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La
politique étrangère de la Grèce Par C. Stephanou
Objectifs
généraux de la politique étrangère
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Promotion de la paix et de la sécurité
La
Grèce soutient activement, depuis leur création, les Nations unies et ses
agences spécialisées. Elle déplore cependant le blocage répété du Conseil
de sécurité par ses membres permanents ainsi que la politisation des agences
spécialisées. Les pactes de défense régionale tels que l’OTAN sont non
seulement prévus par la Charte des Nations unies, mais ils représentent également
un élément essentiel de la sécurité collective. Jusqu’en 1974, le pacte de
Varsovie constituait la principale source de menaces à la sécurité de la Grèce.
L’invasion et l’occupation du nord de Chypre par un autre pays-membre de
l’OTAN, la Turquie, et les revendications territoriales de cette dernière en
mer Égée, ont sérieusement affecté la politique et les dépenses de la Grèce
en matière de défense. Cependant, la Grèce a continué à remplir ses
obligations en tant que membre de l’OTAN. En outre, à la suite des événements
historiques de 1989 et de l’émergence du nouveau rôle de l’OTAN, la Grèce
a fourni des équipements pour les opérations de l’OTAN dans les Balkans,
ainsi que d’importants contingents militaires pour les opérations de maintien
de la paix et les opérations humanitaires.
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Promotion de l’union politique européenne
L’opinion
publique grecque s’est toujours révélée pro-européenne. D’après les
sondages de l’Eurobaromètre, les mesures d’approfondissement et d’élargissement
et de l’Union européenne reçoivent un immense soutien. En outre, les
dirigeants des deux principaux partis politiques, le PASOK et la Nouvelle Démocratie,
font souvent référence à l’avenir fédéral de l’Union européenne.
D’ici à la réalisation d’un tel État, la Grèce demeure, d’une part,
fortement attachée au principe d’égalité au sein des institutions de l’Union
et, d’autre part, favorable au rôle important joué par les institutions
supranationales, à savoir la Commission et le Parlement européens. Par ailleurs, la Grèce est prête à soutenir toute mesure visant à étendre la capacité diplomatique de l’Union, tant que cela ne se traduit pas par la formation d’un directoire des États-membres les plus importants. L’Europe devrait parler d’une seule voix non seulement en matière d’affaires commerciales et économiques, mais également dans le domaine de la sécurité. À la suite des amendements des Traités de Maastricht et d’Amsterdam étendant la portée de l’UE à une défense commune et à des missions dites de Petersberg, la Grèce a déployé tous ses efforts en vue de l’instauration d’une identité européenne de sécurité et de défense (IESD). Faisant suite à la décision adoptée, en décembre 1999, au Sommet d’Helsinki, prévoyant l’implantation d’une force d’action rapide européenne de 60 000 soldats d’ici à 2003, la Grèce s’est engagée à y contribuer avec un contingent de 3 500 hommes, composé de militaires professionnels.
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Maintien du partenariat stratégique gréco-américain
Les
relations entre les États-Unis et la Grèce sont fondées sur un engagement
commun des deux pays envers la liberté et la démocratie. Certes, dans les années
1950, l’aide nord-américaine fut d’une importance primordiale pour la
reprise économique de la Grèce. Néanmoins, l’opinion publique grecque a
tenu les États-Unis responsables d’ingérence dans la politique grecque au
cours de cette période et elle déplore leur soutien à la dictature militaire
qui gouverna le pays entre 1967 et 1974. Cependant, plus récemment, ce sont les
États-Unis qui se sont plaints de la conduite de leur partenaire ; ils se
sont en effet montrés critiques par rapport aux initiatives de désarmement de
la Grèce au cours de la fin de la Guerre froide, ainsi que sur l’attitude du
pays vis-à-vis des mouvements de libération, perçus par les États-Unis comme
des mouvements terroristes. Pourtant, les gouvernements grecs ont invariablement
soutenu l’engagement des États-Unis vis-à-vis de la sécurité en Europe du
Sud-Est et dans la région est de la Méditerranée, en raison de la menace
permanente d’instabilité qui y pesait. Les États-Unis sont capables de
contenir les crises et d’envoyer une puissance militaire dans la région, bien
que, d’après l’opinion publique grecque, toute intervention devrait
toujours être compatible avec les dispositions de la Charte des Nations unies.
Soulignons enfin que la coopération avec la Russie et la Chine est essentielle
au bon fonctionnement des Nations unies.
