant de souligner que, lors de ces trois élections, le vote des femmes
fut légèrement supérieur à celui des hommes (à raison de +0,6%, +0,6% et
+0,8%). D’après les comportements politiques que nous venons de
décrire, il apparaît que, si les hommes et les femmes ne présentent pas les mêmes
attitudes ou perceptions face au vote (48,6% des femmes contre 70% des hommes
pensent que leur voix peuvent contribuer à résoudre les problèmes de la vie
quotidienne), cette différence ne se concrétise pas dans leurs comportements
électoraux. En effet, aux élections législatives d’octobre 1993, la
disparité entre les électeurs hommes et femmes était, tous partis confondus,
inférieure ou égale à 1, le PASOK se trouvant être la seule exception avec
+1,3% de votes des femmes (45,6% d’hommes contre 46,9% de femmes). Aux élections
de septembre 1996, le fossé s’est creusé à gauche (39,4% d’hommes et
42,1% de femmes en faveur du
PASOK), tandis qu’il s’est estompé à droite (37,5% des hommes et 38% des
femmes votèrent pour la Nouvelle Démocratie et respectivement 3% et 2,9%
pour le POLAN). De son côté, le DIKKI, parti dérivé du PASOK, obtint
respectivement 5,1% et 4,1% des votes des hommes et des femmes, alors que, pour
le KKE, on retrouva un écart traditionnel (6,4% d’hommes contre 5,5% de femmes). En revanche, un changement non-négligeable
se produisit pour le Synaspismos, qui rassembla 5,4% d’hommes et 5,7% de
femmes dans ses rangs. Toutefois, ce décalage entre les genres, qui ressort à
travers les résultats électoraux, paraît plus évident si l’on tient compte
de l’âge. Ainsi, selon un sondage électoral (sondage Mega/BVA), pour la
tranche d’âge de 18 à 34 ans, la proportion d’hommes votant à droite
est supérieure d’environ 1 à 1,5%, tandis que l’écart est de plus de 2%
en faveur des femmes votant à gauche. Les
femmes et les partis Par rapport aux électeurs, les électrices sont généralement
bien moins convaincues de l’importance de leur vote et nettement moins intéressées
par les partis et leur système. Par exemple, à la fin des années 1980, 17,1%
des hommes étaient membres d’un parti, alors que seulement 6,6% de femmes étaient
engagées politiquement ; étant donné qu’il n’existe pas, en Grèce,
de carte d’adhérent, ces données témoignent plutôt de l’attachement idéologique
à un parti. En outre, les choix politiques des femmes varient selon qu’elles
sont issues de la ville ou de la campagne. Actuellement, le PASOK rassemble 30%
de femmes au sein de son électorat dans les grandes villes, contre seulement
10% en zone rurale. La moyenne nationale doit être de l’ordre de 13%, puisque
c’est le pourcentage à partir duquel le PASOK détermine les quotas pour ses
organes législatifs. La sous-représentation des femmes est visiblement plus
nette lorsqu’il s’agit de prendre des décisions au sein des partis. Par
exemple, en avril 1994, parmi les 4 456 membres élus pour participer au 3ème
congrès du PASOK, 13% étaient des femmes. Ce même pourcentage se retrouvait
au comité central du parti (vingt femmes sur cent cinquante personnes en tout)
et au bureau exécutif (deux sur dix-sept). Il en est pratiquement de même pour le principal parti de
droite, la Nouvelle Démocratie, avec huit femmes sur cent au comité
central (8%), et deux femmes sur dix au comité exécutif (20%). Suivant les
exigences du secrétariat pour les femmes et l’application, en 1994, d’un
quota désormais stipulé dans la charte des partis, le nombre de femmes au sein
des comités départementaux oscille autour de 20%. Au congrès de mars 1997, la
presse fit connaître la composition des participants : 3 106 hommes
et 498 femmes, c’est à dire respectivement 86,18% d’hommes contre 13,82% de
femmes. Le Synaspismos, la coalition de gauche, est le parti le
plus "pro-féministe" de Grèce. Son comité central compte
trente-sept femmes sur cent onze membres au total (33,4%), ce qui reflète la
proportion hommes-femmes parmi les membres du parti. Ce quota est appliqué à
tous les organes, sauf ceux à caractère exécutif. Au sein du secrétariat
politique, trois membres sur vingt-et-un sont des femmes (14%). Le KKE ou parti communiste grec, est le seul parti grec
dirigé par une femme. Ce dernier compte approximativement 18% de femmes :
21% au comité central, 22% au secrétariat du comité central, 27% à la tête
des quarante-et-un départements du comité central, mais seulement 11% au
bureau politique. Malgré le système de quotas, qui aurait été instauré
entre 1990 et 1996 pour permettre aux femmes d’accéder aux comités de décision
du parti, il fut arrêté, au congrès de 1996, que "l’efficacité de
cette mesure administrative était trop restreinte". Aucun parti grec ne se distingue comme étant particulièrement
proche des femmes, pourtant, au printemps 1991 et pour la première fois dans
l’histoire politique grecque, deux femmes prirent la tête de deux partis de
gauche (le KKE, ou parti communiste grec, et le Synaspismos, la coalition de
gauche). Ces élections semblèrent défier le caractère patriarcal
traditionnel du système ; l’arrivée au pouvoir de la première femme
secrétaire général au parti communiste grec suscita de nombreuses réactions
quant à son apparence, ce qui ne fit que mettre en exergue le sexisme sévissant sur la scène politique. Les
femmes aux fonctions officielles Si les comportements électoraux ne sont pas liés au genre
des électeurs, la culture politique grecque se caractérise néanmoins par une
proportion inégale d’hommes et de femmes au niveau des fonctions officielles.