Promotion
de la stabilité, de la démocratie et de la reprise économique en Europe du
Sud-Est
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Stabilité et démocratie
La
Grèce défend depuis longtemps la promotion de la stabilité dans les Balkans.
Dans les années 1930, la Grèce a négocié le pacte des Balkans avec ses
voisins, ainsi qu’un accord de conciliation et d’arbitrage avec la Turquie.
Dans les Balkans de l’après-guerre, le rideau de fer représentait un frein
à la coopération, à l’exception des relations avec les pays non-alignés de
la Yougoslavie. Dans les années 1980, la Grèce a étayé de façon
inconditionnelle des initiatives internationales telles que les réductions de
l’armement et les mesures d’instauration de confiance s’inscrivant dans le
traité sur les forces conventionnelles européennes, sans revendiquer ni bénéficier
de dérogations particulières. Depuis
la fin de la Guerre froide et de la transition démocratique de la Bulgarie et
de la Roumanie, la Grèce s’est activement efforcée d’encourager l’intégration
des ces pays aux structures "euro-atlantiques".
Pour la Grèce, l’élargissement progressif de l’UE et de l’OTAN aux
Balkans est la manière la plus efficace d’assurer la stabilité et la prospérité
de la région. La Grèce a joué un rôle très actif dans la mise en place des
politiques de l’Union, mais aussi des initiatives qui en découlent dans le
cadre des réformes politiques et économiques et de la création des
institutions dans les Balkans. Citons par exemple, l’initiative de coopération
d’Europe du Sud-Est, l’Initiative Royaumont, et, depuis la fin de la guerre
du Kosovo, le pacte de stabilité pour les Balkans (sous les auspices de l’OSCE)
et, enfin, l’initiative de l’UE pour l’ouest des Balkans. Comme
cela fut réitéré au Sommet de l’UE et des Balkans qui s’est tenu à
Zagreb, en novembre 2000, la coopération transbalkanique constitue un pré
requis à l’adhésion des Balkans à l’Union européenne. Par contraste avec
la coopération bilatérale, la coopération internationale dans les Balkans est
minime, dès lors qu’on la compare avec les pays nordiques, baltes ou d’Europe
centrale. Or,
en 1997, l’initiative de la Grèce d’accueillir à Héraklion, en Crète, la
première réunion des chefs de gouvernement transbalkanique, dans le cadre du
processus de coopération en Europe du Sud-Est, a véritablement stimulé la
coopération transbalkanique. La seconde réunion eut lieu en 1998, à Antalya,
en Turquie. La voie était désormais ouverte à des réunions annuelles de haut
niveau, renforçant la confiance parmi les leaders des Balkans. En revanche,
outre la Charte des bonnes relations de voisinage et de coopération, de grandes
initiatives de coopération doivent être lancées, de même que le niveau
d’institutionnalisation atteint.
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Reprise économique
Les
pays des Balkans et de la mer Noire appartiennent traditionnellement à la zone
économique périphérique de l’Europe. Pour ces pays situés auparavant derrière
le rideau de fer, la transition de l’économie planifiée à l’économie de
marché ne s’est pas réalisée sans difficultés, surtout au niveau local. À
cet égard, la Grèce a fourni d’importantes ressources ; par exemple,
lors de l’opération "Alba",
destinée à restaurer l’infrastructure albanaise après l’effondrement économique
de 1997, elle a envoyé un contingent militaire. De même, la Grèce contribue
toujours aux efforts de reconstruction de l’Albanie et elle considère que la
minorité grecque vivant au sud de ce pays constitue un pont reliant les deux
pays. La
privation économique régnant dans les anciens pays communistes s’est
traduite par un large mouvement d’immigration de ces citoyens vers la Grèce.
De même, des réfugiés politiques originaires de Turquie, d’Irak et
d’autres pays sont arrivés en grand nombre. Les ONG grecques ont alors apporté
une aide fondamentale aux réfugiés, tandis que le gouvernement franchissait
les étapes nécessaires afin de régulariser la situation des immigrés économiques.
Ainsi, près d’un tiers des immigrés clandestins présents en Grèce (estimés
à un million), pour la plupart, des Albanais, ont bénéficié d’une légalisation
de leur statut. Ces derniers sont désormais soumis aux lois grecques régissant
le marché du travail et le système de protection sociale. Par ailleurs, au
bout de huit de résidence en Grèce, ils obtiennent leur éligibilité. Enfin,
même les immigrés illégaux peuvent bénéficier du système de santé
national et leurs enfants peuvent s’inscrire auprès du système d’éducation
nationale grec. La
Grèce soutient activement les pays des Balkans et de la mer Noire, notamment
par le biais des programmes "Phare"
et "Tacis".
Elle a également participé au programme Interreg destiné à financer des
projets d’intérêt commun entre les pays voisins des Balkans. À la fois les
entreprises grecques du secteur public et celles du secteur privé ont largement
investi dans cette région. La Grèce est d’ailleurs devenue le plus gros
investisseur étranger de la république de Macédoine de l’ex-Yougoslavie.
Les entreprises grecques ont pu compter sur l’appui des banques, dont la
plupart sont présentes dans les capitales des Balkans, où elles réunissent
d’importants fonds de capital-risques. De son côté, Thessalonique accueille,
entre autres institutions internationales, le siège de la Banque de développement
de la mer Noire et l’Agence pour la reconstruction des Balkans. Enfin, les
entrepreneurs grecs participent déjà à de grands projets d’infrastructures
dans les régions des Balkans et de la mer Noire.
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La Grèce et la poudrière yougoslave
La fin de l’ère communiste a ravivé les tensions ethniques dans les Balkans et a causé le démantèlement de la Yougoslavie. Ce processus s’est déroulé de manière désordonnée. Les minorités n’ont pas reçu de garanties internationales et le nettoyage ethnique a été pratiqué ou toléré par la majorité des nouveaux États succédant aux autres. En outre, les sensibilités nationales des pays voisins n’ont pas été prises en compte. La Grèce s’est opposée à ce que la république de Macédoine de l’ex-Yougoslavie porte le nom de Macédoine. En effet, cela pourrait prêter à confusion avec la province de la Grèce du Nord, également appelée Macédoine, ou pire, réveiller les velléités expansionnistes de l’État nouvellement créé. En octobre 1995, les deux pays ont signé un accord intérimaire permettant, entre autres, une médiation des Nations unies sur la question du nom du pays.
La
Grèce a toujours soutenu les initiatives internationales destinées à la résolution
pacifique des conflits en ex-Yougoslavie et elle a apporté une aide humanitaire
considérable en se fondant sur le principe de la non-discrimination. La Grèce
comprends les sensibilités albanaise et serbe dans la guerre du Kosovo et elle
est pour une résolution pacifique de la question, assurant le retour des réfugiés
en toute sécurité et la démilitarisation du Kosovo sous bonne surveillance
internationale. La Grèce est également en faveur d’un certain degré
d’autodétermination du territoire, sans cependant empiéter sur l’intégrité
territoriale de la Yougoslavie, sauf accord des deux parties sur une éventuelle
division territoriale. Outre l’aide humanitaire significative fournie aux
parties en conflit pendant la guerre du Kosovo, plus récemment, la Grèce a déployé
un contingent militaire d’environ 1 500 soldats de la paix. En
conclusion, la connaissance et la compréhension de la Grèce des complexités
existantes en Europe du Sud-Est, ainsi que sa volonté de contribuer au développement
économique et social de ses pays voisins, et d’en assumer les risques, en
font un acteur essentiel dans la région. C’est en effet le pays par lequel
transiteront et/ ou seront coordonnés la plupart des aides publiques et
des l’investissements privés.