D’ailleurs, la Grèce est le pays qui possède le taux le plus faible de
femmes députées au sein de l’Union européenne (6,3%). Les espoirs nés de
l’élection, en 1953, de la première femme membre du Parlement grec (lors de
la première participation des femmes aux élections locales de
Thessalonique), furent vite anéantis. Il
faut noter qu’aux élections de 1944 (pour la partie de la Grèce libérée),
il y avait aussi une participation féminine. Cinq femmes ont été élues en
tant que « Conseillères Nationales ». L’une d’entre elles était
Mme Svolou, qui a lutté pour l’obtention du droit de vote par les femmes
durant l’entre-deux-guerres, elle fut la première femme élue député dans
les années 50. Du premier vote des femmes, en 1952,
jusqu'à l’imposition de la dictature, en 1967, seules treize femmes furent élues,
tandis que quatre sur trois cents purent siéger au Parlement (session de
1958-1961). Au cours de cette période, seules huit femmes parvinrent au rang de
députée au Parlement, cinq d’entre elles étaient de gauche (toutes membres
de l’ancien parti communiste, encore illégal à l’époque), deux de droite
et une du centre. Lors des premières élections qui suivirent la dictature,
sept femmes furent élues députées : quatre pour la Nouvelle Démocratie
(droite), une autre pour le centre, une pour le PASOK et la dernière pour la
gauche traditionnelle. Ce faible pourcentage (2,6%) comprenait des femmes
issues, pour la plupart, du milieu politique, mais aussi une actrice de renom et
une éminente journaliste. Ces dernières mirent en place un certain nombre de
mesures en faveur des femmes politiques. Elles jetèrent notamment les bases
d’un modèle conventionnel pour les femmes en politique. Ainsi, en 1977, un
plus grand nombre de femmes entrèrent au Parlement, élevant le pourcentage à
3,7%. Là encore, quatre des élues étaient de droite, tandis que le PASOK
comptait désormais cinq femmes et la gauche, deux. L’une d’entre elles était
une grande figure de la résistance, menée par les étudiants communistes
contre la dictature de 1967-1974. Cette femme jouerait un rôle primordial pour
la gauche au début des années 1990, notamment comme dirigeante du Synaspismos,
en 1991. En 1981, au cours des trois élections consécutives,
treize femmes furent élues députées au Parlement (4,3%). Cette même année,
lorsque le PASOK remporta les élections, et plus tard en 1985 (année où les
femmes votèrent plus que les hommes en faveur du parti socialiste), huit femmes
de gauche furent élues (PASOK), trois de droite (Nouvelle Démocratie) et
deux de gauche. En 1985, le PASOK comptait huit femmes, la droite quatre et la
gauche une. En revanche, en 1989, sur les treize femmes élues députées,
seules quatre représentaient le PASOK, alors que la Nouvelle Démocratie
en comptait sept et la gauche deux. De manière générale, il semble que les
femmes soient les premières à abandonner le PASOK lorsque celui-ci commence à
perdre de son influence. Le nombre maximum de femmes élues au Parlement grec était de vingt en novembre 1989 pour un court mandat en raison d’élections anticipées en avril 2000. Il est intéressant de noter que le parti écologique représenté pour la première fois, en 1989, au Parlement grec le fut grâce à une femme. Composition
du Parlement grec Les élections d’avril 1990 amenèrent seize femmes au
Parlement, soit un petit pourcentage de 5,3% qui, en 1993, avoisina les 6% grâce
à l’élection de deux autres femmes. Avec la mort de Mélina Mercouri, députée
depuis 1977 et ministre de la Culture au sein de tous les gouvernements du PASOK,
le Parlement grec ne compta plus que dix-sept femmes. En 1995, ce chiffre
remonta à dix-neuf et resta identique jusqu’aux élections de 1996 : huit
femmes pour le PASOK (parti au pouvoir), huit pour la Nouvelle Démocratie,
deux pour le POLAN (droite) et une pour la gauche traditionnelle. Notons que,
parmi ces députées, on compte trois juristes et professeurs d’université,
quatre avocates, deux philologues, une architecte, deux diplômées de l’école
Polytechnique, une spécialiste en Sciences politiques, une économiste et,
enfin, une actrice. Actuellement, sur trois cents parlementaires qui siègent au
Parlement grec, vingt-six sont des femmes ; douze d’entre elles y représentent
le PASOK, dix la Nouvelle Démocratie, deux le Synaspismos et deux le KKE.
La sous-représentation des femmes dans les prises de décisions
se retrouve bien évidemment au sein du gouvernement. Après la nomination, en
1956, de la première femme ministre (la seule femme nommée avant la
dictature), il fallut attendre vingt-cinq ans avant qu’une autre femme ne
prenne place au gouvernement. En effet, ce n’est qu’en 1981 que Mélina
Mercouri devint ministre de la Culture. Entre 1974 et 1989, sept autres femmes
occupèrent le poste de sous-secrétaire d’État ou de ministre délégué. Là
encore, alors qu’avant la dictature, il n’y avait eu qu’une femme membre
du gouvernement, elles étaient, entre 1974-1989, au nombre de huit. On confia
à chacune, à une exception près, des postes à caractère "féminin". Le fait que le gouvernement "œcuménique" de
1989 (qui devait représenter de très larges centres d’intérêts
socio-politiques) n’ait inclus aucune femme constitue tout un symbole. Cela
lui valut d’ailleurs de nombreuses critiques de la part des femmes politiques
et des groupes féministes. Au cours de cette décennie, la composition féminine du gouvernement n’a pas dépassé les 12%, avec des femmes essentiellement chargées des questions sociales (au nombre de six), de la culture, de l’éducation et de la justice. Au sein de l’actuel gouvernement Simitis, qui comprend trois femmes, une seule d’entre elles occupe ce qui est considéré comme un poste clé (ministre de l’Intérieur). Cette situation a été changée après les élections législatives d’avril 2000. Le Premier ministre Costas Simitis a nommé cinq femmes ministres ou secrétaires d’Etat. La participation des femmes au sein des instances
locales de gouvernement est également très faible, même si, lors des
campagnes électorales, leurs compétences en la matière ont été reconnues à
plusieurs reprises, tant par les femmes que par les hommes. Il semblerait que
moins de 2% des maires soient des femmes et il en est de même pour la fonction
de président des communes, dont le pourcentage tourne autour de 1%. Seul un département
sur cinquante-quatre est dirigé par une femme. (Ces données concernent les élections
de 1994). Par ailleurs, la proportion de femmes au sein de la délégation
grecque de l’Union européenne est passé de 8,3%, entre 1981 et 1989, à 16%,
après les élections de 1994, ce qui équivaut à quatre femmes sur vingt-cinq.
En février 1997, ce chiffre est monté à cinq avec l’arrivée de A.
Karamanou qui prit la place d’un ancien membre, élevant ainsi le pourcentage
à 20%. Les profils des femmes grecques membres du Parlement européen indiquent
qu’elles ont été choisies soit parce qu’elles étaient connues de
l’opinion publique, soit par népotisme ou pour les deux à la fois. Il est à
souligner que le membre grec de la Commission Européenne est une femme, il
s’agit de Anna Diamantopoulou. Les femmes sont également victimes de sexisme au sein de
l’administration publique. En effet, sur quarante-quatre directeurs généraux,
seules deux sont des femmes (4,5%), et sur 1 220 directeurs, elles ne sont
que 239 (19,6%). Au sein des services publiques, 74,7% des directeurs sont des
hommes et 25,3% des femmes, alors que les femmes représentent 40% du personnel
permanent des secteurs cités ci-dessus (selon les données officielles de
1995). Conclusion La Grèce est le seul pays de l’Union européenne qui possède un taux aussi faible de femmes occupant des postes de pouvoir ou de décision en accord avec les caractéristiques patriarcales de la société. Le pays traverse actuellement une période de récession en ce qui concerne l’organisation et la mobilisation des femmes, et ces dernières possèdent peu de moyens pour faire entendre leur voix. Dans la Grèce des années 1990, le féminisme n’est pas considéré comme un véritable mouvement pour différentes raisons, mais ceci ne signifie pas que l’idéologie féministe soit en crise au sein de la société grecque. Au contraire, si l’infériorité sociale des femmes est toujours d’actualité, les activités féministes de ces dernières décennies ont créé un nouveau climat de prise de conscience entre les hommes et les femmes. De plus, la pensée et l’écriture sont aujourd’hui influencées par les théories féministes et un nombre croissant de conférences, de cours d’université et de revues spécialisées font de l’homme et de la femme un véritable sujet d’étude. Il semblerait qu’une phase d’introspection féministe soit sur le point de naître, de laquelle surgiraient de nouvelles politiques d’intervention en faveur des femmes. Toutefois, l’égalité juridique entre hommes et femmes demeure insuffisante pour redresser l’équilibre du pouvoir. En effet, de par leur enracinement, les inégalités liées au genre vont bien au delà du cadre juridique, c’est pourquoi l’avenir dépendra de la manière dont les jeunes femmes évolueront face à ces nouvelles valeurs et à cette prise de conscience majeure des discriminations sexuelles. À cet égard, l’implication grandissante des femmes en politique permettra d’œuvrer à la fois en faveur de la cause féminine et du processus politique de la Grèce. | ||||
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