Relations
entre la Grèce et la Turquie : de la tension vers la normalisation
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Les conflits de la mer Égée
Malgré
l’adhésion de la Grèce et de la Turquie à l’OTAN en 1952, les deux pays
ont des vues différentes de leurs intérêts en matière de sécurité. Bien
qu’en Grèce, la menace à la sécurité posée par la Turquie ait été
examinée à plusieurs reprises, il semble, d’un point de vue général, que,
depuis 1974, la Turquie veuille modifier le statu quo en mer Égée, afin
d’annexer les îles grecques situées à l’est et d’en faire une zone
turque, dont elle aurait la responsabilité fonctionnelle (plateau continental,
région d’information sur la navigation aérienne, responsabilités maritimes
et de secours, responsabilité de commande de l’OTAN, etc.). Ces objectifs,
ainsi que les demandes turques de démilitarisation des îles grecques faisant
face à la Turquie (dont la militarisation remonte à l’invasion turque de
Chypre) sont perçues par la Grèce comme la confirmation d’une politique
destinée à ébranler sa souveraineté sur les îles citées plus haut. En
outre, la non-reconnaissance par la Turquie de la limite de l’espace aérien
grec de 10 milles, et sa position selon laquelle l’extension à 12 milles
des eaux territoriales grecques (en accord avec la convention des Nations unies
sur le droit de la Mer) constituerait un casus belli, sont perçues en Grèce
comme une manifestation de l’expansionnisme turc. Il faut rappeler qu’en
1976 et en 1987, les conflits gréco-turcs à propos du plateau continental et,
en 1996, la brève occupation de la Turquie d’un îlot inhabité du groupe
Imia, ont presque déclenché une guerre entre les deux pays. En outre, la lutte
aérienne au dessus de la mer Égée (fréquents combats entre avions de chasse
de haute technologie) comporte de graves risques d’escalade. Les
relations avec la Turquie se sont considérablement améliorées depuis l’été
1999. Quelques semaines après le lancement des négociations destinées à
promouvoir de bonnes relations de voisinage et une coopération fonctionnelle,
la Turquie et la Grèce ont été frappées par deux tremblements de terre
majeurs. La solidarité sans précédent dont ont fait preuve les peuples de ces
deux pays a tracé le chemin, dans chacune des capitales, vers une réévaluation
fondamentale des relations gréco-turques. Ainsi, d’importants accords bilatéraux
ont été signés en février 2000 et des comités ont vu le jour, avec pour but
d’encourager la coopération dans divers domaines. D’anciennes mesures de
restauration de la confiance ont enfin été mises en place et de nouvelles ont
été débattues dans le cadre de l’OTAN. Enfin, la position grecque sur les
relations entre l’UE et la Turquie a également connu de grands changements,
comme nous tenterons de l’expliquer ci-après.
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Le conflit chypriote
La
première source de conflit entre la Grèce et la Turquie concerne l’île de
Chypre. L’invasion et l’occupation turque, en 1974, de 37% du territoire de
la république de Chypre (où les Chypriotes turcs ne représentent que 18% de
la population, le reste étant presque exclusivement des Chypriotes grecs) se
sont traduites par le déplacement de 200 000 Chypriotes grecs du nord au
sud (auxquels se sont substitués 100 000
colonisateurs turcs). Un règlement équitable de la question chypriote, fondé
sur une fédération à deux zones et à deux communautés, comme il en avait été
convenu lors des Sommets de 1977 et 1979 entre les dirigeants chypriotes grecs
et turcs, et l’application des résolutions appropriées des Nations unies,
pourraient tracer le chemin d’une coopération accrue entre la Grèce et la
Turquie. Cependant, la partie chypriote-turque s’est récemment montrée réticente
à poursuivre les pourparlers intercommunautaires, se déroulant sous l’égide
du Secrétaire général des Nations unies.
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L’implication de l’UE dans les conflits gréco-turcs
Lorsque
la Grèce s’est portée candidate à l’adhésion à la Communauté européenne,
en 1975, cela était perçu comme un précieux atout pour la sécurité du pays.
La Grèce a depuis bénéficié de sa participation à la politique européenne
et elle a tenu ses engagements envers les principes fondamentaux du droit
international et des droits de l’homme, inscrits dans les traités européens.
Néanmoins, le rôle de l’UE dans les conflits gréco-turcs et la question de
Chypre n’ont pas encore abouti à des résultats probants. En
réalité, l’implication de l’UE dont il est question a commencé avec un
conflit qui n’est pas à proprement parler gréco-turc, puisqu’il s’agit
de Chypre. Les partenaires européens ont fait preuve de solidarité sur la
question, à la fois en refusant de reconnaître l’indépendance de la république
turque du nord de Chypre autoproclamée, et en améliorant la relation avec la république
mondialement reconnue (accord d’union douanière de 1987, aide financière à
la république, etc.). La
politique étrangère grecque s’est fréquemment heurtée à la politique
européenne à propos de la Turquie. L’opposition de la Grèce à l’accord
d’union douanière et au quatrième protocole financier avec la Turquie fut
levée le 6 mars 1995, après que la Grèce eut obtenu la promesse du conseil de
l’Union que les négociations d’adhésion avec Chypre commenceraient six
mois après la fin de la Conférence intergouvernementale prévue pour préparer
l’élargissement de L’UE. Les
partenaires européens de la Grèce, dont la plupart sont membres de l’OTAN,
se sont montrés réticents à soutenir la Grèce dans les cas de confrontation
directe avec la Turquie. Cependant, dans le conflit concernant les îlots d’Imia,
le conseil de l’Union a demandé à la Turquie de présenter sa requête
devant la Cour internationale de justice. Par conséquent, le sommet de
Luxembourg du Conseil européen (décembre 1997) a refusé d’inclure la
Turquie parmi les pays candidats à l’adhésion à l’UE au motif qu’elle
ne remplit pas les conditions politiques requises, parmi lesquelles la
reconnaissance de la compétence obligatoire de la Cour internationale de
justice. Il est intéressant d’apprendre que la Grèce a informé la Turquie
que, malgré son refus de reconnaître la juridiction obligatoire de la Cour, la
Grèce accepterait sa juridiction pour toutes les démarches à l’initiative
de la Turquie.
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Adhésion de la Turquie à l’Union Européenne
C’est
parfois à tort que l’on perçoit la Grèce comme un pays souhaitant exclure définitivement
la Turquie de l’Europe. Or, la position de la Grèce sur l’adhésion de la
Turquie à l’UE est claire et sans détour. Après la rebuffade de la Turquie
essuyée par le Parti populaire européen (Démocrates-chrétiens) en 1997, le
ministre des Affaires étrangères grec d’alors, M. Pangalos, a reconnu
publiquement que, du point de vue historique, la Turquie fait partie de
l’Europe. Plus récemment, le Premier ministre, M. Simitis a déclaré au
Parlement grec que "nous
soutenons la perspective européenne de la Turquie, à condition que ce pays
respecte les acquis communautaires".
Selon la Grèce, la Turquie mérite un traitement juste, c’est-à-dire équivalent
à celui des autres pays candidats. Il n’en demeure pas moins que le respect
du droit international et des droits de l’homme par les pays candidats
constitue toujours une haute priorité pour la Grèce. En
conséquence de la réévaluation fondamentale des relations gréco-turques
effectuée à la suite des tremblements de terre qui ont frappé les deux pays
en 1999, la Grèce a levé ses objections vis-à-vis du fait que la Turquie reçoive
une assistance financière de l’UE. Une partie de cette aide fut ainsi réallouée
aux efforts de reconstruction déployés dans la zone touchée par les séismes.
En outre, lors du Sommet européen d’Helsinki, en décembre 1999, la Grèce
s’est montrée favorable d’une part à ce que la Turquie se joigne aux
autres candidats pour l’adhésion à l’UE, et d’autre part, l’année
suivante, à son accord de pré-adhésion au sein de l’Union. Les négociations
concernant son adhésion commenceront dès que la Turquie remplira les critères
dits de Copenhague, qui permettent de devenir membre de l’UE. Dans le cas de
la Turquie, certains critères ont été spécifiés lors du Sommet de Helsinki,
dont une clause invitant la Turquie à soumettre ses revendications à
l’encontre de ses voisins à la Cour internationale de justice. Par la suite,
le sommet de Luxembourg (décembre 1997) a refusé d’inclure la Turquie parmi
les pays admissibles pour adhérer à l’UE, en se fondant sur le fait que la
Turquie n’a pas rempli les conditions politiques, dont l’acceptation de la
juridiction obligatoire qui relève de la Cour internationale de justice (CIJ).
Il est intéressant de souligner que la Grèce a fait savoir à la Turquie que,
en dépit de cette non acceptation, la Grèce, elle, était prête à accepter
la juridiction de la CIJ pour toute procédure engagée par la Turquie. Le
ministre des Affaires étrangères grec, Georges Papandréou, a maintes fois décrit
sa vision d’une "Turquie européenne" coopérant étroitement
avec la Grèce. L’adhésion
de la Turquie à l’Union européenne, perspective pas trop lointaine si la
Turquie décide d’opérer les ajustements nécessaires, entraînera, entre
autres, une citoyenneté et une monnaie communes aux deux voisins. Une nouvelle
ère de partenariat pourrait s’ouvrir pour la Grèce et la Turquie, notamment
dans le domaine du commerce et au sein de la société civile, dépassant le
cadre du commerce substantiel qui se pratique déjà entre les deux pays, en
conséquence de l’Union douanière.
Conclusion
Pour
la Grèce, la sécurité et la stabilité dans les régions de la Méditerranée,
des Balkans et de la mer Noire sont liées. La retenue des gouvernements dans la
poursuite des intérêts nationaux, bien qu’elle constitue un facteur
important, ne peut atteindre à elle seule les objectifs cités. La sécurité
à long terme et la stabilité dépendent du développement économique de ces
zones, ainsi que des échanges culturels entre les peuples concernés. Qui plus
est, l’ancrage de la périphérie européenne aux institutions
euro-atlantiques demeure une priorité absolue pour la politique étrangère de
la Grèce. |
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